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ClimatEnergie & Environnement

Plastique: le fonds souverain norvégien fixe des exigences plus strictes

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 06 septembre 2018 à 04:43 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:35

Pollution plastique

Pollution plastique

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le plus grand fonds souverain du monde a annoncé mercredi exiger désormais des sociétés dans lesquelles il investit des stratégies intégrant l'enjeu de la pollution marine. Les plasturgistes et les metteurs sur le marché d'emballages se retrouvent ainsi confrontés à une nouvelle contrainte, qui s'ajoute à celles de réputation et réglementaire.

Le problème environnemental est désormais mesuré et largement relayé par les médias. Au moins 8 millions de tonnes de déchets en plastique sont déversées chaque année dans les mers de la planète, à savoir 250 kilos par seconde, calculent les scientifiques. Des centaines de milliers d'oiseaux, de mammifères marins et de poisson en meurent ou, à travers la chaîne alimentaire, contaminent les humains, avec des effets sur la santé encore inconnus. À ce rythme, en 2050, il y aura dans les océans plus de plastique que de poisson, et 99% des oiseaux marins en auront ingéré, mettent en garde les ONG.

Le plus grand fonds souverain du monde, celui norvégien, a décidé de se saisir de l'enjeu. Mercredi 5 septembre, il a publié un document dans lequel il annonce ses attentes dans ce domaine, en enjoignant aux quelque 900 sociétés dans lesquelles il a investi de l'intégrer dans leur stratégie, qu'elles soient directement actives en mer ou basées à terre. Les producteurs de plastique sont notamment appelés à envisager une transition vers une économie circulaire davantage frugale en matières premières.

"Nous attendons des entreprises qu'elles gèrent les défis et opportunités liés à une utilisation durable des océans", déclare le fonds dans un communiqué, en soulignant que l'océan est aussi "un élément important pour l'économie mondiale".

Des craintes liées à l'image

Si cette annonce peut paraître surprenante de la part d'un fonds dont les revenus viennent essentiellement du gaz et du pétrole, fossiles dont est fait le plastique, elle s'inscrit toutefois dans la continuité de ses politiques d'investissement responsable. Non seulement le fonds -qui pèse aujourd'hui 890 milliards d'euros- a déjà fixé des exigences en matière de gestion de l'eau, de lutte anti-corruption, de transparence fiscale, de droits humains. En juin, il a même fait partie des six fonds souverains qui, sous l'égide d'Emmanuel Macron, ont adopté une charte où ils s'engagent à prendre en compte le risque du changement climatique.

Quelle que soit sa cohérence, la nouvelle contrainte vient néanmoins sans doute s'ajouter à celles qui déjà pèsent sur les entreprises en matière de pollution plastique, dont la première est la pression de l'opinion publique, quotidiennement confrontée aux images de plages transformées en décharges et d'animaux étouffés par des emballages. Préoccupés qu'une mauvaise réputation leur fasse perdre une partie de leurs clients, de grands metteurs sur le marché d'emballages se sont déjà mobilisés: Nestlé, PepsiCo, Coca-Cola, McDo et Evian ont déjà annoncé vouloir améliorer le recyclabilité de leurs emballages ou promouvoir l'utilisation de matière première recyclée ou durable. Et ce ne sont que quelques exemples.

Interdictions, restrictions et incitations

La deuxième contrainte est la menace réglementaire, puisque les législateurs européens commencent aussi à se saisir du sujet de la pollution plastique. En France, les lois de transition énergétique de 2015 et sur la biodiversité de 2016 ont interdit -à des dates différentes- quelques-un des objets en plastique les plus polluants: sacs de caisse et des rayons de fruits et légumes, microbilles en plastique, vaisselle jetable, cotons-tiges. Le Royaume-Uni a annoncé en avril vouloir interdire les pailles, touillettes et cotons-tiges dès la fin de l'année 2018, généraliser à tous les commerces du pays les sacs payants et instaurer un système de consigne sur les bouteilles en plastique. L'Union européenne, qui a déjà adopté une directive sur les sacs en plastique en 2015, en prépare une autre qu'elle espère adopter dans les prochains mois, et qui devrait étendre les restrictions et interdictions.

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Les gouvernements réfléchissent aussi à des instruments d'incitation, y compris financière. À l'issue de la feuille de route de l'économie circulaire, Paris a ainsi demandé aux entreprises de s'engager à intégrer davantage de matière de plastique recyclée dans leurs produits, et a annoncé la mise en place dès 2019 d'un bonus-malus visant à désavantager la matière première vierge.

La croissance et les marges de l'industrie menacées

Un rapport publié en avril par Moody's s'inquiète d'ailleurs explicitement de ce double poids, réglementaire et d'image:

"Les entreprises du secteur de l'emballage en plastique dans la région Europe, Moyen-Orient et Afrique pourraient se retrouver sous une pression accrue afin qu'elles améliorent la recyclabilité de leurs produits", observe le service investisseurs de Moody's."Les gouvernements pourraient imposer des impôts et des taxes, notamment s'ils perçoivent un manque d'action et de coordination dans l'industrie. Les entreprises pourraient aussi être poussées à utiliser davantage de matériaux recyclés dans la fabrication, à améliorer leurs transparences autour des caractéristiques des produits et à impliquer davantage leurs clients, fournisseurs et recycleurs", analyse-t-il."Une initiative large et rapide visant à remplacer le plastique est  improbable (...) mais une perception de plus en plus négative du plastique de l'emballage en plastique pourrait atténuer la croissance et les marges", note également Tobias Wagner, vice-président et analyste sénior chezMoody's.

Les plus gros risques concerneraient les plastiques à usage unique, et le plus grand défi sera celui de faire évoluer l'emballage alimentaire, qui pourtant représente une grande partie des revenus des producteurs de plastique, selon Moody's.

Des produits "largement recyclables", mais...

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Bien que "la majorité des entreprises notées de la région Europe-Moyen Orient-Afrique qui produisent des emballages en plastique définissent leurs produits comme déjà 'largement recyclables'", leur exposition au risque persiste, estime d'ailleurs l'agence de notation. Les taux de recyclage actuels restent en effet bien inférieurs à ceux que les divers législateurs poursuivent. "En outre, certains produits théoriquement recyclables sont en pratique trop chers à recycler". Et si les entreprises ne parviennent pas à convaincre les consommateurs à partager une partie des coûts supplémentaires dus aux nouveaux processus, "cela pourrait impliquer une pression sur les coûts significative", conclut l'agence. Les sales temps pourraient donc bientôt ne plus l'être que pour la planète.

Giulietta Gamberini

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