Suez place son activité eau sous la protection d'une fondation pour se défendre de Veolia

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(Crédits : CHARLES PLATIAU)
C'est un non cinglant : Veolia a refusé mercredi de repousser la date limite de l'offre faite à Engie de lui racheter ses parts dans Suez, qui réclame du temps pour monter une contre-proposition.

"Ultimatum", "dépeçage"... le ton est monté d'un cran entre les directions de Suez et Veolia, qui ont été auditionnées successivement à l'Assemblée nationale, tandis qu'en soirée Suez a cherché à contrecarrer les plans de Veolia en annonçant un dispositif juridique rendant incessible sa branche Eau française pendant quatre ans. Il reviendra désormais à Engie, dont l'actionnaire principal est l'Etat, de trancher: vendre ou pas ses 29,9% de parts dans Suez à Veolia, qui a déposé une offre de 2,9 milliards d'euros valable jusqu'au 30 septembre.

L'heure tourne et le ton monte

Devant les députés réunis en commission élargie des Finances, de l'Economie et des collectivités locales, les dirigeants de Suez, qui refusent leur fusion avec Veolia, ont déploré le manque de temps pour agir.

"Je ne vois pas pourquoi Engie, dont l'Etat est actionnaire à 23,6%, accepterait un ultimatum de quatre semaines sur un sujet aussi fondamental. Nous avons besoin d'un peu de temps pour préparer des offres alternatives" à celle de Veolia, "qui ne nous paraît pas acceptable", a déclaré son président Philippe Varin.

A l'audition suivante, la réponse n'a pas traîné: "Non, je ne repousserai pas la date de validité de mon offre à Engie", a déclaré le PDG de Veolia, Antoine Frérot.

"Chaque jour qui passe, Suez vend une nouvelle activité, hier c'était une activité en Suède, la veille c'était en Allemagne... Sur les 90.000 salariés de Suez, 13.000 ont été vendus depuis un mois et demi. Combien en restera-t-il à Noël ?", a-t-il dit, déplorant un "dépeçage" et assurant qu'"il y a urgence à arrêter cette politique de la terre brûlée".

"Un projet dans l'intérêt de la nation"

Le numéro un mondial des services à l'environnement, en lançant une OPA sur son vieil ennemi Suez, veut créer un "super champion français" du secteur, dans un marché mondial de plus en plus soutenu et concurrentiel.

"Un projet dans l'intérêt de la nation", a affirmé son PDG, qui pointe que, par exemple, aujourd'hui "le numéro deux des déchets en Allemagne et en Espagne est chinois".

Mais Suez crie au "démantèlement". Le groupe invoque son propre potentiel, son plan stratégique, ses cessions pour lui permettre d'acquérir des activités de pointe. Selon son directeur général Bertrand Camus, cette OPA serait "une alchimie à l'envers, pour transformer l'or en plomb".

Suez a par ailleurs saisi l'Autorité des marchés financiers (AMF) et l'Autorité européenne de la concurrence pour contester la structure en deux étapes de l'offre de Veolia, selon Philipppe Varin.

Après de premières déclarations de Jean Castex plutôt positives à l'égard de Veolia, Suez a aussi appelé l'Etat à la neutralité.

"Que l'Etat encourage aussi les investisseurs qui sont plus ou moins sous sa responsabilité à pouvoir concourir s'ils en ont envie, car ceux-ci se sont jusqu'à présent contentés d'une position extrêmement prudente, ne sachant pas bien comment le vent tournerait", a dit M. Varin, qui espère, dans son plan B, un mix d'investisseurs français, notamment publics ou très liés à l'Etat, et étrangers "dont certains sont déjà nos partenaires".

Face à eux, les élus ont exprimé énormément de craintes quant aux conséquences du projet, sur le prix de l'eau, le maintien de la concurrence, l'investissement, l'emploi...

Veolia envisage que l'activité eau France de Suez soit reprise par le fonds Meridiam, afin de répondre aux exigences de concurrence.

Meridiam est "un outil d'investissement de très long terme", qui "préservera tous les emplois", la recherche, et une dette modérée: "nous ne sommes pas un fonds de spéculation en quête de rentabilité rapide, nous revendiquons notre engagement dans le bien public", a assuré Thierry Déau, patron du fonds.

 Mercredi soir, Suez a contre-attaqué en annonçant avoir assuré "juridiquement la pérennisation de Suez Eau France au sein du groupe Suez" en rendant "inaliénable" pendant quatre ans toute cession de l'activité eau en France sans accord des actionnaires et d'une fondation de droit néerlandais créée pour l'occasion.

L'Assemblée nationale va de son côté créer un groupe de travail de six députés pour auditionner rapidement toutes les parties, syndicats ou encore PDG d'Engie. Pendant ce temps, l'heure tourne. Engie réunit en effet son prochain conseil d'administration vendredi soir, tandis que Veolia s'est dit prêt à discuter du montant offert.

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Commentaires
a écrit le 24/09/2020 à 9:31 :
« Selon son directeur général Bertrand Camus, cette OPA serait "une alchimie à l'envers, pour transformer l'or en plomb". »

Hahaha, M. Camus a le sens de la formule :-D.
a écrit le 24/09/2020 à 9:03 :
ils ont monte une Stichtling, non?
a écrit le 24/09/2020 à 8:28 :
Une chienne n'y retrouverait pas ses petits, ce serait bien d'entendre des experts vraiment indépendants sur ce sujet.

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