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ClimatEnergie & Environnement

Comment Isabelle Kocher va propulser Engie dans le nouveau monde de l'énergie

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 30 septembre 2016 à 04:00

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Pour anticiper, plutôt que subir, la révolution industrielle en cours, la nouvelle directrice générale de l'énergéticien fait le ménage dans le porte-feuille d'actifs du groupe et investit dans les technologies du futur.
"Le mot 'transition' n'est pas à la hauteur du changement auquel nous assistons: nous sommes devant une véritable révolution".

Cette conviction, partagée jeudi 29 septembre par Isabelle Kocher avec la presse lors d'un petit-déjeuner organisé par l'Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), est le point de départ non seulement du discours qu'elle tiendra dans la matinée, mais de toute la stratégie par laquelle la nouvelle directrice générale d'Engie compte refaçonner son groupe. Après l'impulsion historique donnée par la COP 21, et grâce à l'afflux de moyens financiers publics comme privés accélérant la maturation des nouvelles technologies propres, "ce n'est plus un rêve fou d'imaginer de décarboner un jour tout le monde énergétique", gaz compris, estime l'ingénieure du Corps des mines et ancienne normalienne.

Cessions d'actifs et nouveaux investissements

Elle en est toutefois consciente: ce bouleversement, qui semble aller plus vite que prévu, ne se fera pas sans de profonds changements industriels, qu'Isabelle Kocher compte donc anticiper: "Nous avons décidé d'accompagner au lieu de subir la révolution". La stratégie de refonte d'Engie implique alors trois axes avançant conjointement. Le groupe polit d'abord son porte-feuille d'activités, se défaisant de celles qui ne lui paraissent plus "au cœur de l'énergie de demain", comme le charbon mais aussi le pétrole. Engie a notamment engagé un plan de cessions d'actifs de 15 milliards d'euros en trois ans, dont environ plus d'un tiers a déjà été réalisé en six mois.

En parallèle, des investissements seront engagés dans les domaines considérés comme essentiels pour l'avenir de l'énergie, et dans lesquels le groupe estime avoir déjà fait preuve de son savoir-faire: les renouvelables, des infrastructures de moins en moins centralisées et des technologies de stockage compensant l'intermittence du solaire et de l'éolien. Le groupe s'est d'ailleurs déjà engagé sur la voie des énergies propres et en particulier du photovoltaïque, en acquérant en juillet 2015 Solairedirect. Quant au stockage, Engie vient d'acheter 20% du capital de Symbio FCell, qui conçoit et produit des systèmes intégrant des piles à combustible hydrogène, et mène à Dunkerque un projet pilote visant à explorer les applications possibles de l'électrolyse. En mai, la société a également acquis une participation de 80 % dans Green Charge Networks, entreprise californienne leader dans le domaine du stockage sur batteries.

Agilité et résilience

Troisième axe incontournable pour surfer sur la vague du changement, la digitalisation. "Pour un énergéticien, le savoir-faire fondamental est la capacité de gérer un équilibre complexe. Or, ce travail va de plus en plus être fait par des logiciels", explique Isabelle Kocher. En juin, Engie a ainsi lancé sa Digital Factory, équipe d'une centaine de spécialistes ayant pour mission d'intégrer les 4.500 logiciels métiers déjà développés en propre, voire d'en développer de nouveaux.

Mais, une fois les grandes tendances détectées et les lignes directrices tracées, l'objectif n'est certainement pas de planifier rigidement toutes les étapes, précise Isabelle Kocher. "S'il y une leçon à tirer de l'effondrement soudain et inattendu des prix du pétrole, c'est l'impossibilité de prévoir ces mouvements", notamment dans un contexte où l'essor des renouvelables implique d'inévitables chamboulements géo-politiques, souligne-t-elle. Personne ne peut d'ailleurs prédire les temps et les étapes de la révolution en cours... La directrice générale préfère alors miser sur l'adaptabilité permanente d'une structure agile et résiliente, vision qui a notamment demandé une réorganisation interne davantage décentralisée et horizontale.

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Pas de craintes vis-à-vis des syndicats et des investisseurs

Isabelle Kocher sait que ce remodelage rencontrera sans doute des obstacles, boursiers comme sociaux. Mais aucun ne lui paraît insurmontable, à condition "d'avoir une direction claire et de définir ensemble les règles du jeu". La réorganisation d'entreprise a par exemple pu obtenir les 88 avis d'instances représentatives nécessaires, grâce aux engagements pris par le groupe en matière de formation et de réaffectation des salariés frappés par des suppressions de postes, explique la DG.

Isabelle Kocher ne s'inquiète pas non plus excessivement d'éventuelles sanctions de la part des actionnaires, malgré la décision annoncée en février de réduire d'un tiers des dividendes distribués à partir de 2017, afin de financer les nouveaux investissements. "Je suis frappée de constater à quel point les investisseurs sont de plus en plus sensibles non seulement à la quantité, mais aussi à la qualité des résultats d'entreprise", observe-t-elle. En ce sens, elle estime avoir entrepris le bon chemin:

"En tenant compte de la longue durée de vie de nos usines, raisonner à court terme n'aurait pas de sens, et notre stratégie, misant sur de nouveaux moteurs de croissance et avec une visibilité à trois ans, est la mieux à même de créer de la valeur".

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Pour rassurer ceux qui s'inquiéteraient des conséquences les plus immédiates des cessions d'actifs, Engie a d'ailleurs décidé de découpler les dividendes des résultats de l'entreprise, à la faveur de rémunérations fixes, rappelle-t-elle. La baisse du titre constatée depuis le début de l'année reproduit d'ailleurs celle des utilities en général, dont les infrastructures d'ancienne génération sont de plus en plus sous pression, insiste Isabelle Kocher.

Giulietta Gamberini

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