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ClimatEnergie & Environnement

Eau: en Inde, Suez teste le marché du futur (1/3)

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 13 février 2018 à 07:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:20

Sécheresse en Inde

Sécheresse en Inde

Reuters

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Présent depuis 20 ans dans le pays dans le secteur de l'eau, le groupe français entend profiter de ses besoins en infrastructures, ainsi que des grands programmes de modernisation lancés par le Premier ministre Narendra Modi, afin de s'affirmer sur le marché indien. Une passerelle vers l'ensemble de la région, mais aussi vers un avenir où le stress hydrique guette la planète.

Aujourd'hui, elle ne représente qu'une petite part de son chiffre d'affaires: 90 millions d'euros en 2017, quelque 160 prévus pour 2018, contre 17 milliards au niveau mondial. Pourtant, dans une vision d'avenir, l'Inde, où le président français Emmanuel Macron doit se rendre prochainement en visite officielle, dans l'espoir de nouer comme avec l'Arabie saoudite des partenariats profitables pour l'industrie française, est désormais devenue "l'une des premières priorités" stratégiques pour Suez, selon les termes du directeur général adjoint du groupe en charge de l'international, Marie-Ange Debon.

Deuxième pays le plus peuplé du monde, avec 1,3 milliard d'habitants en 2016, l'Inde est en effet tout d'abord un "grand marché en termes de taille". Mais non seulement: sa croissance, de 7,1% en 2016, ainsi que la pauvreté de ses infrastructures, qui restent "pour beaucoup à construire", en font aussi un "grand marché en termes de besoins", explique le directeur général adjoint.

Une ressource de plus en plus rare

En Inde, Suez, qui depuis quatre ans a fait du développement en dehors de la France et de l'Europe l'un des piliers de sa stratégie, mise notamment sur l'enjeu de l'eau: l'un "des marchés montants dans le pays", témoigne le chef des services économiques de l'ambassade de France à New Delhi, Jean-Marc Fenet. La question de l'accès à cette ressource vitale y est en effet toujours très sensible : les services de distribution d'eau ne profitent qu'à 16% des foyers, et 163 millions de personnes manquent encore complètement d'eau potable, relève Suez. 38 millions de personnes sont d'ailleurs affectées par des maladies hydriques.

En raison de la croissance démographique et économique, d'ailleurs, l'eau disponible diminue. Entre 2001 et 2011, elle est passée de 1.820 à 1.545 mètres cubes par habitant par an - à comparer avec les quelque 1875 mètres cubes consommés au total par Français. Selon un rapport de 2009 de l'organisation 2030 Water Resources Group, cité par Le Monde diplomatique, en 2030 la moitié des besoins en eau de l'Inde pourraient rester dépourvus. L'eau se trouve d'ailleurs déjà au centre de rivalités entre secteurs économiques (industrie et agriculture notamment), zones urbaines et rurales, État indiens, ainsi qu'entre l'Inde et les pays limitrophes.

L'eau adressée dans plusieurs "programmes" de Modi

Prenant conscience de la nécessité de trouver des solutions face au risque imminent de stress hydrique, afin de préserver l'environnement comme la croissance économique, le gouvernement a ainsi adressé l'enjeu urgent de l'eau dans le cadre de quelques-uns des grands programmes lancés sous l'impulsion du Premier ministre Narendra Modi: Make in India, qui promeut l'industrie locale ; Smart Cities Mission, pour lequel l'État devrait dépenser environ 6 milliards d'euros entre 2015 et 2020 afin de construire des villes modernes et durables; Amrut Yojana, consacré à la construction d'infrastructures urbaines et aussi doté d'un budget de 6 milliards d'euros environ; et Clean India (Swachh Bharat Mission), consacré à l'assainissement. Sans compter le grand plan de dépollution du Gange...

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Autant d'opportunités qui prennent la forme de financements fédéraux, régionaux, municipaux, voire internationaux, ainsi que d'appels d'offres dont Suez, s'appuyant sur sa présence dans le pays depuis les années 1990, entend bien profiter :

"C'est le bon moment pour comprendre le marché et percevoir son avenir",souligne Marie-Ange Debon.

D'autant plus que le pays dispose d'un autre atout : une force de travail très éduquée mais relativement bon marché, note Suez, qui y emploie 1.200 personnes. "Les coûts de construction d'une usine sont réduits d'un tiers par rapport à la France", précise Pierre-Yves Pouliquen, directeur général de la business unit Afrique, Moyen Orient et Inde du groupe. De quoi en faire une passerelle idéale pour l'ensemble de la région...

Les déchets moins prisés

"Nous avons la réputation et les compétences pour réussir nos ambitions ici", estime Marie-Ange Debon, que ce soit en matière de production et de distribution d'eau potable pour les municipalités ou de traitement des eaux industrielles (v. les articles qui suivront dans la semaine).

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Suez compte en revanche rester prudent en matière de déchets, où les besoins de l'Inde sont pourtant aussi flagrants : des 62 millions de tonnes produites dans le pays chaque année, seules 42 sont collectées, dont 12 sont traitées et 30 finissent à la décharge. Le groupe, qui n'a aujourd'hui aucune activité dans ce secteur en Inde, étudie depuis plusieurs années le marché de la valorisation énergétique, où son expertise et sa technologie - adaptées à un contexte où 70% des déchets sont organiques -, pourraient constituer une véritable valeur ajoutée. "Nous ne ferons pas de collecte", déclare en revanche Pierre-Yves Pouliquen. Dans ce domaine, contrairement à celui de l'eau, les standards de sécurité occidentaux, au lieu de constituer un atout, rendent son offre peu compétitive et rentable par rapport à celle des acteurs locaux déjà présents sur le marché, explique le directeur général.

Giulietta Gamberini

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