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ClimatEnergie & Environnement

Inde: comment Suez veut abreuver des villes de plus en plus assoiffées (2/3)

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 14 février 2018 à 07:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:19

L'eau en Inde

L'eau en Inde

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Dans un pays à l'urbanisation galopante, la production d'eau potable, l'assainissement ainsi que la distribution sont autant de marchés convoités par le groupe français.

Déjà 58 villes de plus d'un million d'habitants. Et une population urbanisée destinée à passer de 433 millions de personnes -un tiers des 1,3 milliard d'habitants actuels- à 850 millions: la moitié des 1,7 milliard habitants prévus à l'horizon 2050. Si le danger de stress hydrique concerne l'ensemble de l'Inde, ses métropoles, dont le développement rapide devance celui des infrastructures, risquent d'être particulièrement concernées dans les années à venir. Or, paradoxalement, l'émergence d'une nouvelle classe moyenne urbaine est plutôt source d'attentes croissantes, en termes de quantités d'eau disponible comme de qualité du produit et du service.

Lire aussi: Eau: en Inde, Suez teste le marché du futur (1/3)

C'est donc justement l'accompagnement des municipalités face à ces défis qui, selon Suez, constitue sa première opportunité en Inde. Le groupe, qui depuis les années 90 a déjà construit 250 usines de production d'eau potable dans le pays, souhaite notamment renforcer sa position dans ce secteur, dans le sillon du changement d'ère ouvert en 2000. Cette année, le groupe avait en effet signé avec le Delhi Jal Board (autorité publique locale en charge de l'eau) son premier contrat de construction et exploitation (DBO: "design, build and operation"), afin de bâtir puis de gérer jusqu'en 2016 l'usine de Sonia Vilar, destinée à fournir 635 millions de litres d'eau potable par jour à presque 4 millions d'habitants (sur plus de 26 dans l'ensemble de l'aire urbaine), malgré la pollution et la volatilité de la turbidité des eaux du Gange qui l'alimentent. Grand avantage de ce cadre contractuel: le financement est pris en charge par le client.

L'avenir dans les ouvrages "de grosse taille et complexes"

Depuis, le contrat a été renouvelé jusqu'en 2027, et Suez opère et entretient désormais 24 autres stations de production d'eau potable. Parmi celles-ci, une autre à Delhi: Wazirabad, d'où sortent 55 millions de litres par jour. À Bangalore, où la population a crû de 45% en 5 ans, en dépassant les 12 millions en 2016, et où le spécialiste français a construit et exploite déjà deux stations, en fournissant 1,5 milliard de litres d'eau potable par jour à 8,5 millions de personnes, Suez s'appuie sur les politiques volontaristes du Conseil de l'eau et de l'assainissement local pour davantage s'étendre. En 2016, il a remporté un nouveau contrat pour ajouter à partir de cette année 600 millions de litres par jour à sa production, en réhabilitant une unité de traitement et en en construisant une nouvelle dans la station de Tikki Hally. D'une durée globale de neuf ans et demi, le contrat vaut quelque 20 millions d'euros de chiffre d'affaires. "Nous nous concentrons là où nous apportons une véritable valeur ajoutée, à savoir sur les ouvrages de grosse taille et complexes, en particulier dans les grandes villes", explique le directeur général de la business unit Afrique, Moyen-Orient et Inde de Suez, Pierre-Yves Pouliquen, tout en évoquant aussi un projet en cours depuis deux ans de construction en zone rurale au Rajasthan de 150 petites usines, d'une capacité chacune de 0,3 million de litres par jour.

Autre marché croissant et convoité par Suez en ville, celui de l'assainissement. Dans un pays où 70% des eaux usées reversées dans la nature ne sont pas traitées, les autorités municipales saisissent enfin la gravité de l'enjeu en termes de préservation des ressources et de santé de la population. Alors que les villes réfléchissent à des outils d'incitation à la mise en place de systèmes de retraitement en circuits courts, le groupe français, qui en Inde traite déjà quotidiennement 600 millions de litres d'eaux usées produites par 4,8 millions d'habitants, en propose d'ailleurs de plus en plus le recyclage, à des fins d'irrigation ou industriels. Il offre également parfois un service intégré de valorisation des boues d'épuration, soulageant les besoins énergétiques de la station.

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De l'amélioration à l'exploitation des réseaux

Mais si dans les marchés de la production d'au potable et de l'assainissement Suez évolue en terrain connu, il ambitionne aussi à devenir leader dans un domaine davantage vierge: celui des services de distribution, très récemment ouverts au secteur privé et où la complexité est accrue par la pluralité des interlocuteurs. Quelques contrats de service pionniers ont ouvert la voie. Le premier a été signé à Delhi en 2012, pour l'amélioration de la distribution d'eau dans un quartier habité par 400.000 personnes (Malviya Nagar). La mission est notamment de détecter et réparer les très nombreuses fuites, et ainsi porter le taux de rendement du réseau de 33% (contre 75% en moyenne en France) à 85%, ainsi que d'améliorer le taux de recouvrement des impayés, en le faisant évoluer de 80% à 90%. Quelque 100 km (sur 200) de canalisations ont déjà été modernisées, 26 ajoutés, 12.000 nouveaux bénéficiaires raccordés, et 16 milliards de roupies (sur 19 dus) recouvrées (à savoir environ 200 millions d'euros). Des centaines de fuites ont été détectées, notamment grâce à une technologie à hélium particulièrement adaptée à celles invisibles.

Dans trois îlots pilotes de quelque 250 appartements chacun, où comme dans le reste de l'Inde l'eau n'arrivait jusqu'en 2016 que par intermittence quelques heures par jour, pour être ensuite stockée dans des réservoirs, Suez teste même la distribution en continu: une expérimentation visant à prouver que, dépassé une multiplication initiale par dix dû à d'anciens équipements et réflexes, sur le long terme, si la sensibilisation et les quelques investissements individuels nécessaires sont mis en place, la consommation et la facture, au lieu d'augmenter, diminuent. "Sur l'ensemble de ces îlots, nous livrons moins d'eau qu'avant", témoigne le directeur des services de l'eau de Malviya Nagar, Jean-Marc Lotthe, pour qui, si les moyens de dépasser le pic du départ étaient mis en place, "en 7 ans on pourrait convertir à la distribution continue tout le quartier".

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Si d'autres contrats remportés entre 2013 et 2016 se limitent à lui confier l'amélioration du réseau de distribution -dont l'un, souscrit le 2014 avec la ville de Bombay, est l'une des causes des charges supplémentaire qui ont grevé les comptes du groupe en 2017 et causé des pertes en Bourse-, Suez vient d'obtenir pour la première fois la possibilité d'étendre l'expérience de Malviya Nagar à l'échelle d'une ville. Le groupe a tout récemment décroché son plus important contrat de gestion des services d'eau potable à Coimbatore, pour l'optimisation, la réhabilitation et l'exploitation pendant 26 ans de l'ensemble du système de distribution desservant ses 1,6 million d'habitants, et la mise en place d'un approvisionnement continu. Pour Suez, cela représente un chiffre d'affaires de 400 millions d'euros, ainsi que l'espoir d'une ouverture vers les marchés d'autres villes dans l'avenir.

Giulietta Gamberini

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