Uber doit-il tuer le père pour ne pas sombrer ? Question freudienne à laquelle certains observateurs ont déjà répondu sans hésitation.
Article publié le 3 mars à 13h55 et actualisé le 4 mars à 10h
Help ! Le patron d'Uber, Travis Kalanick, a besoin d'aide. Dans un post de blog, le charismatique Pdg du géant du VTC (voitures de transport avec chauffeur) se fait tout petit après le "bad buzz" déclenché par la vidéo dévoilée par Bloomberg ayant fait le tour des réseaux sociaux et dans laquelle on peut voir le quadra parler avec mépris au chauffeur qui le conduit.
"Certaines personnes n'aiment pas endosser la responsabilité de leur propre merde. Ils blâment tout dans leur vie ou quelqu'un d'autre", lance le chef d'entreprise au chauffeur, qui lui reproche d'être endetté à cause de lui:
"Les gens ne vous font plus confiance"... "À cause de vous, j'ai perdu 97 000 dollars et je suis fauché"
Des excuses semblaient donc s'imposer après ce faux pas. Dans son message posté sur le blog de la plateforme, l'entrepreneur a pour la première fois avoué qu'il avait besoin de "grandir", tout en s'excusant pour son comportement irrespectueux à l'égard du chauffeur en question, mais également de tous les autres, des passagers et également de l'équipe Uber.
"Je dois fondamentalement changer en tant que leader et grandir. C'est la première fois que je suis disposé à admettre que j'ai besoin d'aide au niveau managérial et j'ai l'intention de l'obtenir."
Dernière fausse note en date, outre la vidéo, l'aveu d'Uber, vendredi, d'avoir utilisé un logiciel secret baptisé "Greyball" fonctionnant grâce aux données des utilisateurs, confirmant ainsi une information du New York Times. Objectif : éviter la police. De quoi discréditer l'entreprise au sujet de la fiabilité des chauffeurs et de la sécurité des passagers. Surtout lorsque de récents articles ont montré qu'une personne pouvait, même avec de faux documents, rouler via la plateforme, dont les possibilités de contrôle et de vérification semblent donc limitées.
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A cela s'ajoutent les accusations de harcèlement sexuel d'une employée, qui a contraint l'entreprise à annoncer l'ouverture d'une enquête diligentée par l'ancien ministre de la Justice de Barack Obama - s'il vous plaît. On ne badine pas avec ce genre d'accusations. Cela n'a cependant pas empêché l'un de ses plus célèbres investisseurs Mitch et Freada Kapor, de mettre publiquement en doute l'indépendance d'une telle enquête et de pointer du doigt la déplorable culture de l'entreprise. Ce, tout juste quelques jours avant qu'un autre employé, Amit Singhal ne se fasse remercier un mois après avoir intégré l'entreprise, pour avoir dissimulé la plainte pour harcèlement sexuel qui l'avait visé chez son précédent employeur, Google.
Une chose est sûre en revanche. Toute cette mauvaise presse n'est pas sans conséquence, ni sans risque pour la multinationale dont la valorisation capitalistique flirte avec un montant vertigineux de près de 70 milliards d'euros, qui ne reposent en réalité sur rien de concret puisqu'Uber n'est pour l'heure pas cotée en Bourse. Et son fondateur, Travis Kalanick, qui souhaite reculer l'échéance le plus tard possible, le sait bien. Il n'a pas intérêt à ce que la bulle éclate. Lui qui a réussi à lever quelque 15 milliards de dollarsen capital et en dette ne doit donc pas prendre le risque de rebuter les investisseurs.
Alors peut-être est il temps, pour celui qui a dès le début clairement affiché sa volonté et son acerbe personnalité en lançant "notre adversaire est un connard qui s'appelle taxi", de passer la main. C'est en tout cas ce qu'estiment certains observateurs, selon lesquels cela serait même la seule issue possible à la crise que traverse l'entreprise dirigée par le quadragénaire. A moins que ses excuses ne débouchent sur des actions concrètes, et que cela ne marque un véritable tournant, le début d'un nouveau chapitre pour l'entreprise. L'objectif étant de regagner en crédibilité. Ce dont la société a besoin pour prospérer. Et pour éviter la chute.