La Chine arrêtera d'exporter des centrales à charbon... mais en construit toujours sur son sol

Alors que l'Empire du Milieu semble vouloir participer à la baisse des usages du charbon en ne vendant plus à l'étranger de centrales usant cette matière première, Pékin poursuit son exploitation massive sur ses terres. Quelque 386 sites de production d'énergie à partir de cette énergie fossile sont en cours de construction. Et pour cause : la Chine est confrontée à une hausse de la demande d'électricité et doit composer avec le risque de troubles sociaux qu'entraineraient les licenciements massifs de mineurs.

4 mn

La Chine a mis en service l'an dernier des nouvelles centrales à charbon pouvant produire 38,4 gigawatts (GW) d'électricité. C'est sur cette même période, trois fois plus de centrales que dans le reste du monde.
La Chine a mis en service l'an dernier des nouvelles centrales à charbon pouvant produire 38,4 gigawatts (GW) d'électricité. C'est sur cette même période, trois fois plus de centrales que dans le reste du monde. (Crédits : Thomas Peter)

La Chine et le charbon, un premier pas. Lors de son allocution aux Nations Unies, le président chinois Xi Jinping a annoncé mardi que l'Empire du Milieu cesserait de construire de nouvelles centrales à l'étranger. Cette déclaration, qui intervient à quelques semaines de l'ouverture de la COP26, n'était toutefois pas suivie d'un calendrier précis. "Les jours de l'énergie charbon sont comptés", a réagi le jour même sur Twitter le président de la COP26, Alok Sharma, se félicitant de l'annonce chinoise. "A la COP26, nous devons faire du charbon de l'histoire ancienne". Le responsable a également réaffirmé les engagements chinois : la neutralité carbone "avant 2060" et un pic d'émissions pour "avant 2030".

De nombreuses ONG ont également salué cette annonce. "Il s'agit d'un "tournant historique pour s'éloigner de l'énergie fossile la plus sale du monde", a réagi dans un communiqué Helen Mountford, du World Resources Institute. Cette organisation rappelle que sur "la dernière décennie", la Chine a investi "des milliards de dollars" dans des usines à charbon dans d'autres pays. En effet, dans le cadre de son gigantesque programme d'infrastructures "les nouvelles routes de la soie", la Chine a construit ces dernières années des unités de production d'électricité à partir du charbon en Indonésie, au Vietnam ou au Bangladesh.

368 centrales à charbon en cours de construction en Chine

"Si l'abandon progressif du financement du charbon à l'étranger est très important, cela ne dispense pas la Chine de prendre des mesures ambitieuses au sein de ses frontières", a toutefois rappelé Helen Mountford. L'annonce de mardi est en effet loin de signifier la fin totale des investissements de Pékin dans le charbon. La Chine a mis en service l'an dernier des nouvelles centrales à charbon pouvant produire 38,4 gigawatts (GW) d'électricité. C'est, sur cette même période, trois fois plus de centrales que dans le reste du monde. Et selon le dernier décompte réalisé par Carbon Tracker, quelque 368 centrales à charbon sont actuellement en cours de construction dans le pays pour une capacité totale de 187 gigawatts.

La Chine a besoin de cette source d'énergie pour assurer son indépendance énergétique. Près de 60% de l'électricité en Chine est produite à partir de cette matière. Il faut également noter que la hausse de la demande mondiale d'électricité est largement tirée par la Chine où celle-ci a progressé de 14% au premier semestre 2021. "Seulement 29% de cette augmentation a été couverte par les énergies éolienne et solaire, tandis que 68% l'a été par le recours au charbon", note une étude du cabinet Amber. Résultat, les émissions du secteur électrique chinois ont également progressé de 14%.

Quotas énergétiques soviétiques

La résistance du charbon en Chine est également liée à un héritage économique qui pèse sur la transition, malgré une volonté de réforme au niveau central. De fait, le pays a lancé en juillet son marché carbone qui fixe pour la première fois des plafonds de pollution pour les entreprises. Mais pour de nombreux observateurs, le prix pratiqué en Chine est trop bas (inférieur à 7 dollars) au regard de ceux dans l'Union européenne (environ 36 dollars) et en Californie (17 dollars).

Dans le même temps, les quotas énergétiques de style soviétique obligent les entreprises d'Etat à acheter davantage d'électricité produite à partir du charbon... même si les énergies renouvelables sont désormais moins chères. Les efforts visant à modifier ou abolir ce système sont au point mort depuis près de dix ans. La faute à l'opposition des principales régions productrices de charbon.

"Grâce au système de quotas, produire de l'électricité à partir du charbon est une activité sûre" et rentable, relève Yuan Jiahai, enseignant à l'Université d'électricité de Chine du Nord, à Pékin. Voilà pourquoi, "gouvernements locaux et industriels se précipitent pour construire de nouvelles centrales à charbon avant la date limite des pics d'émissions".

Risque de troubles sociaux

La transition vers des énergies renouvelables, en marche, risquerait également de supprimer des milliers d'emplois chinois, adossés à l'industrie du charbon. Sur les six millions de mineurs de charbon que compte la Chine, plus d'un tiers ont perdu leur emploi du fait de la fermeture de mines, selon une étude de l'Académie chinoise des sciences sociales. La crainte d'un chômage de masse, et le risque de troubles sociaux que cela pourrait entraîner, ont contraint Pékin à mettre en suspens ses objectifs de réduction des émissions polluantes.

Face à ce recul des ambitions chinoises pour le climat, l'émissaire américain pour le climat John Kerry avait demandé, début septembre lors d'une visite dans le pays, aux responsables chinois de cesser les constructions de centrales à charbon y compris dans leur pays "pour ne pas ruiner la capacité du monde à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050".

Lire aussi 4 mnL'électricité produite au charbon dans le monde progresse, progresse...

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 2
à écrit le 22/09/2021 à 23:07
Signaler
Apparememnt le masochisme français à l'initiative de la COP 21 porte ses fruits... puisque la Chine s'était engagée à respecter ses non engagements proposés par le french young leader! Et après certains se demandent pourquoi l'Australie préfère ...

à écrit le 22/09/2021 à 17:08
Signaler
"Risque de troubles sociaux" Dans un article du diplo datant de plusieurs années il est dit qu'il y a plus de 3000 manifestations contre la pollution chaque année dans ce pays donc les troubles sociaux du fait de la fermeture des centrales à charbon ...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.