Plastique : l'UE s'accorde sur l'interdiction de nombreux produits à usage unique

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Pour d'autres produits, l'objectif est de réduire leur consommation au niveau national, d'être plus exigeant sur leur conception et leur étiquetage ou encore de fixer des obligations aux producteurs en matière de gestion et de nettoyage des déchets.
Pour d'autres produits, l'objectif est de réduire leur consommation au niveau national, d'être plus exigeant sur leur conception et leur étiquetage ou encore de fixer des obligations aux producteurs en matière de gestion et de nettoyage des déchets. (Crédits : Reuters)
Le Parlement européen, la Commission et les Etats membres sont parvenus à un accord sur le texte d'une directive visant à lutter contre la pollution des océans. Elle interdit radicalement huit produits à usage unique.

Cotons-tiges, pailles, touillettes à café : ces produits en plastique à usage unique, qui envahissent les océans, seront à l'avenir interdits au sein de l'Union européenne, grâce à un accord politique intervenu dans la nuit du mardi 18 au mercredi 19 décembre 2018. Le texte, débattu en un temps record après une proposition initiale de la Commission européenne fin mai, va interdire une dizaine de catégories de produits qui représentent à eux seuls 70% des déchets échoués dans les océans et sur les plages.

Cet accord en "trilogue", selon le jargon européen, est intervenu au petit matin entre le Parlement européen, les Etats membres et la Commission après plusieurs heures d'ultimes négociations. Les ministres de l'environnement signeront officiellement le texte lors du Conseil Environnement, ce jeudi 20 décembre. Il devra encore recevoir l'assentiment officiel du Parlement, probablement en janvier. L'UE espère conclure le parcours législatif au printemps 2019, pour une transposition nationale et une entrée en vigueur du texte à l'horizon 2021.

"L'instrument juridique le plus ambitieux au monde en matière de déchets marins"

"Les Européens sont conscients que les déchets plastiques constituent un énorme problème, et l'UE dans son ensemble a fait preuve d'un véritable courage en s'y attaquant, faisant d'elle le leader mondial de la lutte contre les déchets plastiques marins", s'est félicité le premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, dans un communiqué.

La Commission européenne présente en effet sa directive comme "l'instrument juridique le plus ambitieux au monde en matière de déchets marins". Certains produits en plastique à usage unique, pour lesquels il existe des alternatives sans plastique (comme les cotons-tiges, les couverts, les assiettes, les pailles, les agitateurs de boissons ou encore les bâtonnets pour ballons) seront interdits. Le plastique oxo-fragmentable (qui se décompose en micro-particules mais ne se biodégrade pas dans l'environnement) fait aussi l'objet d'une interdiction. Pour d'autres produits sans solution de remplacement directe, l'objectif est de réduire leur consommation au niveau national, d'être plus exigeant sur leur conception et leur étiquetage ou encore de fixer des obligations aux producteurs en matière de gestion et de nettoyage des déchets.

"Mesuré en poids, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans du monde d'ici 2050 si nous continuons à rejeter du plastique dans la mer au rythme actuel. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire", a averti Elisabeth Köstinger, ministre autrichienne du Développement durable, dont le pays préside actuellement l'UE.

Outre la protection des océans, la Commission fait valoir que la directive présente d'autres "avantages environnementaux et économiques". Elle permettra par exemple d'"éviter l'émission de 3,4 millions de tonnes d'équivalent CO2" mais aussi d'"éviter les dommages environnementaux qui coûteraient l'équivalent de 22 milliards d'euros d'ici 2030" et de faire "économiser 6,5 milliards d'euros" aux consommateurs.

Des "pressions pour diminuer l'ambition du texte"

"Le texte représente une avancée inédite dans la lutte contre la pollution plastique en prévoyant l'interdiction pure et simple de huit produits plastiques à usage unique (les couverts, les assiettes, les pailles, les contenants alimentaires et gobelets en polystyrène expansé, les touillettes, les coton-tiges et les tiges pour ballons)", se réjouit l'association Zero Waste France qui cependant, avec la coalition d'ONG Rethink Plastic, regrette "que les objectifs de baisse de la consommation de gobelets et contenants alimentaires en plastique aient finalement été retirés du texte". Alors que "la version précédente du texte adoptée par le Parlement prévoyait d'imposer un objectif de baisse de 25% de ces produits d'ici 2025 ou bien, a minima, d'imposer au Etats-membres de fixer au niveau national un objectif significatif de baisse de la consommation de ces produits", la version finale du texte prévoit seulement "la possibilité pour les Etats-membres de les interdire s'ils le souhaitent", explique l'association.

D'autres ambitions du texte initial ont d'ailleurs été revues à la baisse lors de l'adoption de la version finale, déplore Zero Waste France. Le principe de Responsabilité élargie du producteur (Rep), à savoir l'obligation pour les entreprises de contribuer au coût de la gestion des déchets, prévu pour les emballages, les mégots de cigarettes et les filets de pêche, n'a finalement pas été étendu aux lingettes. L'objectif de 90% de bouteilles plastiques triées séparément en 2025 a été reporté à 2029: en 2025, on se contentera de 77%. La mention obligatoire de la présence de substances potentiellement toxiques comme les phtalates ou les perturbateurs endocriniens sur certains produits (protections hygiéniques, lingettes, ballons) a été supprimée: l'obligation d'information ne concerne finalement que les consignes de tri, l'impact nocif de ces produits en cas d'abandon dans la nature et la présence de plastique.

"Cette première avancée ne doit pas nous faire oublier que le chemin est encore long. Les pressions pour diminuer l'ambition du texte ont été très fortes jusqu'à la dernière minute (...)", souligne ainsi la responsable du plaidoyer à Zero Waste France, Laura Châtel, citée dans un communiqué.

"La balle est désormais dans le camps des gouvernements nationaux qui devront la ( la directive, NDLR) mettre en oeuvre rapidement et de manière ambitieuse pour répondre aux attentes des citoyens en matière de lutte contre la pollution plastique", ajoute Delphine Lévi Alvarès, coordinatrice européenne du mouvement Break Free From Plastic, citée dans le même communiqué.

"Imprécision"

L'association de producteurs d'emballages plastique Elipso regrette pour sa part un texte "adopté dans la précipitation".

"(...) la discussion entre les institutions n'a duré que 7 mois, ce qui est extrêmement court pour des dispositions aussi techniques, qui auraient nécessité des études d'impact plus approfondies. La directive devra être analysée avec vigilance compte tenu de son imprécision et de son interaction avec d'autres réglementations existantes (par exemple avec la directive relative aux emballages et déchets d'emballage)", précise sa présidente, Françoise Andres, citée dans un communiqué.

Elle met en garde:

"En France une attention particulière devra être apportée à la transposition de ce texte, qui devrait figurer en 2019 dans le projet de loi Economie circulaire".

Dans l'Hexagone, la loi "pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous" ("loi Egalim"), définitivement approuvée le 2 octobre 2018, prévoit toutefois déjà à partir du 1er janvier 2020 l'interdiction des "couverts, piques à steak, couvercles à verre jetables, plateaux-repas, pots à glace, saladiers, boîtes et bâtonnets mélangeurs pour boissons". Ces produits sont ainsi venus s'ajouter à aux coton-tiges, "gobelets, verres et assiettes jetables de cuisine pour la table en matière plastique", bannis à partir de la même date, ainsi qu'aux sacs de caisse, aux sacs des rayons des fruits et légumes et aux micro-billes cosmétiques, qui eux ne sont plus distribués depuis, respectivement, 2016, 2017, 2018.

Lire aussi: Plastique : l'industrie de l'emballage essuie trois nouveaux revers

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 28/01/2019 à 15:09 :
Encore des mesures sans réflexions!!!
Reprenons: interdiction des sacs plastiques gratuit en sortie de supermarché le résultat : jamais il n'a été plus vendu de plastique que depuis cette loi
en effet il est interdit de donner des sacs en 20 microns d'épaisseur par contre on peu soit le faire payer soit marquer qu'il peut être réutilisé en 50 micron d'épaisseur donc les sachet de macaron , par exemple, sont passés de 20 a 50 microns avec une inscription utilisant de l'encre pour dire qu'on peut le réutiliser... (2.5 fois plus de plastique + de l'encre)
idem pour le secteur du pressing : Le remplaçant du plastique issu du pétrole, qui est composé d'amidon se décompose sur les vêtements et laisse des traces indélébiles (je vois mal un client accepter que des vêtements soient détruit après quelque mois dans un placard à cause du nettoyage!) donc on est passé en 50 microns!

les fameux sacs en papiers coute beaucoup plus chère à planète qu'en plastique pétrolier ; de l'arbre couper à l'énergie nécessaire pour le fabriquer (la colle quand il y a une poignée ..) etc.. montre que ce n'est pas la solution

Dans le futur très proche, interdiction des contenants alimentaires: on remplace par quoi?
En amidon... en rasant toutes les forets de la planète on aura pas assez de surface pour le produire ; en pulpe de céréale... on est obligé de le plastifier sinon le liquide passe a travers. Quant au risque sanitaire il est extrême car seul le plastique garantit, actuellement, sur le long terme la non contamination des aliments par les bactéries
Je crois qu'encore une fois, pour faire plaisir a une catégorie de personne (un électorat) les lois sont votées sans avoir fait le recule nécessaire pour proposer des alternatives viables sur le long terme et sans laisser le temps aux industriels de s'adapter, de créer, de concevoir car il est certain qu'on trouvera des solutions ... mais pour l'instant il n'y en a pas de viable!
a écrit le 20/12/2018 à 11:30 :
Chez Lecler* des salades au thon en boite ont "évolué" en mode "snacking", et prenant une majoration notable du prix en même temps (chacune avait son prix selon la composition (mexicaine, parisienne, niçoise, catalane, ...), maintenant c'est uniformisé). Miracle, elles sont munies d'un couvercle en plastique, souple, et dessous une petite fourchette en plastique. Ces "extra" n'ayant servi qu'une fois iront à la poubelle. Dans une boite en carton avec la photo dessus, ça ne serait pas possible ? Pour protéger la fourchette mise sous sachet cellophane (une alternative au couvercle)...
Leur ai signalé mon désaccord sur le site marquerepère et ipso facto arrêté d'en acheter. Du gâchis organisé, ai une fourchette métal dans mon coffre et une dans mon sac à dos.
Vu qu'on trouve difficilement des conteneurs en ville, les emballages même 'vertueux' (les fibres papier et cartons ne sont pas éternelles, s'abiment) vont à la poubelle, le métal aussi. Il vaut mieux se préparer un sandwich avant.
a écrit le 19/12/2018 à 21:37 :
Peut être faire comme dans certains pays... 4 ans en Lettonie où je ramènais les emballages plastiques, en verre, en aluminium et en carton dans une machine à l'entrée du Rimi ( chaîne de supermarchés ) et en fonction du poids , il y avait des bons d'achat. 2 jours de travail étaient consacrés au nettoyage du pays... Bref, deux idées qu'il faudrait peut-être creuser ... Quoique, on est en France...
a écrit le 19/12/2018 à 19:49 :
Une horloge même cassée donne deux fois par jour la bonne heure.
a écrit le 19/12/2018 à 18:31 :
Oui , vu de cette angle là , il faudrait aussi restreindre les «  vols d’avions » interdire le vol d’avion à vide....

Il y a une solution, le verre existe depuis l’antiquité , c’est mieux pour la «  santé » sauf si l’objectif est de «  tout détruire « ...( humains & environnement)

Le soda et cola sont aussi nocifs pour la santé , en supprimant ces produits , nous pouvons amortir , la vente des packs d’eau en verre ou bien créer «  un réseau de livreur de packs d’eau en verres qui est 100% écologique et 100% bon pour la santé.

Tout dépend des «  objectifs « 
Mais vu que l’homme est plus doué pour détruire...🙃
a écrit le 19/12/2018 à 16:59 :
Je pense que la première chose à interdire serait les bouteilles d'eau
Réponse de le 19/12/2018 à 19:46 :
@plastic : j'aimerais que les écolo cesse d'INTERDIRE !!!
pourquoi ne pas dissuader, encourager plutôt ?
Ainsi, on pourrait mettre une taxe déchet sur la vente des bouteilles plastiques, et parallèlement, mettre en place un rachat des bouteilles en verre vides qui serait subventionné par la taxe plastique: le bon sens fera le reste !
Réponse de le 19/12/2018 à 20:05 :
Au Lyonnais,

Au fond le terme «  interdire » prend effet sur l’ego et la réaction produite est le «  contraire « 

C’est vrai «  interdire «  ce n’est pas bien.
Mais il y a un proverbe des anciens qui dit « quand le chemin est faux , vaut mieux prendre le chemin de retour »

Voilà du pourquoi du «  terme interdire «  c’est pour «  gagner du temps » mais rien de «  péjoratif «  dans le fond mais la forme est peut-être mal perçue dans nos «  esprits Collectifs » nous devrions nous encourager à travailler sur «  notre ego respectif « .
Réponse de le 20/12/2018 à 11:16 :
Mais garder les bouteilles de vin ou de colas ? :-) L'eau du robinet c'est pas mal.
En Suède elles sont consignées 10Kr soit 1 euro environ. On en voit donc rarement trainer, même dans les conteneurs "plastique". Ce qu'ils en font ensuite, sais pas (quand on les rapporte dans la machine, elle les fait tourner pour trouver le code barre et on peut avoir un ticket ou faire un don à une œuvre caritative, ici Lecler* nous les reprend 1 centime (sur le parking)).
J'ai acheté du lait en bouteille verre l'autre jour, il est cher mais bon, recyclable.
L'ennui des résines plastique (hors PS qu'on peut dépolymériser en le chauffant (donne le styrène initial), mais est surtaxé car pas de filière en place) c'est que ça s'abime à l'usage, ça vieillit, même les tricots fait en bouteilles récupérées ils finissent un jour à l'incinérateur.
a écrit le 19/12/2018 à 14:20 :
Je me «  tue » à l’écrire depuis 4 ans
Il «  faudrait » interdire la «  production du plastique.

Remplacer toutes les bouteilles d’eau ( y compris tous les sodas boissons...) par un conditionnement en verres.

Autoriser des «  dérogations «  à condition que soit mis une taxe de recyclage sur le tarif et qu’un circuit de recyclage de plastique soit opérationnelle sur le pays où est faut le chiffre d’affaires.

STOP 🛑 au plastique.
Réponse de le 19/12/2018 à 15:03 :
Ca c'est bien beau mais quand une bouteille de verre pèse 400 g, une bouteille en plastique n'en pèse que 35 g.

Donc votre pack de 6 bouteilles d'un litre de Coca Cola pèse 6,210 kg.

Avec 6 bouteilles, votre pack pèse 8,4 kg soit 2,2 kg de plus représentant une augmentation de 35 % du poids à transporter par camion.

Ce que vous économisez sur le plastique, vous le brulez très largement en gasoil. Et je ne vous parle pas de l'énergie pour fabriquer du verre, même recyclé.

Comme quoi, il faut se méfier des solutions à priori simples.....
Réponse de le 19/12/2018 à 19:47 :
merci de voir ma réponse @plastic ci-dessus !
Réponse de le 20/12/2018 à 11:22 :
Le bilan écolo du verre n'est pas si bon à cause de son poids comme quoi rien n'est "idéal". Pour le compacter il faut un marteau (et des gants & lunettes). Chez nous en plus, on met le verre coloré avec l'incolore en conteneurs pour recyclage, un choix.
Le plastique est modelable, formable, très pratique, trop ?
Je me demandais aussi comment distinguer le cellophane qui sert à emballer parfois certains produits et le plastique pétrolier, la consistance peut-être, le bruit en le chiffonnant, sa souplesse.

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