Entre la grève des transports et les municipales, le vélo est partout en ville

Les programmes des candidats aux élections municipales mettent l'accent sur l'environnement et les transports. L'usage du vélo en milieu urbain répond à cette problématique d'autant que se développe le "vélotaf", l'usage du vélo pour se rendre à son travail, comme l'explique Jérôme Sorrel, auteur de "Vélotaf, mode d'emploi du vélo au quotidien" (éd. Alternatives) (*).

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(Crédits : AdobeStock)

Moyen de transport plébiscité par les candidats aux élections municipales dans les métropoles, (re)découvert par les travailleurs lors des grèves dans les transports en commun, le vélo est de retour en ville. Certes, il n'occupe encore qu'une place modeste dans l'espace public (10%) monopolisé par les voitures et les deux-roues motorisés.

Mais la situation est en train de changer. "En aménageant la ville, en la rendant plus sûre comme en créant des pistes cyclables continues sans coupure, ces verrous sautent", estime Jérôme Sorrel, auteur de "Vélotaf - Mode d'emploi du vélo au quotidien" (*). Instruit de sa propre expérience, il entend convertir les nombreuses personnes qui freinent des quatre fers en déclarant que "C'est dangereux !" ou encore que "Je n'ai pas le sens de l'équilibre..." alors qu'aller au travail en vélo présente de nombreux avantages.

Un mètre carré contre dix pour la voiture

Les politiques l'ont bien compris. A Paris, les candidats rivalisent d'idées. Tous ou presque veulent un "Vélopolitain", qui épouse les tracés des lignes de métro, quand la maire (PS) Anne Hidalgo veut une ville "100% cyclable". "C'est un joli slogan de campagne, mais il suffit de mettre des contre-sens cyclables dans les zones 30", tempère Jérôme Sorrel. Le vélo consomme en effet un mètre carré contre dix pour une voiture. "Si on rend le déplacement en véhicule personnel de plus en plus compliqué, il y aura un report assez naturel", assure-t-il. Ayant l'habitude de subir la météo, les motards et scootéristes seraient d'ailleurs, selon lui, les premiers à se convertir... au vélo à assistance électrique (VAE).

Demain, tous écologistes ? "On ne se met pas au vélo pour des raisons écolos, mais on devient écolo en se mettant en vélo", rétorque Jérôme Sorrel pour qui la conversion se fait d'abord dans la tête : "On ne va pas partir élever des moutons dans le Larzac mais ça éveille la sensibilité". S'y ajoutent les motivations économiques : certes onéreux à l'achat, le VAE ne coûte quasiment rien en termes de déplacement ou d'entretien à la différence d'une voiture individuelle.

Et ça marche ! Les compteurs de la ville de Paris ont enregistré 2,5 fois plus de passages pendant les grèves de décembre, à la différence de celles de 1995. "Il s'agit de convaincus qui attendaient l'étincelle pour se mettre en route", juge Jérôme Sorrel. "Les conditions sont en effet réunies dans la capitale pour cette solution, de la piste cyclable à la conscience environnementale liée au dérèglement climatique", assure-t-il.

Blocages psychologiques

C'est d'ailleurs ce qui l'a motivé à écrire ce livre, illustré par Eve Coston, évidemment aussi « vélotafeuse ». « Le vélo est encore trop perçu comme un loisir du week-end », dit-il. Il milite pour accélérer son usage comme moyen de transport en semaine pour se rendre à son travail. Il n'est pas isolé. Les sondages montrent une majorité (60%) de personnes partageant cet avis. Mais il y a des blocages psychologiques pour passer à l'acte, qui vont de la crainte de ne pas y arriver à la perception d'une image sociale déclassée en passant par la difficulté à concilier pratique du vélo avec la nécessité d'avoir par exemple une tenue impeccable, tailleur ou costume.

Et puis il faut gérer la logistique. Les services de location sont une première piste, mais les modèles sont lourds, pas toujours disponibles au moment voulu, et souvent vandalisés. Pour un vélotafeur convaincu, il sera préférable d'avoir son propre vélo, d'autant que le choix est large.

C'est là que le livre de Jérôme Sorrel fournit toutes les réponses pratiques pour aider tout un chacun à enfourcher sa bicyclette en semaine. Surtout, il montre combien cet usage du vélo coche de nombreuses cases comme rapidité de circulation, activité physique, contrôle de soi, faible pollution... bref tout « une philosophie de vie » qui inscrit le vélotaf dans un écosystème qui donne naissance à des associations, qui incite à la création d'applications...

Toutefois, suggère l'auteur, si les politiques sont de plus en plus nombreux à être convaincus, la prochaine étape à franchir sera de sensibiliser les chefs d'entreprises, en espérant que d'ici quelques années, le vélotaf pourra être naturellement « intégré dans un plan d'entreprise » !

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(*) Jérôme Sorrel (texte) et Eve Coston (illustrations), « Vélotaf, mode d'emploi du vélo au quotidien », éditions Alternatives, 159 pages, 15 euros.

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Commentaires 4
à écrit le 09/03/2020 à 11:07
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Le plan vélo, c'est pour les cadres jeunes et dynamiques; mais les 20 millions de retaités, ils font quoi?

à écrit le 09/03/2020 à 9:27
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L'avantage de Paris c'est qu'il est évident qu'il vaut mieux côté coût et temps prendre un vélo, mais à la campagne jamais il ne sera intéressant de ce côté là de prendre le vélo sauf si le travail se relocalise enfin.

le 09/03/2020 à 9:46
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Tout dépend le vélo peut être compétitif à la campagne il lá été avant les années 50. Mais une infrastructure vélo doit se penser avec les autres modes de transport y compris les transports en communs. En ville dense le vélo tient la route jusqu'...

le 09/03/2020 à 10:52
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@ multipseudos: "Tout dépend le vélo peut être compétitif à la campagne il lá été avant les années 50." Ben oui c'est vrai que le marché du travail et l'économie n'ont absolument pas changé depuis ! Sans parler du dumping fiscal et social que ...

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