Climat : le monde entier dépendant des efforts de la Chine

Les émissions de gaz à effet de serre repartent à la hausse en 2017 après trois ans de stabilisation, essentiellement sous l'effet de la croissance chinoise. Selon le rapport annuel de l'Agence internationale de l'énergie paru ce 14 novembre, l'évolution attendue de son économie et de son mix énergétique pourrait au contraire en faire un acteur majeur de la lutte contre le changement climatique d'ici à 2040.
Dominique Pialot
Responsable de la hausse des émissions de CO2 observée en 2017, la Chine deviendra-t-elle demain le leader de la lutte contre le changement climatique ?
Responsable de la hausse des émissions de CO2 observée en 2017, la Chine deviendra-t-elle demain le leader de la lutte contre le changement climatique ? (Crédits : © China Stringer Network / Reut)

La nouvelle a fait l'effet d'une bombe en pleine COP23 : après trois années de stagnation, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017. D'après l'étude du Global Carbon Projet publiée lundi 13 novembre dans la revue "Eart system science data", cette augmentation de 2% serait imputable à la croissance économique chinoise (+6,8%). L'accroissement de sa consommation de charbon (+3%), de pétrole (+5%) et de gaz naturel (+12%) serait ainsi responsable d'une hausse de 3,5% de ses émissions de gaz à effet de serre.

Pour mémoire, limiter la hausse des températures à +2°C nécessiterait d'abaisser les émissions mondiales de 50 à 70% d'ici à 2050, avant d'atteindre le Graal de zéro émissions nettes à la fin du siècle.

Ce revers, le premier depuis le satisfecit quasi général de la COP21, a donné d'autant plus d'écho au cri d'alarme lancé par 15.000 scientifiques du monde entier et relayé notamment par nos confrères du Monde. Ses auteurs redoutent que l'humanité pousse « les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. » Régression des forêts, disparition d'un tiers des populations de certains mammifères, reptiles, amphibiens, poissons et oiseaux, multiplication des zones mortes dans les océans, effondrement des invertébrés, disparition de 80% des insectes, etc. « Pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, mettent en garde les auteurs, l'humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd'hui. »

En Chine, moins de production manufacturière et plus de services

Dans ce contexte, le dernier rapport annuel de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), paru ce 14 novembre, pourrait redonner matière à espérer. En effet, loin de contester le poids de la Chine dans la façon dont va évoluer le mix énergétique mondial et, partant, une grande partie des émissions de gaz à effet de serre, l'Agence mise sur l'entrée du pays (de très loin de premier émetteur au monde) dans une nouvelle ère énergétique pour infléchir, positivement désormais, les tendances mondiales. La bascule progressive de l'économie chinoise vers plus de services et moins de production manufacturière, alliée à une évolution vers un mix énergétique moins carboné destiné à faire baisser le nombre de décès prématurés par cause de pollution de l'air, en sont les clés de voûte. Une mutation d'autant plus urgente que la population chinoise, vieillissante, est plus fragile encore face à ces menaces.

Dans le principal scénario de l'AIE (New policies scenario),  le pays détient un tiers des capacités installées d'éolien et de solaire en 2040, et investit d'ici là 40% des sommes mondialement dévolues au déploiement des véhicules électriques qui, conformément à de récentes annonces, représentent un quart du parc automobile roulant à cet horizon. Quant aux émissions chinoises de gaz à effet de serre, elles atteindraient un plafond en 2030. Seul hic dans ces prévisions rassurantes : l'AIE voit la consommation de charbon chinoise atteindre son pic en...2013, avant de baisser de 15% d'ici à 2040. Il est vrai que l'étude du Global Carbon Project elle-même estime que la hausse enregistrée cette année pourrait n'être qu'un pic conjoncturel et non un avant-goût de ce qui se profile pour les prochaines années...

Consommation d'énergie en hausse de 30% d'ici à 2040

Globalement, d'ici à 2040, la demande en énergie devrait s'accroître selon l'AIE de 30%, sous l'effet d'une croissance moyenne annuelle de 3,4% et d'une population passant de 7,4 milliards aujourd'hui à 9 milliards d'habitants. Cette hausse, qui correspond à la consommation énergétique actuelle cumulée de la Chine et de l'Inde, serait deux fois plus élevée en l'absence des progrès attendus en matière d'efficacité énergétique.  Sous l'effet de la multiplication des usages, liée à la progression des revenus - et notamment aux besoins croissants de climatisation - et aux dizaines de millions de nouveaux consommateurs qui accèdent chaque année à l'énergie, le mix énergétique mondial évoluerait jusqu'à ce que l'électricité représente en 2040 un quart de la consommation d'énergie finale. Déjà, en 2016, les dépenses des consommateurs dans l'électricité ont égalé celles dans les produits pétroliers. Quant aux investissements réalisés dans le secteur électrique, ils ont pour la première fois dépassé ceux dans le pétrole et le gaz. En 2040, les énergies renouvelables fourniraient 40% de l'électricité, mais progresseraient aussi dans la production de chaleur et la mobilité. Cette croissance, favorisée par la digitalisation, rendra en revanche de plus en plus déterminants les investissements dans les réseaux et les solutions de flexibilité.

Le gaz et les renouvelables, grands gagnants des 20 prochaines années

La demande en pétrole continuerait néanmoins à croître, tandis que les capacités supplémentaires de production à partir de charbon, qui ont représenté 900 MW depuis 2000, n'en représenteraient plus que 400 MW d'ici  à 2040. Aux Etats-Unis, le charbon ne pourrait redevenir compétitif face au gaz de schiste, même en l'absence de limite réglementaire. Le même gaz de schiste devrait permettre aux Etats-Unis de devenir le premier exportateur net de gaz au milieu des années 2020, puis le premier exportateur de pétrole quelques années plus tard.

Quant au nucléaire, en dépit du programme ambitieux de la Chine, qui en deviendrait le premier producteur devant les Etats-Unis à compter de 2030, l'AIE lui accorde de moins en moins de place au fil de ses rapports.

A côté des énergies renouvelables, le solaire devenant la source d'énergie la moins chère dans de nombreux pays, et des progrès réalisés en matière d'efficacité énergétique, le gaz est la principale source d'énergie des prochaines décennies. Il devrait connaître une hausse de 45%, notamment absorbée par l'industrie, jusqu'à représenter 40% de la consommation d'énergie finale en 2040 derrière le pétrole. Une croissance de 50% de la consommation d'électricité produite à partir de gaz n'entraînerait qu'une hausse d'un tiers de la consommation de gaz, mais ce rôle prépondérant ferait peser sur le secteur une responsabilité accrue dans la lutte contre les fuites de méthane. D'après l'Agence, la valorisation de ce gaz permettrait de financer jusqu'à 40 à 50% de réduction sans aucun investissement additionnel.

Respecter l'Accord de Paris coûterait 15% de plus

Pour autant, dans ce scénario médian développé par l'AIE, le nombre de décès prématurés liés à la pollution continuerait de croître dans un premier temps, passant de 3 à 4 millions par an au niveau mondial à l'horizon 2040. En outre, le nombre de personnes sans accès à l'énergie moderne, aujourd'hui de 1,1 milliard, serait encore de 675 millions à cette date. Quant aux émissions, si celles liées à la production d'électricité n'augmenteraient que de 5% pour une production en hausse de 60%, celles liées à l'utilisation de pétrole dans les transports atteindraient le niveau de celles des centrales à charbon, tandis que celles de l'industrie augmenteraient de 20%.

 Mais l'AIE a également étudié un scénario plus ambitieux baptisé « Sustainable development scenario », qui permettrait de concilier  respect d'une hausse des températures limitée à +2°C et objectifs de développement durable adoptés par les Nations unies, notamment l'accès universel à une énergie moderne (par opposition au bois de chauffe et de cuisine) et l'amélioration de la qualité de l'air. Ce scénario, dont le coût de 69.000 milliards de dollars n'est que de 15% supérieur au scénario médian, impliquerait un déclin immédiat du charbon bientôt suivi de celui du pétrole grâce à un déploiement accéléré de la mobilité électrique, un mix énergétique aux deux-tiers électrique, une électricité à 60% verte et 15% nucléaire et un recours au captage de CO2. Et, surtout, l'arrêt des subventions aux énergies fossiles, estimées à 260 milliards de dollars en 2016, soit deux fois plus que celles accordées aujourd'hui aux renouvelables.

Dominique Pialot

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Commentaires 18
à écrit le 14/11/2017 à 14:55
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Un peu facile de faire de la Chine le bouc émissaire ! Car les USA ne sont pas l'un des pires pollueurs de la planète, peut-être ? Demander aux Chinois de faire un maximum d'efforts alors que l'ensemble des autres pays pollueurs font exactement l'inv...

à écrit le 14/11/2017 à 14:30
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La Chine parait être un faux-problème. Si la Chine a moins d'activité industrielle, celle-ci se déplace en fait vers d'autres pays où la main d'oeuvre est bon marché et où la production ne s'effectue pas dans un respect écologique. C'est plus notre m...

à écrit le 14/11/2017 à 13:35
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Je pense que la Chine fait déjà d'énorme effort, le problème vient surtout des pays "riche" et développer qui ne font très peu d'effort et qui compte sur les autres pour faire des efforts, sans donner l'exemple. La France est peut-être le pire exempl...

le 14/11/2017 à 16:11
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Tout à fait exact ! En matière de pollution comme dans tous les autres domaines, la france ne fait que ce qu'elle sait faire : à savoir beaucoup de bruit pour rien, comme tout bon tonneau vide (et surtout vide de courage et d'idées) qui se respecte. ...

à écrit le 14/11/2017 à 12:48
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Résultat sans surprise On dispose d'une certaine flexibilité sur la production des centrales au gaz et au fuel mais elle est limitée. Donc on bute pour le dévelloppement des ENR sur cette flexibilité. Il faudra faire autre chose pour limiter le réch...

à écrit le 14/11/2017 à 12:46
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Mois apres mois on egraine les etudes alarmistes sur la situation desastreuse de la biodiversite et il semble qu'il n'y a pas d'urgence internationale: Disparition graduelle mais certaine des recifs coraliens avec un impact evident sur les stocks de ...

à écrit le 14/11/2017 à 12:30
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Bon pour resumer, la cop21 s'etait fixe 1,5 degres d'augmentation, quand la tendance actuelle tend vers 4 degres supplementaires. 2 degres de plus au niveau planetaire se traduira par des etes 3 a 4 degres plus chauds en France et donc des etes au d...

à écrit le 14/11/2017 à 12:07
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Je pense que la Chine fait déjà d'énorme effort, le problème vient surtout des pays "riche" et développer qui ne font très peu d'effort et qui compte sur les autres pour faire des efforts, sans donner l'exemple. La France est peut-être le pire exempl...

le 14/11/2017 à 12:22
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french bashing gratuit, hors sujet, hors contexte et comme toujours sans aucune documentation !

le 14/11/2017 à 13:10
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La France est classee 65 eme pays pour les emissions de co2 par habitants avec une baisse de 26% entre 1990 et 2012, quand globalement les emissions ont augmentees de 41% sur la meme periode. La Chine se classe 59eme. Les US sont 12eme, l'Australie 1...

le 14/11/2017 à 14:59
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Est-ce que vous oublieriez que la france est le plus mauvais élève européen en la matière (enfin... le plus mauvais élève dans ce cadre-là aussi !!..) et qu'elle n'est qu'une vaste poubelle polluée ? Pollution atmosphérique, pollution urbaine, pollut...

le 14/11/2017 à 15:50
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S'il ne vous suffit pas de déplorer dans quel pays vous êtes contraint de vivre simplement en ouvrant les yeux, cher ami(e), il vous suffit - si vous désirez de la "documentation" comme vous dites - de prendre la carte de toutes les dangereuses impla...

à écrit le 14/11/2017 à 11:24
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Il paraitrait logique, avant d’exiger quoi que ce soit des pays Asiatiques, de montrer l’exemple en termes d’équipements ou de taux de pollution par habitant. Cela pourrait être pire. Heureusement que la Chine a très rapidement engagé une stratég...

le 14/11/2017 à 17:16
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Pour compléter et évaluer les progressions : http://www.iea.org/weo2017/ Graphique parlant : Change in Primary Energy demand, 2016-2040 En énergie primaire on serait en 2017 à un total annuel de 13 500 MTep. Ce qui veut dire qu, à consommati...

à écrit le 14/11/2017 à 9:25
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le monde (développé) entier a délocalisé ses usines polluantes en Chine, en se félicitant en parallèle de la réussite de ses efforts surhumains pour baisser ses émissions... et maintenant que la somme globale est évidemment pas négative mais pos...

le 14/11/2017 à 12:36
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Pas faux, et il faut ajouter a ca le quasi 1,5 milliards de consommateurs supplementaires que la Chine represente (il suffit de regarder les ventes faramineuses d'Alibaba le week end dernier)....

à écrit le 14/11/2017 à 8:48
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Comme c'est un énorme pollueur c'est un acteur majeur. La sémantique est totalement déformée à force d'hypocrisie et de compromission. D'un autre côté c'est bel et bien la principale faute de tous nos actionnaires milliardaires qui n'ont rien tro...

le 15/11/2017 à 9:41
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Non il ne faut pas taxer les milliardaires pour les punir, il faut juste qu'ils payent leurs impôts comme tout le monde afin de réinjecter l'argent dans l'économie pour susciter de la croissance. Vous êtes sur un site économique sur lequel vous v...

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