Engie : les résultats consacrent la stratégie d’Isabelle Kocher

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Isabelle Kocher (Engie) voit ses choix validés par les résultats 2017
Isabelle Kocher (Engie) voit ses choix validés par les résultats 2017 (Crédits : GDF-Suez)
La directrice générale de l’ex-GDF-Suez a enfin eu l’occasion d’annoncer ce 8 mars 2018 que le groupe est sorti du rouge. Mieux, elle s’annonce très confiante pour les prochaines années, grâce à un portefeuille d’activités moins carbonées et plus rentables.

Isabelle Kocher savoure sa satisfaction. Après deux années de pertes, les orientations qu'elle a décidées à sa nomination à la direction générale du groupe en 2016 se voient enfin couronnées de succès. Le chiffre d'affaires de 65 milliards d'euros ne s'accroît que de 0,3%. Mais l'essentiel, c'est qu'Engie repasse dans le vert en 2017, avec un bénéfice net de 1,4 milliard d'euros, un résultat net récurrent au-dessus du consensus à 2,6 milliards d'euros, un Ebitda de 9,3 milliards et une dette abaissée de 2,1 à 20,9 milliards. Confiante dans ses perspectives à venir, l'entreprise propose d'ailleurs un dividende de 75 centimes au lieu des 70 centimes attendus.

43 acquisitions en deux ans

« Le bateau Engie a changé de cap et commence à prendre le vent », a résumé sa directrice générale, se félicitant d'avoir réalisé à 90% le plan de transformation programmé de 2016 à fin 2018 : déjà 13,2 milliards de cessions engagés sur un total prévu de 15 milliards, mais aussi 43 acquisitions en deux ans, pour un montant global de 13,9 milliards. Un mouvement qui devrait se poursuivre, comme l'a confirmé Isabelle Kocher, même si les acquisitions ne constituent pas le principal moteur de la croissance, qui se veut d'abord organique. Cependant, réalisées en priorité dans les énergies renouvelables (Solaire Direct), les infrastructures (EV Box) ou encore les services (Tabreed), elles contribuent de façon significative à la croissance.

De -9% en 2016 la croissance organique de l'Ebitda a été de 5% en 2017 grâce à ce nouveau périmètre d'activités. Moins carboné, celui-ci présente également un meilleur profil de risque grâce à une baisse de la part des activités régulées et donc une moindre exposition aux cours des commodités, même si cette part pourrait augmenter de nouveau dans le cas où les rebonds attendus se produiraient. Avec un retour sur capitaux employés productifs de 7,2% contre 6,5% en 2016, ce nouveau portefeuille se révèle aussi plus rentable.

« Prendre le temps » de sortir du charbon

Ainsi restructuré, le groupe est replacé « au centre du jeu, là où les investissements seront faits, où la croissance va apparaître et où la valeur sera créée ». Adapté aux deux grandes tendances lourdes relevées par la directrice générale : une très forte volonté des clients de s'investir dans leurs modes de consommation d'énergie, et une volonté des États d'adopter une production de plus en plus décarbonée, le nouveau portefeuille d'activités permet de « réconcilier le secteur de l'énergie avec la société civile » et d'en faire « the place to be ».

Désormais « profilé pour une croissance rapide », le groupe devrait atteindre en 2018 un point de bascule, les activités à forte croissance prenant le pas sur les autres.

Sur la cession des centrales à charbon, dont la capacité globale a baissé de 60%, Isabelle Kocher se montre néanmoins peu loquace. Rappelant que cela représente aujourd'hui une très faible part de ses activités, elle affirme que « cela laisse du temps pour trouver les meilleures solutions », et que « dans de nombreuses régions du monde, on ne peut tout simplement pas se passer du charbon du jour au lendemain. »

Pas question de scinder les activités

Interrogée sur différents sujets, Isabelle Kocher affirme que le groupe est prêt à « tous les scénarios », qu'il s'agisse d'une nouvelle baisse de la participation de l'Etat à son capital (ce qui impliquerait de modifier la loi) ou de la tournure que prendra la politique énergétique belge, notamment concernant le nucléaire, sur lequel Engie est très impliqué via sa filiale Electrabel.

Sur la participation d'Engie dans Suez, véritable serpent de mer, comme sur l'éventualité d'une scission des activités comme l'ont fait les allemands RWE et E.ON, en revanche, sa position est très claire : Engie est satisfaite de sa participation dans Suez, et souhaite avant tout voir sa filiale repartir vers la croissance. Quant à scinder les activités du groupe, « il n'en est absolument pas question. »

Pour cette année, le groupe vise un résultat net récurrent compris entre 2,45 et 2,65 milliards d'euros, contre un consensus autour de 2,38 milliards d'euros. Les marchés financiers saluaient ce 8 mars le retour de l'énergéticien dans le vert, avec une hausse de son cours de Bourse de 5,10% à 13,29 euros, dans un marché en hausse de 0,20% à 10h.

Affirmant que la gouvernance du groupe - qui lui impose à partir de mai prochain un nouveau président en la personne de Jean-Pierre Clamadieu - a fait l'objet d'une décision « de fond », elle balaie la question d'un revers de main. Mais on ne peut s'empêcher de penser que le calendrier n'a pas joué en faveur de la directrice générale. Si elle avait pu annoncer ce genre de résultats un peu plus tôt, en lieu et place de pertes de 4,6 milliards en 2015 et 400 millions en 2016, peut-être la balance aurait-elle penché davantage en faveur d'une gouvernance unique.

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a écrit le 09/03/2018 à 10:45 :
Comme toujours il faut juger aux résultats et non aux promesses et pourtant la stratégie de Madame Kocher semblait rationnelle.
Il est vrai que la dirigeante d'Engie dénote dans le paysage par sa volonté de réformes et de recherche de profits. Elle est trop « Wysiwyg » ? et semble lever ce halo de mystère autour des stratégies des grands groupes et d'interférences complexes entre public/privé, politiques et autres réseaux, qui font penser que tout cela est trop « subtil » pour être à la portée du « premier actionnaire ou citoyen venu ».
A défaut de Kocher, on va probablement à nouveau « tirer à hue et à dia » (je m’excuse pour le jeu de mot) et l’attelage risque d’être immobilisé ou même de finir dans le fossé.
Réponse de le 10/03/2018 à 14:14 :
A noter l’inauguration d'une centrale solaire en Inde par le président Macron dans le contexte du sommet de l'International Solar Alliance.
Centrale réalisée suite à un appel d'offre remporté par Solairedirect, filiale d'Engie.

EDF et EDF EN sont aussi présents en Inde, en direct ou à travers le consortium EREN. On retrouve aux commandes des développeurs historiques dans les ENR, Pâris Mouratoglou et David Corchia. Avec Bpifrance et le groupe Total présents au capital.

Tout cela pour dire qu'une saine et loyale concurrence pourrait être profitable à nos deux énergéticiens leaders. A condition de ne pas vouloir les cloner, sinon cela risque de devenir stérile et contreproductif.
a écrit le 08/03/2018 à 18:28 :
Strategie basée sur des augmentations successives du prix du gaz....😁😎

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