LA TRIBUNE - À l'occasion du salon Hello Tomorrow, événement majeur de la « deeptech », vous dévoilez deux nouvelles startups nucléaires qui s'appuient sur des technologies et des brevets du CEA pour développer des petits réacteurs modulaires innovants. Pouvez-vous nous les présenter ?
LAURENCE PETIT - Ces deux startups travaillent sur des petits réacteurs de quatrième génération. Hexana développe un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium, qui est une technologie mature. Elle reprend des briques technologiques que le CEA a développées depuis de nombreuses années. Le projet consiste à développer une paire de petits réacteurs de 150 mégawatts (MWe) chacun, couplés à un réservoir de stockage thermique à base de sels fondus. L'intérêt est de proposer un réacteur très flexible, capable de fournir de l'électricité, mais aussi de stocker et de fournir de la chaleur aux industriels en fonction de leurs besoins. Son autre point fort, c'est la possibilité d'utiliser sur plusieurs cycles des combustibles Mox [fabriqués à partir de combustibles déjà irradiés dans les réacteurs du parc nucléaire français, Ndlr], un atout en matière d'économie circulaire. Enfin, les matériaux qui seront utilisés sont qualifiés et pourront être fabriqués en France.
Stellaria développe, elle, un réacteur à sels fondus [qui utilise des combustibles sous forme liquide, Ndlr] d'une puissance de 150 MWe. C'est une technologie moins mature mais sur laquelle le CEA a accumulé des connaissances et de l'expérience. Son premier avantage, c'est sa très forte flexibilité. Ce type de réacteur peut monter en puissance très rapidement. Ensuite, il peut utiliser différents types de combustibles : de l'uranium de retraitement, de l'uranium enrichi, du Mox, voire du thorium. Il peut donc s'adapter au marché français, mais aussi à l'export selon le combustible privilégié par les différents pays. Il présente également un haut niveau de sûreté. C'est un réacteur qui fonctionne par convection naturelle. Il n'y a pas de pression ni de pièces mécaniques critiques, comme les pompes. L'un des grands verrous technologiques des réacteurs à sels fondus, c'est la tenue à la corrosion. Pour s'en affranchir, Stellaria a développé un réacteur sous forme de capsule que l'on enlève tous les cinq ans pour en remettre une nouvelle, pour limiter les problématiques liées à l'usure des matériaux. Le réacteur est enfin très compact. La cuve mesure 4 mètres de haut et moins de 2 mètres de diamètre.