Ehpad : Orpea obtient un accord de plus 3 milliards d'euros auprès des banques pour se sortir de la crise

Le groupe d'Ehpad, mis à mal par les révélations du livre-enquête "Les fossoyeurs" en janvier dernier, a signé un accord avec ses banques afin d'assurer sa survie. L'an passé, le groupe a vu son bénéfice net chuter de 59,3% par rapport à 2020 à 65,2 millions d'euros.

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(Crédits : STEPHANE MAHE)

C'est une facture de gestion de crise particulièrement salée qui attend Orpea, pris dans la tourmente depuis la sortie en janvier dernier du livre-enquête les Fossoyeurs. A tel point que le groupe d'Ehpad a signé un accord avec ses banques afin d'assurer son financement.

Pour le groupe privé, l'avenir semble en effet plus qu'incertain. L'an passé, son bénéfice net a chuté de 59,3% par rapport à 2020, à 65,2 millions d'euros, en raison notamment d'une provision de 83 millions d'euros "pour risques et charges relatives aux risques estimés au titre des années 2017-2021 suite aux enquêtes administratives" dont le groupe a fait l'objet. Mais il se dit "confiant sur la dynamique de croissance" de son chiffre d'affaires 2022, il n'a pas publié de prévisions chiffrées et ne versera pas de dividende au titre de l'exercice 2021.

Pour l'année en cours, Orpea s'attend en effet "à faire face à des charges exceptionnelles liées à la gestion de la crise et de ses conséquences" et prévoit que sa rentabilité soit affectée par la hausse de l'inflation qui impacte "les coûts de l'énergie et les salaires dans certains pays".

En 2020, le bénéfice net avait déjà fondu de près d'un tiers car la crise sanitaire avait diminué son activité et alourdi ses charges opérationnelles. L'excédent brut d'exploitation (Ebitda) du groupe a toutefois progressé en 2021 de 11% à 1,07 milliard d'euros pour un chiffre d'affaires de 4,3 milliards d'euros, en hausse de 9,6%. Autre signal positif, au premier trimestre de l'année en cours, le chiffre d'affaires a progressé de 9% à 1,12 milliard d'euros.

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Un crédit de 1,73 milliard

Mais ces résultats ne sont pas suffisants pour calmer les inquiétudes d'Orpea qui a donc signé un accord avec ses banques s'inscrivant dans le cadre "d'une procédure amiable de conciliation", pour prévenir les difficultés, a indiqué le groupe présent dans 23 pays et qui gère plus de 350 établissements pour personnes âgées dépendantes en France. Il "répond au contexte actuel d'incertitudes qui pèse sur Orpea, ainsi qu'à un accès fermé aux marchés financiers et au ralentissement du programme de cessions d'actifs initialement envisagé", a-t-il expliqué dans un communiqué publié ce vendredi.

L'accord prévoit l'octroi d'un crédit de 1,73 milliard d'euros, la mise en place d'un plan de cession d'actifs pour plus de 3 milliards d'euros d'ici à fin 2025 et un prêt optionnel d'un montant maximum de 1,5 milliard d'euros."Je m'engage à ce que nous tirions toutes les leçons de cette crise pour rétablir la confiance que nous accordent nos parties prenantes depuis toujours, partout où le groupe est implanté", a commenté Philippe Charrier, PDG d'Orpea, cité dans le communiqué.

En milieu de matinée, à la Bourse de Paris, le titre Orpea perdait 0,53% à 34,02 euros, dans un marché haussier. Une faible perte au regard de celle encaissée par le groupe depuis le début de l'année : il a ainsi perdu plus de 60% de sa valeur, soit la pire chute de l'indice SBF 120. "Nous pensons que le titre a encore besoin de plusieurs étapes pour reconstruire son statut boursier", estiment dans une note les analystes d'Oddo BHF, évoquant notamment la création d'un statut d'entreprise à mission.

Une enquête judiciaire ouverte

Fragilisé sur le plan économique, Orpea l'est aussi dans son fonctionnement après les accusations de maltraitance des résidents et d'usage abusif des fonds publics par le journaliste indépendant Victor Castanet. Dans la foulée de la parution de son livre, le gouvernement a commandé un rapport qui a pointé début avril de graves dysfonctionnements.

L'État a porté plainte et demandé la restitution de dotations publiques présumées détournées de leurs fins. Sur le plan judiciaire, le groupe est, depuis fin avril, sous le coup d'une enquête, ouverte à Nanterre, sur des soupçons de maltraitance institutionnelle ou d'infractions financières. Un rapport intermédiaire des cabinets indépendants Grant Thornton et Alvarez & Marsal, commandé par Orpea, a également constaté des dysfonctionnements au sein du groupe.

"On a pêché par manque de rigueur"

"Orpea a péché par manque de rigueur. Aujourd'hui, on sait, donc on corrige", a assuré Philippe Charrier dans un entretien au Journal du dimanche. Prenant acte des premières conclusions des audits externes diligentés par le groupe pointent, le PDG admet que "les signalements d'événements indésirables graves liés aux soins, en particulier, étaient trop lents; il y a pu avoir des omissions". Les audits montrent aussi l'existence de remises de fin d'année de la part de fournisseurs de produits financés par des fonds publics.

Pour lutter contre les sous-effectifs, le groupe va "désormais payer les heures supplémentaires, étudier la possibilité d'offrir de meilleures mutuelles" à ses "collaborateurs, faciliter leurs évolutions de carrière et changements de statut", a-t-il expliqué. Ce qu'il a confirmé ce vendredi assurant que "de nombreuses mesures correctives ont d'ores et déjà été prises" comme, par exemple, la mise en place d'une plateforme d'écoute des familles et un dispositif de médiation. "Le moment est venu de bâtir le nouvel Orpea, dans la transparence", a-t-il assuré dans le JDD se félicitant du lancement des "états généraux d'Orpea". L'idée étant "d'ouvrir, entre le 13 mai et le 11 juin, les portes de nos Ehpad aux familles des résidents, aux élus, au monde associatif, aux journalistes et à tous les citoyens intéressés par la question du grand âge".

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Par ailleurs, Orpea a annoncé la semaine dernière la nomination d'un nouveau directeur général, Laurent Guillot, qui a effectué l'essentiel de sa carrière chez le fabricant de matériaux de construction Saint-Gobain.

Enfin, le groupe privé a récemment déposé plainte contre X pour abus de biens sociaux. Cette "plainte contre personnes non dénommées" porte sur "des faits et des opérations passés - sans aucun lien avec les conditions d'accueil et de soins des résidents - susceptibles de poser question au regard de l'intérêt social d'Orpea et découverts à la suite d'investigations internes", avait expliqué le groupe début mai.

(Avec AFP)

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Commentaires 5
à écrit le 14/05/2022 à 8:39
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"La société pardonne bien souvent aux criminels, jamais elle ne pardonne aux rêveurs" Oscar Wilde

à écrit le 13/05/2022 à 18:19
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Quand on laisse des sociétés privées faire du gras sur des services publics ...

le 14/05/2022 à 10:58
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Petite omission de votre part et non des moindres. Des services publics qui ruinent le pays!

à écrit le 13/05/2022 à 16:51
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"Orpea a péché par manque de rigueur. Aujourd'hui, on sait, donc on corrige" ..les vieux.

à écrit le 13/05/2022 à 14:40
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une organisation mafieuse avec entre autre un racket généralisé avec toutes les apparence de la légalité républicaine

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