Biomasse : Uniper (E.ON) fait appel de l'interdiction d'exploiter la plus grande centrale de France

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D'une puissance de 150 mégawatts, la centrale biomasse de Gardanne, exploitée par une filiale de l'énergéticien allemand E.ON, doit fournir à terme 6% de la production d'électricité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en consommant 850.000 tonnes de bois par an, pour moitié des déchets, pour moitié du bois issu de coupes forestières.
D'une puissance de 150 mégawatts, la centrale biomasse de Gardanne, exploitée par une filiale de l'énergéticien allemand E.ON, doit fournir à terme 6% de la production d'électricité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en consommant 850.000 tonnes de bois par an, pour moitié des déchets, pour moitié du bois issu de coupes forestières. (Crédits : Reuters)
Ce projet clé de la transition énergétique devait à terme fournir 6% de la production d'électricité de la région PACA. Pourtant, le 27 avril, le rapporteur public demandait, pour "étude d'impact insuffisante", l'annulation de l'arrêté préfectoral autorisant l’exploitation de la gigantesque centrale de Gardanne (Bouches-du-Rhône) dans laquelle seront brûlées 850.000 tonnes de bois par an. Les quatorze requérants (parcs naturels, communes...) ont remporté une manche jeudi, mais la bataille continue car la filiale de l'énergéticien allemand E.ON annonçait vendredi faire appel.

( Article publié le jeudi 8 juin 2017 à 15:59, mis à jour le 9.06 à 17h )

La biomasse est une énergie renouvelable qui doit contribuer à la transition énergétique. Certes, mais le projet de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, est critiqué par des associations écologistes pour son gigantisme. Délivrée en novembre 2012 par le préfet des Bouches-du-Rhône, l'autorisation d'exploitation était attaquée par les parcs naturels régionaux du Verdon et du Lubéron, des communes des Alpes-de-Haute-Provence et des associations, dont France Nature Environnement - en tout quatorze requérants.

Calibrée pour brûler "des centaines de milliers de tonnes de bois par an"

Et les plaignants ont finalement obtenu gain de cause : le tribunal administratif de Marseille a annulé mercredi l'autorisation d'exploitation de la plus grande centrale biomasse de France, à Gardanne (Bouches-du-Rhône), estimant que son exploitant, le groupe allemand Uniper, n'avait pas suffisamment évalué son impact sur les forêts du Sud-Est.

"L'insuffisance de l'étude d'impact" du projet "a eu pour effet de nuire à l'information complète de la population" avant la construction de cette centrale calibrée pour brûler des centaines de milliers de tonnes de bois par an, écrit le tribunal.

Dioxine, particules fines, rotations de camions...

L'étude d'impact et l'évaluation Natura 2000 n'ont porté que sur un périmètre de trois kilomètres autour de l'installation, alors que la centrale prévoit de brûler du bois coupé dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, relève le tribunal. L'impact des rotations de camions qui alimenteront la centrale et la pollution atmosphérique (particules fines, dioxine, CO2) ont également été insuffisamment pris en compte, soulignent les juges.

80 emplois directs, 250 millions d'euros d'investissement

La centrale de Gardanne comporte deux unités, l'une brûlant du charbon et l'autre du bois. L'ensemble n'est pas encore en service, mais a déjà tourné à plein régime pour des tests et a injecté de l'électricité dans le réseau. D'une puissance de 150 mégawatts, la centrale biomasse de Gardanne représente un investissement de 250 millions d'euros et génère 80 emplois directs, fait valoir son exploitant, Uniper, filiale du groupe énergétique allemand E.ON. Elle doit fournir, à terme, 6% de la production d'électricité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en consommant 850.000 tonnes de bois par an, pour moitié des déchets, pour moitié du bois issu de coupes forestières.

Périmètre de l'étude d'impact et zones Natura 2000

Lors de la séance au tribunal administratif de Marseille, jeudi 27 avril 2017, l'avocat d'Uniper, Me Frédéric Defradas, avait soutenu que la réglementation ne contraignait pas à ce que l'étude d'impact englobe "les cinquantaines de sites exploités" par les entreprises forestières appelées à fournir Uniper.

En face, les défenseurs des requérants, Mes Mathieu Victoria et Eric Posak, faisaient observer qu'aucune étude d'incidence n'avait été menée au titre des zones Natura 2000 alors qu'elles sont nombreuses dans le périmètre d'approvisionnement.

Uniper fera appel, le préfet maintient l'exploitation de la centrale

Vendredi, l'entreprise Uniper annonçait dans un communiqué son intention de faire appel de cette décision, la qualifiant de "très pénalisante pour un acteur résolument engagé dans la transition énergétique et pour un projet innovant, structurant pour la filière forêt-bois et créateur d'emplois".

Le communiqué de Uniper explique que le Préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a délivré ce jour une autorisation provisoire d'exploiter l'unité biomasse.  Ainsi la poursuite de l'exploitation de la centrale de Provence est maintenue.

Luc Poyer, président d'Uniper France, après avoir réitéré sa surprise devant la décision du tribunal, et assuré à nouveau que l'étude d'impact était en tout point conforme et qu'elle comportait bien l'analyse des "effets indirects du projet sur le site et de son environnement", concluait en brandissant l'étendard des énergies vertes :

"Même s'il s'agit d'un coup dur pour les énergies vertes dans ce pays, nous restons convaincus du bien-fondé de ce projet, de sa contribution à la coopération franco-allemande dans le domaine de l'énergie et espérons qu'il sera riche d'enseignements.»

(Avec AFP)

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a écrit le 11/06/2017 à 13:15 :
que l'on brûle les branche coupées, ok, mais couper des arbres pour cela, dans combien de temps n'y aura-t-il plus un arbre dans cette région ????
a écrit le 10/06/2017 à 18:49 :
on interdit aux particuliers de brûler leurs branches et on autorise de brûler 850.000 tonnes de bois par an pour faire de Electricité , serions nous tomber sur la tête ?
a écrit le 10/06/2017 à 7:50 :
Appauvrir les sols, les océans ou les forêt n'a rien d'écologique, de renouvelable ou d'énergie verte; malgré toutes les couleuvres qu'on essaie de nous faire avaler.
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Antoine Laurent de Lavoisier
Loi fondamentale :
"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"
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Les plantes ou le bois pour faire de l'énergie propre" est une fumisterie.
Le sol s'appauvrit, il faut importer des minéraux massivement pour le revigorer, en épuisant les ressources d'autres continents et en polluant par l'extraction, la transformation; le transport et le dépôt de ses matières. Notre agriculture traditionnelle utilise des millions de tonnes d'intrants importés pour maintenir artificiellement les sols productifs.
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Et les forêts auraient donc la capacité de se régénérer, seules, sans s'épuiser, sans dépérir?
Qui veut croire à ce mensonge ?
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On constate que le climat se dérègle plus vite que prévu et que la prévision des disparitions d'espèces animales et végétales est très largement sous-estimée. Est-ce intelligent et avisé de consommer plus bois, de granulés, de buches ?
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Les énergies les plus propres utilisent les éléments naturels, soleil, vent, marée, géothermie.
Elles les utilisent mais ne les détruisent pas. Dans ce cas, on est proche de l'écologie bien qu'il faille prendre en compte la fabrication des installations, le transport et le stockage de l'énergie.
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C'est bien d'essayer de diminuer le plus rapidement possibles les énergies fossiles et le nucléaire, mais sans faire gober n'importe quoi aux citoyens pour plaire aux géants industriels ou éviter des plans sociaux.
L'urgence de la lutte contre le réchauffement, oui, mais pas à coups d'erreurs !
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Les arbres ou les roseaux repoussent, heureusement encore, mais dans quel état? Et toute la bio diversité qui s'en nourrissait et qui y en vivait ?
L'appauvrissement n'est pas visible pour le commun des mortels. Il faut étudier la forêt sur des décennies pour comprendre et voir.
C'est le cas des personnels forestiers à la retraite ou en âge de la prendre.
En fin de carrière (plus rien à perdre), tous vous dirons que nos forêts s'appauvrissent, mêmes celles d'Ile de France (Fontainebleau, Compiègne, Rambouillet, etc.), qui sont certainement parmi les moins exploitées.
Ce qui est volé aux forêts est perdu à jamais.
Azote, oxygène, hydrogène, carbone, y'a du stock !
Mais certains minéraux, souvent rares et en infime quantité, qui brulent dans des chaudières sont perdus à jamais pour les forêts.
Ce sont ces minéraux qui font pour beaucoup dans la qualité et la diversité des massifs forestiers.
Ce n'est pas les pluies, le soleil ou les vents qui vont reconstituer la forêt à l'identique.
Seuls des intrants peuvent le faire en partie, voir les quantités d'intrants importés déversés après chaque récolte par nos agriculteurs.
Merci de ne pas nous prendre pour des imbéciles !
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"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"
Pour la biomasse issue des arbres, la transformation est un appauvrissement des forêts, lent mais profond et sans retour possible !
Comme ce n'est visible et mesurable que pour les spécialistes, les industriels nous font gober que leurs exploitations n'ont pas de conséquences.
Faire du fric en hypothéquant sur l'avenir est facile !
a écrit le 09/06/2017 à 1:33 :
Extraordinaire: dans un département à forte concentration urbaine, ensoleillé voire venteux, éloigné des zones forestières, on construit avec des subventions publiques une usine à fort rejets polluants, nécessitant une rotation de camions considérable !
Mais enfin qui se sucre de ces aberrations?
a écrit le 08/06/2017 à 16:19 :
D'autant que c'est une région ultra touristique car magnifique, mêler les camions aux touristes qui sont partout n'aurait fait qu’aggraver certainement la production de CO2 là bas. oit on s'attaque intelligemment à la protection de la planète soit on continue dans cette logique néolibérale nihiliste.

Il serait temps de remettre sérieusement en question ces projets de mégalomanes, oui les possédants ont beaucoup d'argent c'est un fait mais ça ne leur donne pas tous les droits, surtout celui de ne pas réfléchir aux conséquences de leurs actes.

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