Pollution : le plan de la mairie de Paris visé par une action de groupe

L'association 40 millions d'automobilistes compte fédérer tous les propriétaires de véhicules interdits au centre-ville de Paris à partir du 1er juillet, afin de demander une indemnisation de la perte subie. La somme réclamée collectivement pourrait dépasser le milliard d'euros.
La maire socialiste de Paris a plusieurs fois souligné sa volonté d'aboutir à la fin du diesel à Paris et au-delà du périphérique en 2020.
La maire socialiste de Paris a plusieurs fois souligné sa volonté d'aboutir à "la fin du diesel" à Paris et "au-delà du périphérique" en 2020. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)

A partir du 1er juillet, les voitures essence ou diesel mises en service avant le 1er janvier 1997, considérées comme trop polluantes, ne seront plus autorisées à circuler intramuros entre 08h00 et 20h00 hors week-ends. Cette interdiction, contenue dans le plan antipollution annoncé en décembre 2014 par Anne Hidalgo, et dont les mesures ont été entérinées en février dernier par le Conseil de Paris, cause une perte de valeur qui doit être indemnisée, selon l'association 40 millions d'automobilistes (40MA) qui a annoncé mercredi le lancement d'une action collective contre la Mairie de Paris.

"La mesure est votée, actée. Un arrêté sera pris automatiquement le 1er juillet. Dès qu'il le sera, nous serons prêts" à saisir le tribunal administratif, a expliqué à l'AFP maître Jean-Baptiste Iosca, qui porte la procédure, confirmant une information parue dans Le Parisien"L'idée est de rassembler un maximum de personnes qui vont souhaiter se faire indemniser d'un préjudice évident", tonne Pierre Chasseray, le délégué général de 40MA. Les propriétaires de ces voitures, qui "ne pourront plus rouler avec", "ne pourront plus non plus les vendre", car "personne ne voudra les racheter", explique-t-il.

La majorité des particules fines dues au trafic routier

La maire socialiste de Paris a plusieurs fois souligné sa volonté d'aboutir à "la fin du diesel" à Paris et "au-delà du périphérique" en 2020. Dans un entretien au Parisien publié mercredi, Christophe Najdovski, adjoint chargé des Transports, met en avant des impératifs de santé publique et "le droit des Parisiens à respirer un air sain".

"66% des oxydes d'azote (Nox) et 58% des particules fines sont dus au trafic routier dans Paris, où 90% de la population est exposée à des niveaux de Nox supérieurs aux normes européennes", justifie-t-il.

Les véhicules (essence et diesel) immatriculés avant 1997 seraient 513.000 selon la mairie de Paris, qui prévoit également d'interdire ceux immatriculés avant 2011 (quelque deux millions) à l'horizon 2020.

Une décote de 1.250 euros en moyenne

D'après 40MA, qui estime pour sa part à plus de 800.000 les autos concernées, le préjudice total serait de plus d'un milliard d'euros, puisque chaque voiture subirait une décote d'environ 1.250 euros en moyenne. "Est-ce que Mme Hidalgo est prête à prendre un risque à un milliard d'euros pour une idéologie ?", se demande Pierre Chasseray, critiquant la "ségrégation par l'argent" que porte selon lui une telle mesure, au détriment des plus pauvres.

"Si l'on pourrait, à la rigueur, comprendre la volonté d'une municipalité d'épurer le parc automobile par des mesures incitatives et des aides financières à l'achat d'un véhicule plus vertueux, impossible de cautionner l'ampleur que prendront les interdictions à l'horizon 2020", juge 40 millions d'automobilistes dans un communiqué.

Les "filtres de dépollution", une meilleure solution?

"Ces véhicules représentent à ce jour 84,9% des 6 millions de voitures particulières qui composent le parc automobile francilien", précise l'association. Soit, selon ses comptes, plus de cinq millions de véhicules.

Or, on peut lutter contre la pollution autrement, estime Pierre Chasseray, notamment via des "filtres de dépollution" qui éliminent selon lui "deux tiers des particules". L'association appelle tous les automobilistes d'Ile-de-France concernés à s'inscrire sur le site www.remboursemabagnole.com "pour intervenir dans le cadre d'une action collective (...) afin d'obtenir l'indemnisation du préjudice financier subi".

Anne Hidalgo part en croisade contre l'UE

"La plainte n'a pas été déposée. Nous n'avons pas été notifiés. Nous ne savons pas sur quelle base juridique ils veulent attaquer", a réagi un porte-parole de la Mairie de Paris, se refusant à tout autre commentaire. "On ne peut pas, comme le fait l'association 40 millions d'automobilistes, défendre le droit à polluer alors que le tout automobile est un modèle du XXe siècle passéiste", observe pour sa part Christophe Najdovski (EELV), qui s'interroge :

"A-t-on vraiment besoin, lorsqu'on se déplace à Paris en semaine et en journée, d'utiliser un véhicule individuel alors qu'il existe des modes de déplacement alternatifs non polluants?."

La mairie ne compte visiblement pas se rendre. Mercredi 11 mai Anne Hidalgo a justement annoncé lancer deux recours devant la Cour de Justice européenne contre la décision, confirmée le 26 avril, de la Commission européenne d'augmenter les seuils autorisés d'émissions diesel. Elle invite 19 autres maires de grandes villes d'Europe à s'associer.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires 7
à écrit le 24/05/2016 à 18:59
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Pour baisser la pollution dans Paris on peut : - réduire le nombre de feux de circulation inutiles (j'en connais pas mal), - réduire la circulation des véhicules qui cherchent vainement une place pour se garer (donc augmenter le nombre de places), ...

à écrit le 11/05/2016 à 22:54
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Mais c est une bonne mesure !! - moins de pollution (10% des véhicules produisent 50% de la pollution à paris( - cela va relancer les ventes de véhicules neufs (si possible électrique) Cela aurait pu être moins extrême si l état avait géré le proces...

le 12/05/2016 à 9:16
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Ayatollah vert/ rouge!

le 12/05/2016 à 10:59
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Moi aussi, j'ai droit à une subvention ! Ma voiture âgée de 24 ans roule 1500 km par an et sa cylindrée est inférieure à mille cm3, donc elle pollue très peu. En plus, son taux d'émission de CO est rigoureusement le même depuis vingt ans ; on pourrai...

à écrit le 11/05/2016 à 20:21
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Je voudrais bien connaître le niveau de pollution (mesurée dans les mêmes conditions qu'en surface) dans les stations de métro et RER, ainsi que dans les rames, entre autres aux heures de pointe (CO, CO2, NOx, particules fines, sans parler des odeurs...

à écrit le 11/05/2016 à 17:53
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Anne Hidalgo roule populiste (il s'agit ici du peuple d'en haut) en chassant les vieilles automobiles de Paris. Elles font crado. Car les gaz brûles d'un vieux moteur essence n'ont aucun impact sur la santé public. On ne peut en dire autant des vieu...

à écrit le 11/05/2016 à 17:18
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Quand l'idéologie prend le pas sur la réalité, voilà où cela mène .et ce sont les plus modestes qui en subiront les conséquences. Pourquoi ne pas aussi interdire toutes les voitures, hormis bien entendu celles des élus ? Il semblerait normal que notr...

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