Déforestation importée : l’Europe incapable de s'accorder face au fléau

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Une image des ravages de la déforestation de la forêt primaire d'Amazonie conduite avec l'approbation des autorités brésiliennes afin de faire place à des cultures de soja dont le Brésil est le deuxième plus grand producteur mondial, après les Etats-Unis et devant l'Argentine. (Vue aérienne prise dans le Mato Grosso, le 4 octobre 2015)
Une image des ravages de la déforestation de la forêt primaire d'Amazonie conduite avec l'approbation des autorités brésiliennes afin de faire place à des cultures de soja dont le Brésil est le deuxième plus grand producteur mondial, après les Etats-Unis et devant l'Argentine. (Vue aérienne prise dans le Mato Grosso, le 4 octobre 2015) (Crédits : Reuters)
Huile de palme, soja, cacao.... par leurs importations, les consommateurs européens sont responsables d’un tiers de la déforestation dans le monde entre 1990 et 2015. Malgré cela, l’idée d’une législation européenne visant à limiter la déforestation importée semble de plus en plus compromise à l’approche des prochaines élections européennes. Un article de notre partenaire Euractiv.

La lutte contre la déforestation importée, première responsable du déboisement dans les pays en développement, peine à s'organiser en Europe.

Selon l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les consommateurs européens ont été responsables d'un tiers de la déforestation dans le monde entre 1990 et 2015, soit l'équivalent de 43 millions d'hectares de forêts détruits en Afrique, en Amérique latine et en Asie.

Les importations de produits tels que l'huile de palme, le soja ou encore le cacao sont les principaux responsables de la déforestation dans les pays du Sud.

« Nous, Européens, nous sommes de grands consommateurs de cacao et de chocolat. Donc nous avons une responsabilité particulière dans la chaîne logistique de ces produits », a détaillé Linda McAvan la présidente de la commission développement au Parlement européen.

Le Parlement européen a organisé mi-juillet une audition sur la filière cacao et son impact sur les forêts tropicales. Premier consommateur de chocolat au monde, le continent européen est indirectement responsable de la déforestation alarmante en Côte d'Ivoire et au Ghana, les deux principaux pays exportateurs de fèves.

« L'Union européenne doit relever le défi, en tant que premier importateur, transformateur et consommateur de chocolat au monde, et siège des plus grandes compagnies chocolatières au monde », a déclaré Julia Christian de l'ONG Fern.

Le continent importe à lui seul 60 % de la production mondiale de fève pour satisfaire sa demande intérieur en chocolat.

Impact de la déforestation importée

Mises en oeuvre ces dernières années, les initiatives de certification mises en place au sein de la filière cacao n'ont pas eu l'effet escompté sur la protection des forêts tropicales.  « Il y a eu des initiatives dans la filière cacao en matière de lutte contre la déforestation, mais elles n'ont pas été très fructueuses », a constaté Linda McAvan. Aujourdhui, pour répondre à la demande européenne, les pays producteurs comme la Côte d'Ivoire se sont mis produire massivement, quitte à empiéter sur les forêts protégées.

« Au Ghana, la culture de cacao génère un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de dollars, et pèse pour 9% du PIB du pays en 2017... mais entraine aussi 80% de la déforestation dans le pays. En 20 ans, la production de cacao est passée de 300 000 tonnes à 900 000 tonnes, soit une hausse de 200% », rappelle Obed Owusu-Addai, de l'association EcoCare Ghana.

« Et aujourd'hui, on estime qu'environ 20% de cette production provient de zones protégées », assène-t-il.

Responsabilité européenne

Pour endiguer le fléau, la question de la mise en oeuvre d'une législation contraignante sur les produits responsables de la déforestation tels que le cacao, le soja ou l'huile de palme est à l'étude.

« L'UE est le premier marché d'exportation, et a un poids certain qui lui permettrait d'imposer des critères d'importation, comme cela existe déjà pour la pêche ou les minéraux ! », explique Obed Owusu-Addai.

« Une approche européenne pour lutter contre la déforestation importée nous faciliterait grandement la tâche. Le problème c'est qu'il y a des initiatives nationales », a expliqué  Francesco Tramontin, directeur des  affaires publiques Europe du chocolatier Mondelez International.

Mais la création d'une législation européenne pour lutter contre la déforestation importée à l'approche des élections européennes de mai 2018 semble compromise.

« Concernant la création d'un instrument contraignant, il y a une étude de faisabilité sur la lutte contre la déforestation qui vient d'être publiée, où l'on envisage différentes alternatives. Mais la mise en œuvre serait très difficile », a reconnu le représentant de la Commission, Leonard Mizzi.

« Le bloc européen est prêt à mettre sur la table la question de la déforestation importée partout où cela sera nécessaire. Mais la question est : est-ce que les consommateurs sont prêts payer davantage pour des produits plus éthiques ? », a-t-il interrogé.

Une stratégie française

Côté français, la question de la lutte contre la déforestation importée est également au menu du gouvernement, qui a mené une consultation publique destinée dessiner les grandes lignes  d'une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI).

La stratégie française vise entre autres à « encourager les dynamiques européennes et internationales pour lutter contre la déforestation importée », soulignent les ministères en charge de la question. Parmi les pistes évoquées, Paris envisage que l'UE inclut des clauses de non-déforestation dans les accords commerciaux futurs.

« La mise en œuvre d'une stratégie européenne contraignante va déprendre de la pression que vont mettre les États membres sur Bruxelles », explique Clément Sénéchal de Greenpeace. « Mais le calendrier politique devient serré. Et pour l'heure, la France se refuse à interdire purement et simplement la déforestation importée. »

Autre ambiguïté du gouvernement français, l'autorisation délivrée à Total pour la raffinerie de la Mède, qui va importer des huiles de soja et de palme, principalement produits en Amérique du Sud et en Asie. Prévu à l'été 2018, la bioraffinerie pourrait faire doubler la consommation française d'huile de palme, selon les ONG. Un mettre à mal l'ambition française de lutter contre la déforestation.

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Par Cécile Barbière, Euractiv.fr

(Article publié le 10 août 2018)

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a écrit le 19/08/2018 à 14:16 :
Arrêtez de dire que l’Europe ne s’accorde pas. Elle s’accorderait très bien si elle existait (une prise de décision centralisée comme ds tout vrai pays). Ce sont les 27 Charlot qui tirent la couverture à eux depuis des dizaines d’années pour satisfaire leur électorat (plus ou moins nationaliste) qui ne s’accordent pas et qui disent que c’est la faute de l’Europe. Merci
a écrit le 19/08/2018 à 12:30 :
Voulez-vous sauver ou plus des forets? Expulsez vos agriculteurs europiennes de leur terres deja cultives et replantez les arbres.
Réponse de le 19/08/2018 à 19:20 :
Il y a une indéniable logique dans ce vous dites.

Néanmoins, il faut bien reconnaître qu'aucune latitude européenne ne peut générer autant d'oxygène, piéger autant de CO2, que celles des forêts tropicales.
Y planter du soja ou des fèves de cacao de manière industrielle est donc bien une aberration écologique, dont risque de souffrir l'ensemble de l'humanité.

Je suis en revanche un fervent partisan de l'exploitation raisonnée de la ressource bois en Afrique.
a écrit le 19/08/2018 à 12:12 :
ca, ca annonce l'arrivee d'une nouvelle taxe ecolo punitive, qui servira a combler le trou de la secu et a augmenter les fonctionnaires sous couverts d'ecologie culpabilisatrice.......... personne n'est dupe!
a écrit le 19/08/2018 à 10:55 :
c est pas pret d arriver. aux prochaines elections europeenes, les ecolos vont etre balayes a cause de leur positionnement pro-migrant (en france EELV ne fera jamais 15 % et a de forte chance de pas passer les 5). On va donc avoir une majorite encore plus productiviste de type FNSEA et je doute que l extreme droite qui arrivera en force jouera aux empecheur de tourner en rond
a écrit le 19/08/2018 à 8:21 :
personne ne dit que la surpopulation est responsable de beaucoup de fléaux, la terre ne peut pas nourrir autant de personnes, il y a déjà de la famine et celle-ci va s'accélérer
a écrit le 18/08/2018 à 20:14 :
" En 20 ans, la production de cacao est passée de 300 000 tonnes à 900 000 tonnes, soit une hausse de 200% " .
Ce ne sont quand même pas les Européens qui ont mangé tout ça en plus .
a écrit le 18/08/2018 à 19:17 :
Au Brésil, la déforestation menace le poumon vert de la planète mais aussi les derniers Indiens d'Amazonie qui vivent comme autrefois. Les Awà sont des humains mais peu d'organisations humanitaires les protègent.
Il serait urgent de faire classer des parties de ces forêts naturelles au patrimoine mondial de l'Unesco afin que ces pays puissent créer des réserves naturelles et autres conservatoires pour protéger leur nature mais de façon intelligente, pas mercantile cf https://www.survivalinternational.fr.
a écrit le 18/08/2018 à 18:57 :
"Paris ne s'est pas fait en un jour". Parallèlement aux efforts en droit international pour trouver une solution, qui empêche les écolos de faire des campagnes ciblées sur la déforestation ? Avec les réseaux sociaux, l'information circule vite.
Il suffit d'indiquer clairement aux consommateurs, comment sont produits les biens qu'ils consomment et les conséquences environnementales. Ensuite, certains changeront leur consommation, cela fera déjà un petit effet sur les producteurs.
Il a fallu certains scandales sanitaires pour apprendre que les poulets bio, pour certains, étaient des poussins importés ... que les viande hachées industrielles font le tour du Monde. Comment le savoir si personne ne nous le dit ?
a écrit le 18/08/2018 à 16:09 :
Tout ceci n’est que l’avant goût de ce que le rapport meadows avait prévu: pollution, diminution de l’espérance de vie ( aux USA) , surexploitation de la nature au point de l’amener à s’effondrer aux environs de 2030, incapacité à maintenir notre société en fonctionnement (les ponts s’effondrent)
Le pire c’est que le rapport ne traitait pas du réchauffement climatique. Et on l’a en sus.
Si nous ne réagissons pas aux élections européennes en envoyant des députés conscients de ces problèmes, nous sommes morts ou plutôt cuits.
a écrit le 17/08/2018 à 19:06 :
A croire que ces pays non pas de gouvernements responsables ! Encore une des tares des pays du sud rongés par la corruption , l'incompétence et dont les élites locales sont encore plus prédatrices que les colons d'autrefois !
Faut il que se soit les pays du nord qui organisent et contrôle par la contrainte un abattage respectueux de l'environnement comme au temps des colonies, au mépris de l'indépendance de ces pays.
Réponse de le 17/08/2018 à 21:43 :
Évidemment qu’il y a de la corruption mais votre point de vue est très limité.
Si ces pays ne luttent pas contre la déforestation c’est aussi parce que derrière il y a tout une économie et des emplois.
Votre analyse est un peu simpliste...
Réponse de le 19/08/2018 à 10:57 :
quand vous etes dirigeant d un pays ou les gens ont tout juste de quoi manger et revent de vivre comme nous, il est difficile de leur expliquer qu ils ne doivent pas coupe les arbres pour pouvoir acheter une TV...
Apres ca n exonere pas leur responsabilite sur la corruption ou la natalite hors controle. apres tout la chine de deng avait bien reussi a casser le cercle vicueux (a un prix non negligeable certes)
Réponse de le 19/08/2018 à 18:39 :
Intervenir srait considéré comme du néocolonialisme.
Chacun pourrait peut-être se comporter de façon responsable y compris les pays producteurs. Et je pense que nous pouvons tous comprendre et assumer de ne pas acheter une TV si c'est pour nous assurer un avenir durable.
Ne pas accepter d'augmenter la production provoquerait une hausse des prix profitables aux producteurs, non ?
En tout cas je ne me sens pas responsable de la déforestation lorsque je mange du chocolat.
a écrit le 17/08/2018 à 18:43 :
« Les initiatives de certification mises en place au sein de la filière cacao n'ont pas eu l'effet escompté sur la protection des forêts tropicales. »
Il en est certainement de même dans beaucoup de domaines touchant à la nature, exemple la filière bois et sa certification FSC. Et puis les taxes carbones sensées être réaffectées sur des filières écologiquement responsables, le principe de compensation carbone, est-il efficace ? Rien n’est moins sûr. La mainmise des marchés sur l’écologie, est-ce vraiment la solution ? Voir le livre d’Aurélien Bernier« Le climat otage de la finance ».
a écrit le 17/08/2018 à 17:02 :
L'intérêt de l'argent sur la vie ou la financiarisation de l'économie.

Il n'y a pas de complot, seulement une convergence d'intérêts et donc un manque de clairvoyance car plus personne pour prendre du recul et penser à long terme.

Au final la destruction de notre planète et de son humanité à cause de l'intérêt de ces gens là cache surtout la destruction de la pensée humaine avant tout, signe évident de la décadence de notre oligarchie puisque principale détentrice des capitaux et outils de production, tout le reste n'en étant qu'une conséquence.

Le capitalisme nous a petit à petit emmené à ne pas regarder plus loin que le bout de notre nez.
a écrit le 17/08/2018 à 16:20 :
C'est plutôt aux pays producteurs de limiter la production sinon ils se comportent en colonies iresponsables et incapables de décision, aveuglés par l'appât du gain au point d'épuiser leurs matières premières que sont les forêts régulatrices du climat.
Réponse de le 17/08/2018 à 21:46 :
Ha que voilà un beau donneur de leçon venu du nord !
Ce sont donc aux pays de sud de se débrouiller seul alors que les pays du nord et leur ultra consommation ainsi que leurs entreprises et multinationales qui détruisent la planète depuis plus d’un siècle.
Pincez moi. Je rêve devant tant de bêtise !
a écrit le 17/08/2018 à 14:16 :
Vous savez les pays du tiers monde couperons leur forêt que nous achetons on pas les récoltes produite.... Mais lorsque vous commercer avec un individu vous pouvez imposse certain critère de production....
Donc á nous de choisir nos interlocuteurs pour l'importation des matière première... Et nous devrons marquer nos existence sur les papiers et ne pas faire confiance, le contrôle et le moyen de ne pas être duper....

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