Énergies renouvelables : la France se convertit à la vente directe aux industriels

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Aéroports de Paris (ADP) a publié en mai dernier un avis pour approvisionner ses trois sites en électricité verte via un PPA.
Aéroports de Paris (ADP) a publié en mai dernier un avis pour approvisionner ses trois sites en électricité verte via un PPA. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
En fort développement dans le monde, les PPA (Power Purchase Agreements), des contrats de gré à gré passés entre producteurs d’électricité renouvelables et consommateurs corporate, font leur apparition sur le marché français.

En 2017, ils ont représenté 5.400 gigawatts (GW) d'électricité verte. Cette année, on en comptabilise déjà 7.200 GW début août, selon Bloomberg New Energy Finance (BNEF). Les Power Purchase Agreements (PPA), achats directs d'électricité verte par de gros consommateurs industriels ou tertiaires à des producteurs de solaire, d'éolien ou d'hydroélectricité, se développent rapidement. Certes, ils ne représentent encore qu'une goutte d'eau sur le volume total des ventes d'énergies renouvelables, qui fonctionnent majoritairement selon des mécanismes d'obligation d'achat ou des appels d'offres portant sur des durées de 15 ou 20 ans, par lesquels les producteurs vendent à l'État. Mais, baisse des coûts aidant, de nouveaux dispositifs sont instaurés un peu partout, notamment en Europe, qui se rapprochent des plus en plus des mécanismes de marché, avec les risques inhérents de volatilité des prix.

Les GAFA, très gros consommateurs d'énergie pour alimenter et surtout refroidir leur data centers, ont été les pionniers des PPA. Google (qui aux États-Unis se fournit notamment auprès d'EDF EN) a ouvert la voie en 2010. Depuis début 2018, selon BNEF, ils ont acheté 1.800 GW des 7.200 GW commercialisés dans le monde, et Facebook a signé à ce jour le plus gros PPA de l'année. Microsoft et Google figurent également dans le peloton de tête.

Tous les secteurs représentés

Mais de plus en plus d'entreprises de tous secteurs sont intéressées par les avantages que présentent les PPA : une opportunité de verdir leur mix énergétique (notamment pour satisfaire leurs obligations ou leurs convictions en matière de RSE), la possibilité d'avoir une visibilité de leur facture énergétique sur 10 à 20 ans et, ce qui est plus nouveau, de s'approvisionner à des prix de plus en compétitifs comparés à ceux des marchés de gros.

Ces atouts ont séduit en 2018 les fabricants d'aluminium Norsk Hydro et Alcoa en Scandinavie, les champions de la téléphonie américaine AT&T ou T-Mobile, la chaîne américaine de magasins Walmart ou encore Nike. Quelque 140 entreprises dans le monde ont rejoint le réseau RE100, qui regroupe des marques s'engageant à un approvisionnement en énergie 100% verte. C'est notamment le cas des françaises Aviva, Axa, Danone, La Poste ou encore Schneider Electric. BNEF a calculé que, pour respecter leurs engagements, ces 140 entreprises devraient consommer collectivement près de 200 térawattheures (TWh) supplémentaires en 2030, ce qui nécessite de construire 100 GW de capacités renouvelables supplémentaires.

L'électricité verte bientôt moins chère que l'électricité conventionnelle

Et, si les États-Unis et les pays scandinaves représentent en 2018 près de 80% des PPA signés, de plus en plus de pays s'y convertissent. En France, les acteurs commencent tout juste à se mettre en ordre de marche. Plusieurs explications à cela : avec des prix de marché de l'électricité particulièrement bas, il n'est devenu intéressant que récemment de privilégier une électricité verte, dont les coûts n'en finissent pas de baisser. A titre d'exemple, lors du dernier appel d'offres solaire attribué début août, les lauréats l'ont emporté avec des prix de 58,2 euros/kWh en moyenne, et les courbes de prix de l'électricité conventionnelle et de l'électricité verte devraient se croiser entre 2022 et 2025. Par ailleurs, 1.200 MW éoliens français vont atteindre les 15 ans et donc sortir de l'obligation d'achat. Autrement dit, leur production ne leur sera plus rachetée par EDF au tarif fixé négocié il y a 15 ans, mais il leur faudra la vendre sur le marché.

Côté consommateurs, les entreprises qui souhaitaient verdir leur mix énergétique pouvaient jusqu'à présent le faire en acquérant sur le marché européen des garanties d'origine correspondant à une production hydroélectrique n'importe où en Europe, essentiellement dans les pays nordiques. Mais cela reste trop flou aux yeux de certaines entreprises et parfois de leurs propres clients, qui voudraient connaître précisément la provenance des électrons qu'elles achètent, et s'assurer que leurs achats contribuent à développer le parc de production d'énergies vertes. C'est notamment pour répondre à ces attentes qu'Engie a lancé début août un appel d'offres pour un volume annuel global de 2 TWh auprès de producteurs de solaire, d'éolien, d'hydroélectricité et de biomasse, à partir de projets neufs ou sortis d'obligations d'achat.

En France, producteurs et agrégateurs se positionnent

Le producteur indépendant Akuo Energy (qui, aux États-Unis, vend déjà sa production à Walmart et à 3M) a un projet dans les tuyaux avec le moteur de recherche français Qwant depuis plus d'un an. Plus récemment, Aéroports de Paris (ADP) a publié en mai dernier un avis pour approvisionner ses trois sites via un PPA. Début juin, c'est la SNCF, plus gros consommateur d'électricité en France, qui lançait un appel d'offres destiné à couvrir 20% de sa consommation en énergie verte.

Les producteurs de petite taille, incapables d'accéder directement à des clients importants devront passer par des agrégateurs. Ces derniers, qui ont vu le jour à l'origine pour regrouper la production de plusieurs acteurs avant de la vendre sur le marché, peuvent jouer le même rôle dans le cadre de PPA. Plusieurs grands énergéticiens ont développé cette activité, parfois au travers de filiales dédiées : la CNR; Engie avec Global Management Energy (GEM), aux manettes pour l'appel d'offres qui vient d'être lancé ; EDF avec Agregio. Né en avril 2017 à l'initiative du groupe de gestion d'actifs Aqua, Orygeen, fruit du regroupement de plusieurs acteurs des renouvelables, s'est associé à l'agrégateur Solvay Energie Services (SES) et vise 1 TWh de PPA. Uniper France, issue des activités thermiques de l'allemand E.ON, s'y prépare également. Côté acheteurs, des entreprises peu habituées à ces pratiques, les décisions sont parfois longues à prendre. Mareva Edel,  directrice commerciale de Uniper France, souligne un autre risque inhérent aux PPA : la solvabilité du client sur la durée du contrat, qui peut aller de 10 à 15 ans. Ce n'est pas par hasard si l'on trouve aujourd'hui essentiellement de très grandes entreprises dont la pérennité semble assurée.

Nouvelle piste de financement

Mais c'est aussi pour les développeurs de projets d'énergie renouvelables une nouvelle piste de financement à l'heure où les obligations d'achat et les subventions se tarissent.

« Les banquiers et les investisseurs recherchent des prix garantis sur 15 ans, ce que le marché ne peut pas offrir », conclut Mareva Edel.

Riches d'avantages à la fois pour les gros consommateurs d'électricité soucieux de visibilité et de vertu environnementale, pour les producteurs d'énergies renouvelables à la recherche de débouchés assurés, et pour les développeurs de projets en quête de financement, les PPA sont promis à un avenir radieux. En France, d'autres appels d'offres devraient suivre ceux déjà lancés cette année, dont les résultats devraient être connus dans les prochaines semaines.

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Commentaires
a écrit le 23/08/2018 à 6:50 :
Numéro après numéro, madame Pialot reproduit scrupuleusement la logorrhée de ses maîtres à penser plus ou moins intéressés qui mènent droit dans le mur le système électrique et l’économie du pays. L’exercice constant et rigoureux de son psittacisme n’est pas le moins du monde enrichi de l’amorce d’une analyse technico économique personnelle de fond, allant jusqu’à confondre kW et kWh.
Que dit la militante Dominique Pialot du communiqué ci-après de Lionel Taccoen, le directeur de publication de la « lettre géopolitique de l’électricité » ?

- Note d'actualité sur l'évolution des factures d'électricité en France et en Allemagne.

- France:
Plusieurs médias français ont fait état en août "d'une première étude d'Eurostat " indiquant que le prix de l'électricité pour les ménages français était plus élevé que dans quinze pays de l'Union Européenne . La conclusion de ces médias était que le nucléaire français, produisant la plus grande partie du courant, perdait de sa compétitivité puisque dans plus de la moitié des nations de l'UE, l'électricité était devenue moins chère que chez nous.
Cette "première étude d'Eurostat" (Eurostat est le service de statistiques de l'Union Européenne) est en fait un résumé du tableau public des prix de l'électricité d'Eurostat "nrg_pc_204", publié et mis à jour chaque semestre depuis une dizaine d'années. Il est exact que les familles de seize pays de l'UE , et non quinze, payent leur kWh moins chère qu'en France. Ce n'est pas nouveau.Il s'agit pour la plupart des pays de l'Est européen additionnés de la Grèce. Les factures d'électricité conviennent à un niveau de vie nettement plus bas que chez nous. Une augmentation du prix du courant, il y a quelques années en Bulgarie a provoqué des émeutes et la chute du gouvernement.
Ces seize pays représentent moins de 140 millions d'habitants sur les 510 millions de l'UE. Presque les 3/4 des autres Européens payent donc leur courant plus cher qu'en France.

L'important n'est pas là. En 2017, les ménages français payaient leur kWh de 16 à 17% moins cher que la moyenne européenne. Mais en 2010, ils le payaient 31% moins cher. Que s'est-il passé? On pourra se reporter à notre Lettre d'octobre 2017 intitulée "La politique française de l'électricité. les faux pas" (sur www.geopolitique-electricite.com ). En deux mots: les données d'Eurostat et de la Commission de Régulation de l'Energie indiquent , qu'hors inflation, les factures françaises ont cru de 21% de 2010 à 2016. La part due à la production (hors subventions des renouvelables) est restée constante (29% des factures). Le nucléaire n'y est donc pour rien.Par contre les taxes ont bondi, surtout du fait des aides aux renouvelables et représentent désormais 35% des factures .L''acheminement (transport et distribution,30% des factures) a augmenté aussi . Désormais près du tiers des investissements du transport sont dus, comme le dit excellemment notre Réseau de Transport d'Electricité (RTE) "à l'adaptation à la transition énergétique" , bref en grande partie liée aux renouvelables. Il est exact que la France perd progressivement ses prix attractifs dus au nucléaire. La raison n'est pas une perte de compétitivité de ce dernier, mais les aides aux renouvelables.

- Allemagne: (données provenant d'Eurostat)
L'Allemagne est désormais , depuis le second semestre 2017 le pays de l'Union Européenne où le kWh pour les ménages est le plus cher.: 30,48 centimes d'euros (le double du prix français) contre 30,10 centimes au Danemark, son grand rival dans le domaine.Il est vrai que pour résoudre les questions d'intermittence , l'Allemagne entretient un parc électrique hypertrophié, alors que le petit Danemark compte sur les capacités électriques de ses voisins, dont l'Allemagne pour compenser les sautes de vent.. Sigmar Gabriel, lorsqu'il était vice-chancelier allemand , avait réformé l'Energiewende (la transition énergétique locale), en indiquant qu'il parviendrait peut-être à stabiliser les prix, mais pas de les diminuer. C'est perdu...L'Allemagne, le Danemark, et probablement l'Australie du Sud, ont les prix les plus élevés de l'électricité au monde, pour les nations avancées.Les parts des renouvelables intermittents (solaire et éolien) y sont aussi les plus élevées. Comme dit le média financier Forbes "pourquoi les renouvelables si bon marché donnent-elles de l'électricité si chère"?
a écrit le 22/08/2018 à 0:16 :
Nous avons pu exporter du solaire pendant la canicule alors que 4 centrales nucléaires ont dû être arrêtées et 17 en 2003. Le nucléaire n'est pas adapté au réchauffement climatique et à la montée des eaux des océans. Les renouvelables et le stockage sont la meilleure option et rendent les réseaux plus sûrs comme on le vérifie pour l'Allemagne et le Danemark. Les renouvelables permettent de faire fermer de plus en plus de centrales fossiles gaz, pétrole et charbon.
Réponse de le 23/08/2018 à 9:57 :
Polytech, les centrales nucléaires arrêtées pendant la canicule l'ont été pour ne pas augmenter la température de l'eau des rivières au-delà des augmentations réglementaires. Il en aurait été de même pour une centrale à gaz ou à charbon. Quant à la montée des eaux, à 3 mm /an, vous voulez rire?
Les renouvelables ne peuvent rien faire fermer du tout, car il faut disposer de la puissance actuelle de nos centrales pilotables pour faire face aux défaillances dues à la météo . Sur le site de l'ENTSO, vous pouvez vérifier aussi bien pour l'Allemagne que pour nous que la puissance totale de ces centrales n'a pas changé depuis 15 ans.
Quant au stockage, il n'y a toujours pas de solution en vue pour faire face aux énormes quantités d'électricité qu'il faudrait stocker!
a écrit le 21/08/2018 à 13:24 :
La réalité c’est que les investissements dans le renouvelable diminuent d’une part avec la fin des subventions astronomiques et d’autre part parce que les sites les plus rentables diminuent en nombre avec le temps (rendements décroissants)
Par ailleurs, poser une éolienne c’est ouvrir une centrale au gaz pour produire les 80% du temps ou l’éolienne ne produit pas
Donc comparer le coût d’un kwh éolien avec le prix du marché est une imposture. Il faut rajouter le prix de 80% du prix d’un kwh produit avec du gaz et ce n’est plus du tout la même chose
Les allemands l’ont bien compris qui d’une part ont arrêté leurs subventions (avec des suppressions d’emplois en cours) et négocient un gazoduc avec les russes
Il faut bien que le principe de réalité intervienne dans cette gabegie collective
a écrit le 20/08/2018 à 13:31 :
Si l’électricité dite verte devient si avantageuse, il faut se poser la question de savoir pourquoi les tarifs de rachat imposés sont si élevés : par exemple près de 80€ le MWh pour l’éolien terrestre soit entre 2 à 3 fois le prix du marché.
Bien sûr, dans tout ça, on ne prend pas en compte le coût de l’intermittence des énergies renouvelables qui sera payé par le contribuable et qui va s’avérer particulièrement salé.
Un article de promotion des énergies renouvelables avec beaucoup de raccourcis voire d’erreurs : KWh et MWh ce n’est pas tout à fait la même chose!
a écrit le 20/08/2018 à 12:44 :
Toujours la même finalité des avantages consentis aux gros consommateurs payés au final par l'ensemble des petits consommateurs!
a écrit le 20/08/2018 à 9:34 :
"En 2017, ils ont représenté 5.400 gigawatts (GW) d'électricité verte."
Le gigawatt c'est la puissance de l'installation. Si cette puissance n'est pas mise en service, ou si elle ne fonctionne pas (le solaire la nuit, l'éolien quand il n'y a pas de vent, une centrale à l'arrêt) elle ne produira pas de "quantité d'électricité" que l'on compte en kwh (un kilowatt de puissance pendant une heure), ou en giga wh.
a écrit le 20/08/2018 à 9:10 :
Il y a une erreur de frappe dans le paragraphe "L’électricité verte bientôt moins chère..." : Le prix que vous donnez est de 58e/kWh. Il s'agit bien sûr de MWh. Par kWh, le chiffre exact serait de 5.8 centimes d'euro (facteur 1000)

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