EDF : les salariés somment Elisabeth Borne d’avoir "le courage politique" de mettre fin au "dogme de la concurrence"

Très mobilisées en 2021 contre le projet Hercule, les instances représentatives du personnel d'EDF et d'Enedis lancent l'acte III de leur mobilisation. Elles organisent, ce 17 mai, une matinée de débats sur l'avenir du système énergétique français et plaident pour une renationalisation complète d'EDF et l'émancipation de la France du marché européen de l'électricité.

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(Crédits : PASCAL ROSSIGNOL)

Défendre le service public de l'énergie. C'est la bataille dans laquelle s'est lancée, il y a près de deux ans, les comités sociaux et économiques centraux (CSEC) d'EDF et d'Enedis. A l'époque, il s'agit de faire front au projet Hercule. Défendu par le gouvernement auprès de Bruxelles, celui-ci a finalement été abandonné l'été dernier, après avoir provoqué la colère des syndicats, des salariés et de nombreux élus locaux. Tous redoutaient un démantèlement pur et simple d'EDF, aujourd'hui détenu à 84% par l'Etat, ainsi que la privatisation d'Enedis, gestionnaire du réseau de distribution d'électricité et filiale à 100% d'EDF.

Après avoir lancé une pétition en ligne pour alerter les Français sur ce sujet, puis adressé un courrier au 36.000 communes de France l'an dernier, les instances représentatives du personnel remontent au créneau. Ce mardi 17 mai, elles organisent à La Bellevilloise à Paris une matinée de débats sur l'avenir du système énergétique français à destination d'un public varié : élus locaux, représentants du personnel, institutionnels, experts, citoyens ou encore membres du monde associatif. Un événement baptisé Conseil national de l'énergie, "en référence au Conseil national de la résistance, qui a donné naissance à EDF en 1946", précise à la presse Philippe Page Le Mérour, secrétaire CGT du CSEC d'EDF.

Car selon le représentant du personnel, l'heure est toujours à la résistance au moment où la reprise des négociations sur la réforme d'EDF,  entre le nouveau gouvernement français et la Commission européenne, est imminente.

"Le projet [de réforme d'EDF, ndlr] n'est pas à la poubelle, il n'est qu'au congélateur", prévient Philippe Page Le Mérour.

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Match retour

Les instances représentatives du personnel se préparent donc à un "match retour" pour défendre l'intégrité du groupe EDF et appellent au dialogue. Ils espèrent que les questions de souveraineté énergétique, devenues brûlantes depuis le début de la guerre en Ukraine, joueront en leur faveur. "Nous souhaitons qu'à partir d'aujourd'hui, la parole de celles et ceux qui ont des idées sur la conception du service public de l'énergie de demain puisse être entendue", expose le secrétaire général du CSEC d'EDF.

"Si nous avons un message à faire passer à Elisabeth Borne, c'est que l'avenir du service public de l'électricité ne doit pas se discuter dans les cursives, sous l'influence des banques d'affaires", poursuit-il.

Les deux représentants des CSEC plaident, eux, pour "une renationalisation complète d'EDF" et pour "la sortie du dogme de la concurrence et donc l'émancipation de la France du marché européen de l'énergie".

"Cela demande un courage politique très fort. Est-ce que Madame Borne l'aura ?" interroge Frédéric Fransois, secrétaire général CFE-CGC du CSEC d'Enedis.

Pour une émancipation du marché européen

Les instances représentatives du personnel remettent en cause l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence au début des années 2000, en application de la directive européenne de 1996, qui supprime ainsi les tarifs fixés par les pouvoirs publics. Depuis, les prix sont définis par le jeu de l'offre et de la demande sur les bourses nationales de l'électricité, interconnectées entre elles, et via des contrats de long terme entre producteurs et consommateurs.

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Sur ces bourses, la formation du prix repose sur le principe de la vente au coût marginal. C'est-à-dire que les prix au mégawattheure (MWh) dépendent du coût nécessaire à la mise en route de la toute dernière centrale appelée afin de répondre à la demande dans chaque Etat membre, notamment aux heures de pointe. Or c'est généralement une centrale au gaz ou au charbon, qui est appelée en dernier recours en Allemagne, par exemple. Résultat : quel que soit leur mix national, ou presque, tous les pays membres de l'UE subissent peu ou prou la même hausse de prix, liée à la flambée des prix des hydrocarbures.

Les organisateurs du Conseil national de l'énergie tiennent donc ce mécanisme de marché pour responsable de la flambée actuelle des prix de l'électricité. "Le prix galopant du gaz est un véritable handicap pour les consommateurs. Il faut réguler ça autrement que par des aides publiques", estime Frédéric Fransois, en faisant notamment référence au bouclier tarifaire mis en place par le gouvernement français pour limiter la facture des consommateurs.

Alors que l'Espagne et le Portugal viennent d'obtenir une dérogation de Bruxelles pour se déconnecter du marché européen de l'électricité pendant un an, les représentants des salariés considèrent que la France, dont le mix électrique repose en très grande majorité sur le nucléaire, a toutes les raisons d'obtenir, "a minima", une dérogation similaire.

"Abrogation totale et définitive de l'Arenh"

"Madame Borne a toutes les raisons de taper du poing sur la table et d'avoir le courage politique de ses prédécesseurs", insiste Philippe Page Le Mérour, en faisant référence à Marcel Paul (alors ministre de la production industrielle, il propose la nationalisation de l'énergie et organise la création d'EDF-GDF en 1946) et de Pierre Messmer (qui prend la décision, en tant que Premier ministre, de lancer la construction de 13 centrales nucléaires en 1973 pour faire face au choc pétrolier).

Les organisateurs du Conseil national de l'énergie exigent également "l'abrogation totale et définitive de l'Arenh", ce mécanisme qui oblige EDF à vendre un certain volume d'électricité nucléaire à prix cassés à ses concurrents. "L'Arenh a été mise en place il y a dix ans pour organiser la concurrence et permettre [aux fournisseurs alternatifs, ndlr] de pouvoir investir dans des moyens de production. La concurrence n'a pas investi dans l'appareil productif. L'Arenh ne repose plus sur aucun argumentaire législatif", estime Philippe Page Le Mérour.

"A quel moment, en France, serons-nous en capacité de faire le bilan de l'ouverture du marché ? Quels bénéfices cela a apporté aux citoyens ? A l'économie ? Ces sujets, Elisabeth Borne les connaît parfaitement. Elle devra avoir une vision d'ensemble", conclut Frédéric Fransois.

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Commentaires 15
à écrit le 18/05/2022 à 8:49
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En effet mais cela va être compliqué alors que l'on confie la nourriture et l'eau aux déficients mentaux financiers pourtant l'énergie devrait comme on le constate également faire preuve d'exception. 60 à 80% du prix de l'eau partent en dividendes.

à écrit le 18/05/2022 à 8:34
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La France est pillée, elle ne fabrique plus rien, hier j'achète des lames à rasoir curieusement fabriquée en Russie et une paire de cisailles à ongle fabriquée au Pakistan.. Comme l'état français est faible l'UE joue sur du velours adieu EDF et le nu...

à écrit le 17/05/2022 à 22:48
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Du très bon Eric Verhaghe sur le Courrier des Stratèges , "Cette polytechnicienne, ancienne du très chic lycée Jeanson-de-Sailly, à Paris, ingénieur des Ponts et Chaussées, a fait toute sa carrière dans le service public, enchaînant les postes ...

à écrit le 17/05/2022 à 21:31
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Bonjour, Qu'ils y est de la concurrence pourquoi pas.. Mais que selle si fonctionne grâce à l'électricité nucléaire bradé par EDF .... S'est scandale... Celle magouilles de politique véreux pour s'enrichir est non acceptables . Ils faut arrêt de...

à écrit le 17/05/2022 à 19:51
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Et si l'état réalisait une scission des activités nationales et internationales chez EDF? Offrons aux marchés financiers la mondialisation qu'ils puissent profiter de la concurrence internationale via une privatisation à 100 % des activités int...

à écrit le 17/05/2022 à 19:36
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Sortir du "dogme de la concurrence" n'est pas dans les pouvoirs d'un gouvernement français sinon par un frexit. D'ailleurs avec moins de concurrence et plus de dirigisme nous serons encore plus proches de l'économie sovietique avec les succés que l'...

à écrit le 17/05/2022 à 18:45
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Dormez tranquilles, gentils citoyens! Macron et son nouveau majordome vont oeuvrer sans relâche pour faire votre bonheur. Et cerise sur le gâteau, vous aurez une "renaissance démocratique"!.. S' agissant de la casse d' edf, le premier respons...

à écrit le 17/05/2022 à 18:18
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Les fonctionnaires comme les agents EDF et autres réclament à Borne la nouvelle 1ère ministre le maintien de leur privilège très inégalitaire avec le privé, leur faible productivité, la retraite à 52/57 ans contre 62 pour le privé... Pas étonnant que...

le 17/05/2022 à 23:09
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Outch sa sent la jalousie par ici ! , pourquoi ne pas postuler ?

le 18/05/2022 à 10:29
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Oui car apparemment on se fait trop de c.... en or dans le public, normalement c'est dans le privé

le 18/05/2022 à 13:24
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"le maintien de leur privilège très inégalitaire avec le privé" Et qu'est-ce que tu as fait dans le privé pour diminuer ces inégalités.C'est le problème du privé envier d’autre secteur au lieu de se battre dans le sien pour améliorer ses propres p...

à écrit le 17/05/2022 à 17:45
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L'Etat a roulé dans la farine les petits porteurs à qui il a vendu 16% (salariés inclus) des part de l'entreprise, pour ensuite, en tant qu'actionnaire majoritaire, faire un abus de position dominante en prenant des décisions en faveur de lactionnair...

à écrit le 17/05/2022 à 17:45
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L'Etat a roulé dans la farine les petits porteurs à qui il a vendu 16% (salariés inclus) des part de l'entreprise, pour ensuite, en tant qu'actionnaire majoritaire, faire un abus de position dominante en prenant des décisions en faveur de lactionnair...

à écrit le 17/05/2022 à 17:44
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Je ne suis pas spécialement partisan des nationalisations et du tou-état, mais en tant que consommateur lambda, je constate que la pseudo concurrence dans l'électricité, comme pour le gaz, n'a pas apporté aux Français de gain et de facilité notables,...

à écrit le 17/05/2022 à 17:30
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"le courage politique" de mettre fin au "dogme de la concurrence" Mais, c'est une demande de la commission européenne ,Borne va donc appliquer la directive sous couvert de négociation.Elle a liquidé la sncf sur demande de la commission européenne ...

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