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ClimatEnergie & Environnement

Dessalement de l'eau : l'ONU s'inquiète des risques pour l'environnement

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 14 janvier 2019 à 15:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:05

Usine de dessalement

Usine de dessalement

Reuters

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Pour assouvir leurs besoins croissants en eau potable, nombre de pays dépendent de plus en plus largement du dessalement, dont les techniques deviennent de moins en moins coûteuses. Dans un rapport publié ce lundi, l'ONU met en garde sur les risques environnementaux de la saumure ainsi rejetée dans le milieu naturel.

Croissance démographique, réchauffement climatique, industrialisation, développement des classes moyennes : une variété de facteurs explique l'augmentation continue des besoins mondiaux en eau potable. Mais bien que de plus en plus convoitée, la ressource reste inégalement distribuée sur la planète. Aujourd'hui, entre 1,5 et 2 milliards de personnes vivent dans des régions où, du moins pendant une partie de l'année, l'eau douce disponible ne suffit pas face à la demande. Un demi-milliard est même concerné par cette rareté tout le temps, selon l'Organisation des nations unies (ONU).

Depuis les années 60, une solution s'est donc progressivement imposée : le dessalement, notamment de l'eau de mer. Il est aujourd'hui pratiqué dans 15.906 usines répandues dans 177 pays, calcule l'ONU, qui ce lundi 14 janvier publie une recherche visant à mettre à jour les données sur le sujet. Le processus, essentiellement fondé sur la distillation ou l'osmose inverse, devient en effet de moins en moins cher grâce au développement de nouvelles technologies.

Les capacités de production actuelles atteignent donc les 95 millions de mètres cubes par jour, dont presque la moitié est concentrée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, notamment en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unies et au Koweït. Dans huit pays -Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, Bahreïn, le Koweït, les Maldives, Malte, le Qatar et Singapour -, le dessalement permet même de répondre à l'ensemble des besoins nationaux en eau potable. Dans six autres - les Barbados, le Cap Vert, les Émirats arabes unis, la Guinée équatoriale, Oman et les Seychelles - il en couvre la moitié.

142 millions de mètres cubes de saumure rejetés chaque jour

Ce caractère de plus en plus incontournable du dessalement d'eau de mer constitue toutefois un danger croissant pour l'environnement, souligne l'étude, menée par des chercheurs canadiens, coréens et néerlandais. Non seulement le processus de dessalement est extrêmement énergivore - bien que de plus en plus souvent alimenté par des énergies renouvelables ou de récupération.

Aussi, à son issue, il y a la saumure, à savoir de l'eau chaude très concentrée en sel et autres minéraux. En moyenne, la production d'un litre d'eau potable implique celle de 1,5 litre de saumure - "bien que les valeurs varient considérablement, en fonction de la salinité de l'eau d'alimentation et de la technologie de dessalement utilisée, ainsi que des conditions locales", précise l'étude.

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Au niveau mondial, 142 millions de mètres cubes de saumure sont donc rejetés chaque jour par les usines de dessalement : 51,8 milliards de mètres cubes par an, assez pour couvrir la Floride d'une épaisseur de 30,5 centimètres, calculent les chercheurs. En raison d'une large utilisation de l'eau de mer et de technologies de dessalement thermique, la production de 55% de cette saumure est d'ailleurs concentrée en quatre pays : l'Arabie saoudite (22%), les Émirats arabes unis (20.2%), le Koweït (6.6%) et le Qatar (5.8%).

Salinité et substances chimiques

80% de la saumure étant produite dans un rayon de 10 kilomètres d'un littoral, elle est le plus souvent rejetée en mer, parfois sans dilution ou traitement.

Or, sa«salinité élevée», ainsi que la«réduction des niveaux d'oxygène dissous»dans les eaux réceptrices qui en résulte,«peuvent avoir de profondes répercussions sur les organismes vivant au fond des eaux, ce qui peut se traduire par des effets écologiques observables tout au long de la chaîne alimentaire», s'inquiètent les auteurs de l'étude.

Ils évoquent également des risques majeurs liés à la présence dans la saumure rejetée de produits chimiques toxiques, utilisés comme agents détartrants et nettoyants dans le processus de dessalement (du cuivre et du chlore notamment).

Une mine de composants chimiques

Tout en reconnaissant « le besoin urgent de rendre les technologies de dessalement moins chères et de les étendre à des pays à faibles revenus » - aujourd'hui deux tiers des usines sont, en effet, situées dans des pays à hauts revenus -, les auteurs de l'étude appellent donc à une « amélioration des stratégies de gestion de la saumure », notamment dans un contexte où le recours au dessalement de l'eau de mer est destiné à encore croître.

Ils soulignent notamment que loin de constituer seulement un déchet, la saumure, dont la gestion « peut représenter jusqu'à 33% des coûts d'une usine » et est « l'un des principaux obstacles » au développement du dessalement, a le potentiel de devenir une ressource. Elle peut notamment être utilisée en aquaculture, « avec une augmentation de la biomasse de poisson de 300% » ou en faisant attention au risque d'une salinisation progressive des terres, pour l'irrigation des plantes tolérantes au sel : notamment l'algue spiruline, largement vendue comme complément alimentaire, ou des arbustes fourragers.

La saumure peut également être une source de production de l'électricité, et est une "mine" de magnésium, gypse, chlorure de sodium, calcium, potassium, chlore, brome, lithium, bore, strontium, rubidium, uranium etc.

Des "perspectives positives et prometteuses"

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Bien que « des efforts aient été déployés ces dernières années », les technologies nécessaires, notamment à l'extraction des composants chimiques, « sont toutefois immatures » et donc aujourd'hui « économiquement non compétitives ». Mais « avec l'amélioration constante de la technologie et l'amélioration de l'accessibilité économique, nous entrevoyons des perspectives positives et prometteuses », concluent avec optimisme les chercheurs, qui soulignent :

«Il est nécessaire (...) de transformer un problème environnemental en une opportunité économique.»

Giulietta Gamberini

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