Charbon : le plus gros producteur américain dépose le bilan

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La cotation de l'action sur le New York Stock Exchange a été suspendue.
La cotation de l'action sur le New York Stock Exchange a été suspendue. (Crédits : © Brendan McDermid / Reuters)
Peabody Energy, le plus gros producteur de charbon aux Etats-Unis souffre, comme ses concurrents, de la chute des prix des matières premières. A travers cette procédure, il espère renégocier sa dette avec ses créanciers et se restructurer.

Pour les partisans de la transition énergétique, il s'agit d'une preuve supplémentaire et particulièrement significative de la nécessité de désinvestir des énergies fossiles. Peabody Energy, le plus gros producteur de charbon aux Etats-Unis, a annoncé mercredi 13 avril s'être placé sous la protection de la loi américaine sur les faillites.

Il rejoint ainsi la liste des dizaines de charbonniers ayant fait faillite outre-Atlantique depuis la baisse des prix de l'énergie et des métaux au milieu de l'année 2014. Parmi eux figure également son grand rival, Arch Coal, deuxième producteur américain de charbon, qui a déposé son bilan en janvier.

La demande, enregistrée auprès d'un tribunal des faillites du Missouri, où est basé le groupe, vise à permettre à l'entreprise de se restructurer et de renégocier en toute quiétude sa dette avec ses créanciers. Peabody Energy a d'ailleurs indiqué dans un communiqué que ce dépôt de bilan vise à "renforcer la trésorerie et à réduire la dette""C'était une décision difficile à prendre, mais c'est la bonne pour permettre à Peabody d'avancer", a commenté le PDG du groupe Glenn Kellow.

La concurrence du gaz de schiste en cause

Le groupe souffre, comme l'ensemble du secteur des matières premières, du ralentissement économique mondial et de la surabondance d'offre qui a entraîné une chute des prix. Le coût de la tonne de charbon a en effet perdu de 10 à 15 dollars en 2015.

Aux Etats-Unis, le groupe a également pâti de l'essor du gaz de schiste, qui a rendu le gaz naturel compétitif vis-à-vis du charbon pour les centrales thermiques, et des nouvelles réglementations de l'administration Obama qui ont alourdi ses charges opérationnelles.

3,3 milliards d'euros pour un investissement en Australie

Peabody Energy, qui présentait une dette de 6,3 milliards de dollars à fin 2015, avait déjà prévenu mi-mars que, faute d'avoir pu payer 71,1 millions de dollars d'intérêts dus, il était au bord de la faillite. Ses difficultés de paiement trouvent notamment leur principale cause dans l'offre formulée par le groupe en 2011 pour le rachat du mineur australien Macarthur Coal, producteur de charbon métallurgique, pour lequel il avait offert l'équivalent de 3,3 milliards d'euros au taux de conversion actuel. La chute de la valeur de cette matière première, notamment en Chine, avait impliqué une dépréciation de 700 millions de dollars américains (619 millions d'euros) l'an dernier sur cet actif.

Mercredi, Peabody Energy a aussi annoncé l'échec d'une transaction prévue avec un groupe qui devait lui racheter des actifs dans le Colorado et dans le Nouveau-Mexique, vente qui lui aurait permis de réduire sa dette. On a appris également que Peabody Energy, qui prévoit de poursuivre ses activités le temps de la procédure, n'a pas inclu ses filiales en Australie dans la procédure. La cotation de l'action sur le New York Stock Exchange a été suspendue.

 Une fin "ironique"

"La faillite de Peabody prouve que les risques liés aux investissements dans les combustibles fossiles ne sont pas abstraits", a comménté Nicolas Haeringer,​ chargé de campagne pour l'ONG américaine 350.org​. Un avis essentiellement partagé aussi par l'ancien président de l'Association australienne du charbon, Ian Dunlop, qui souligne:

"La fin de Peabody est ironique car si le groupe avait adopté une approche honnête face au problème du changement climatique, il pourrait encore être en activité, en s'étant éloigné du charbon sans détruire une grande quantité d'argent des actionnaires. C'est une leçon claire aux autres sociétés d'énergies fossiles et leurs organismes industriels qui, en Australie et ailleurs, persévèrent dans les mêmes pratiques irresponsables aujourd'hui".

"Plus de charbon, partout"

Pourtant, quelque 500 centrales thermiques au charbon sont en construction dans le monde, dont 80% dans la région Asie-Pacifique, où la consommation continue de croître, rappelle l'agence Reuters. Et encore en 2011, le vice-président senior chargé des relations avec le gouvernement de Peabody Energy, Fred Palmer-déjà connu par les environnementalistes pour son lobbying pro-charbon- répondait en ces termes à une question du Guardian, qui l'interrogeait sur l'opportunité de diversifier les investissements de la sociétés en incluant d'autres sources d'énergies, éventuellement renouvelables:

"Nous sommes à 100% charbon. Plus de charbon. Partout. Tout le temps".

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Commentaires
a écrit le 14/04/2016 à 14:19 :
Parmi les entreprises américaines, Peabody est un "petit" à environ 7 milliards de dollars de chiffre d'affaire. La liste recèle en nombre des entreprises bien plus importantes qui devront soit faire faillite soit être fortement recapitalisées.
a écrit le 13/04/2016 à 17:37 :
depuis quand la faillite indique la fin, il s agit juste d une renaissance, de nouveaux actionnaires viendront et attendront une remontée des prix de l énergie et ....

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