Dans un courrier envoyé au PDG de Veolia, le président de Suez, Philippe Varin, réaffirme l'insuffisance des éléments d'information transmis par le leader mondial du traitement de l'eau et des déchets à Suez. Alors que les échanges continuent de se tendre entre les deux groupes, il répète aussi son refus de désactiver la fondation de droit néerlandais qui fait obstacle au projet de fusion de Veolia.Article publié à 10:44, la réaction de Veolia a été ajoutée à 11:19
Par communiqués, conférences de presse et auditions parlementaires interposés, l'hostilité entre Veolia et Suez ne cesse de croître, au lieu de s'atténuer. Mardi, Antoine Frérot, le PDG de Veolia, qui a acheté le 5 octobre à Engie une participation de 29,9% dans Suez, avait promis de lancer une OPA sur le reste des actions, au prix de 18 chacune, dès la conclusion d'un "accord de rapprochement" avec le conseil d'administration de Suez, qui s'y oppose farouchement. C'était une manière d'accentuer la pression sur sa cible au travers de ses actionnaires, en pariant sur le caractère extrêmement attractif du prix proposé.
Jeudi, Suez répond par une lettre cinglante de son président, Philippe Varin, à Antoine Frérot, transmise aux journalistes.
"Le Conseil d'administration de Suez ne peut que constater l'absence de toute offre ferme reçue de votre part, détaillée et complète", assurant "une égalité de traitement des actionnaires" et précisant "le contenu du projet industriel en France et à l'international, les remèdes et les cessions d'actifs envisagés, les garanties suffisantes en matière d'emploi, le paiement en numéraire à un prix reflétant la valeur intrinsèque réelle de Suez et le caractère certain et inconditionnel de l'offre pour tous les actionnaires, y compris en matière de dividendes", réplique Philippe Varin.
L'OPA évoquée par Veolia, "uniquement par voie de presse", présente d'ailleurs selon Suez "des conditions inacceptables et des risques d'exécution majeurs sur une longue durée de déstabilisation (possiblement presque deux ans), notamment au regard des autorisations des autorités de la concurrence requises" pour réaliser la fusion.
"L'incertitude quant au principe, l'issue, la forme, les modalités, le prix (au terme d'un calendrier très long) de votre éventuelle offre publique persiste donc au détriment de nos actionnaires", malgré l'expression d'une "intention non engageante" quant à sa date, poursuit Philippe Varin.
Une attitude"incompatible avec l'engagement public d'amicalité"
Le courrier répond également à la demande de Veolia à ce que Suez désactive au plus vite la fondation de droit néerlandais constituée afin de rendre inaliénable sa filiale Suez Eau France -laquelle, dans le cadre d'une fusion avec Veolia, devrait être cédée pour respecter la législation antitrust. "Le dispositif est indispensable à la préservation de l'intérêt social de Suez", estime Philippe Varin, en notant au passage qu'après sa création en septembre, celui-ci a contribué à convaincre Veolia d'augmenter le prix proposé pour l'achat de Suez, de 15,5 à 18 euros par action.