La France se prépare à bloquer l’afflux massif de colis chinois dès 2026

4,6 milliards de colis entrant chaque année en Europe, dont 91 % en provenance de Chine.
Dado Ruvic

4,6 milliards de colis entrant chaque année en Europe, dont 91 % en provenance de Chine.
Dado Ruvic
Pour freiner le raz-de-marée de petits colis venus de Chine, la France prévoit d'instaurer, dès 2026, des « frais de gestion » sur chaque petit colis entrant en Europe. À l'approche de l'entrée en vigueur, ce vendredi 2 mai, d'une taxe américaine de 90 % sur ces colis — couplée au maintien des 145 % de droits de douane sur la Chine — le risque d'un report massif des flux vers l'Europe s'accélère.
Les chiffres font peur. Quelque 4,6 milliards d'envois d'une valeur inférieure à 150 euros sont entrés sur le marché européen en 2024, soit plus de 145 chaque seconde. Sur ce total, 91 % provenaient de Chine et pourraient déferler sur l'Europe.
Pour contrer ce risque de déferlement de colis, un quatuor de ministres a pris les devants ce matin à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle : Éric Lombard (Économie et Finances), Amélie de Montchalin (Comptes publics), Véronique Louwagie (Commerce) et Clara Chappaz (Numérique). L'objectif de ce rassemblement ministériel à Roissy : reprendre le contrôle de l'e-commerce pour éviter un transfert massif des flux vers l'Europe et accélérer le calendrier de taxation des petits colis.
C'est un signal clair pour accélérer le calendrier européen de taxation des petits colis. Sur le tarmac de Roissy, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a annoncé que la France défendrait l'instauration, dès 2026, de « frais de gestion sur chaque colis entrant en Europe », évoquant concrètement « quelques euros » par colis.
Avec l'imposition de ces frais de gestion dès 2026, la ministre dit vouloir « anticiper la réforme douanière européenne attendue pour 2028 » qui est censée supprimer l'exonération de taxes sur les colis de moins de 150 euros — encore en vigueur dans l'UE. Les annonces gouvernementales de ce matin s'alignent sur la position de la Commission européenne, qui avait déjà annoncé en février dernier vouloir avancer cette réforme de 2030 à 2028.
L'avancée du calendrier à 2028, proposée par la Commission européenne en février, avait été saluée par les acteurs français du prêt-à-porter, en première ligne face à une concurrence qu'ils jugent déloyale de la part des géants chinois de l'e-commerce comme Shein et Temu.
C'est un combat de longue date pour les professionnels du prêt-à-porter, soumis depuis plusieurs années à une pression croissante des géants chinois de l'e-commerce. L'e-commerce représente déjà 20 % du marché de l'habillement, selon Bercy, qui souligne que les trois principales plateformes chinoises — sans les nommer — expédient chaque jour 10 000 tonnes de vêtements vers l'Europe.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

L'objectif du gouvernement est clair : il faut faire contribuer les plateformes de l'e-commerce à ces « frais de gestion ». Comme l'a précisé la ministre des Comptes publics, il s'agit de « faire payer aux importateurs, aux plateformes, et non pas aux consommateurs, un petit montant forfaitaire sur les colis ».
Pour le président de la Fédération nationale de l'habillement, Pierre Talamon, « ces annonces vont dans le bon sens », saluant un soutien financier attendu de longue date pour renforcer les moyens des douanes face à l'explosion des petits colis. Le cabinet de la ministre a en effet précisé que les fonds récoltés serviraient à financer ces contrôles.
L'accélération du calendrier porté par Bercy est largement saluée par les professionnels du prêt-à-porter, mais certains appellent à aller plus loin pour freiner la fast fashion et bloquer ce déferlement de petits colis, déjà perceptibles pour certains acteurs.
Pour Caroline Neyron, directrice générale du mouvement Impact France (près de 15 000 entreprises à impact), cette annonce du gouvernement était « une attente forte de nos entreprises ». Mais la directrice générale appelle à « aller plus loin en activant d'autres leviers comme l'adoption rapide d'une loi sur la fast-fashion ».
À lire également
Même souhait d'aller plus loin pour l'Alliance du commerce qui réclame une taxation des petits colis dès 2025, sans attendre huit mois. Selon son directeur général, Yohann Petiot, qui cite une interview de son président parue le 28 avril : « Depuis les annonces de Trump en mi-avril sur les nouveaux droits de douane, les plateformes chinoises ont déplacé 40 % de leurs investissements publicitaires des États-Unis vers l'Europe, et les effets sont déjà visibles ».