LA TRIBUNE - Par cette fusion éventuelle des deux colosses français, Veolia promet la création d'un « super-champion » des services à l'environnement. Des doutes ont néanmoins été émis sur le véritable avantage qu'elle représenterait sur le marché international, qui constitue une priorité pour les deux entreprises. On évoque notamment les atouts, en termes de concurrence, de structures plus petites et agiles. Que répondez-vous à ces craintes ?
ESTELLE BRACHLIANOFF - Notre objectif avec cette acquisition est d'accélérer la stratégie que nous avons présentée pour le groupe Veolia en février : devenir le champion de la transition écologique. La moitié des solutions nécessaires à la transition écologique doivent encore être trouvées. Le rapprochement avec Suez dans une entité de plus grande taille doit justement nous permettre de réunir nos moyens, au lieu de les doublonner, afin d'aller plus vite dans cette direction. Je vous donne quelques exemples.
Le sujet du recyclage des batteries des véhicules électriques, peu abordé il y a encore quelques années, est en train de devenir de plus en plus important, avec la progression du parc de ces véhicules. Suez, comme Veolia, investissent dans ce domaine. C'est quand même dommage de ne pas le faire ensemble. De même, face à l'émergence de nouveaux polluants de l'eau, les perfluorés, il existe deux solutions : l'ozonisation et le charbon actif. Il se trouve que Veolia a les meilleurs solutions de charbon actif et Suez d'ozonisation. Encore, Veolia a travaillé sur la qualité de l'air intérieur aux bâtiments, Suez sur celle extérieur. Même dans le recyclage du plastique, Veolia et Suez ont historiquement investi sur le recyclage de polymères différents : nous rapprocher nous permettrait d'avoir encore plus de résines que l'on saurait traiter.
Je pourrais multiplier ces exemples. Bien sûr, on saurait aussi faire chacun séparément, mais en regroupant les moyens, on peut faire plus. Et il n'y a jamais eu un meilleur moment pour ça : les populations ont été sensibilisées aux enjeux environnementaux et les pouvoirs publics sont prêts à y investir, comme l'ont montré tous les plans de relance. Mais il faut que cette ambition se traduise en projets concrets qui changent la vie quotidienne. C'est précisément le rôle d'un acteur industriel.