"Le service d'Uber s'est dégradé en trois ans" (Pascal Terrasse)

Le député socialiste auteur du rapport préconisant d'encadrer l'économie collaborative, relevait, lors du salon Autonomy, la convergence des services de VTC et de taxis. Evoquant la nécessité de "laisser s'épanouir cette audace créatrice", il a toutefois rappelé la nécessité d'encadrer cette nouvelle économie, afin de protéger les chauffeurs indépendants.
Mounia Van de Casteele

7 mn

L'arrivée des VTC comme Uber a poussé les plateformes type Taxis Bleus, filiale du groupe Rousselet (G7), à proposer des tarifs attractifs, comme les courses plafonnées à 10 euros dans Paris intra-muros les soirs de week-end.
L'arrivée des VTC comme Uber a poussé les plateformes type Taxis Bleus, filiale du groupe Rousselet (G7), à proposer des tarifs attractifs, comme les courses plafonnées à 10 euros dans Paris intra-muros les soirs de week-end. (Crédits : REUTERS/Robert Galbraith)

"Le service d'Uber s'est violemment dégradé en trois ans et en même temps, j'ai vu le service des taxis G7 ou Taxis Bleus augmenter en qualité. Je l'ai vu. On arrive à des convergences", a déclaré Pascal Terrasse, le député socialiste de l'Ardèche, auteur du rapport qui porte son nom sur l'économie collaborative, lors du salon Autonomy. Le député intervenait à l'occasion d'une table ronde qui rassemblait Thibaud Simphal, DG d'Uber France, et Teddy Pellerin, l'un des fondateurs de la jeune pousse Heetch, application nocturne mettant en relation passagers et chauffeurs non professionnels.

Certes, il y a trois ans, le service d'Uber avait su conquérir un public déçu par les taxis, avec un service haut de gamme de voitures de transport avec chauffeur (VTC), un accueil impeccable et la mise à disposition de la fameuse bouteille d'eau et de quelques bonbons. Sauf qu'il s'agissait d'Uber Berline, rappelle-t-on chez Uber, qui a ensuite lancé son service de transport entre particuliers à prix cassés UberPop, désormais suspendu, avant de beaucoup miser sur son service de VTC partagés UberPool, en plus d'UberX. Le prix des courses est, de fait, beaucoup moins élevé qu'il y a trois ans - excepté aux heures de pointes, pendant lesquelles Uber applique une majoration. La prestation s'avère ainsi parfois aussi compétitive qu'avec Heetch, avec des courses oscillant autour de 6 euros pour des petits trajets.

Après la loi Thévenoud, la loi Grandguillaume

Avec de tels tarifs, les chauffeurs ne peuvent pas s'en sortir, prévient le député socialiste de Côte-d'Or Laurent Grandguillaume, auteur de la loi éponyme encadrant l'activité de taxis et de VTC, votée à l'assemblée en juillet, et devant maintenant passer au Sénat début novembre. Le rôle de médiateur lui avait été attribué en janvier, afin de résoudre le conflit entre les diverses professions du transport public de personnes, succédant ainsi au député de Saône-et-Loire Thomas Thévenoud. Laurent Grandguillaume avait déjà assuré avec succès en 2013 une médiation dans le dossier dit des "Poussins", qui avait débouché sur l'adoption dans la loi Pinel de mesures maintenant le statut d'auto-entrepreneur. Cette mission lui avait été confiée par le Premier ministre d'alors, Jean-Marc Ayrault.

C'est pourquoi le jeune député de la majorité (38 ans) explique à La Tribune avoir notamment interdit le statut de Loti (venant de la loi pour le transport intérieur) pour les plateformes dans les agglomérations de plus de 100.000 habitants, évoquant les abus et détournements faits au détriment des chauffeurs. Un chauffeur détenant une licence de transporteur capacitaire peut en effet créer une société et salarier des chauffeurs, qui roulent alors grâce à une plateforme type Uber, laquelle prélève ensuite une commission d'environ 20% sur chaque course. Un statut, qui, à l'origine est réservé au transport occasionnel de groupes, et donc de plus de deux passagers, rappelle-t-il. Ce qui n'est pas respecté dans les grandes villes, constate-t-il. D'où l'idée de ne conserver que deux statuts : celui de VTC et celui de taxi.

Les chauffeurs VTC, à bout de souffle...

Mais aujourd'hui, un chauffeur VTC qui démarre en tant qu'auto-entrepreneur a du mal à dépasser les 600 euros mensuels, analyse-t-il après un bref calcul. En partant d'un chiffre d'affaires de 32.800 euros par an, soit 2.730 euros par mois, cela revient à un chiffre d'affaires de 91 euros par jour, calcule-t-il. Il faut donc qu'un chauffeur effectue 15 courses quotidiennes d'un montant de 6 euros en moyenne... Bref, si l'on enlève aux 32.800 euros quelque 8.000 euros de commissions prélevées par la plateforme (qui ponctionne environ 15% à 20% du prix d'une course), plus 6.000 euros annuels correspondant aux frais de location d'un véhicule, 3.000 euros d'essence, 1.000 euros pour l'assurance, et 100 euros pour les bouteilles d'eau et bonbons, il reste au chauffeur un revenu annuel imposable de 14.700 euros. Ce qui correspond à 1.200 euros par mois, avant impôt.

Du côté d'Uber, on pense que le chauffeur a tout intérêt à rouler plus, c'est-à-dire à effectuer plus de courses moins coûteuses, qu'à vouloir n'effectuer que quelques grosses courses par jour. C'est d'ailleurs le modèle que l'entreprise défendait pour justifier la baisse du tarif des courses qui avait suscité le courroux de certains chauffeurs il y a un an. A l'époque, la plateforme assurait cependant qu'il ne s'agissait que d'une poignée de chauffeurs mécontents, non représentatifs de l'ensemble de leurs partenaires chauffeurs, rappelant surtout l'opportunité d'accès à un premier emploi pour de nombreux jeunes que cette profession représente. Ce que soutenait d'ailleurs l'ancien ministre de l'Economie, Emmanuel Macron:

"La révolution numérique représente un potentiel immense pour la France en termes d'activité et d'emplois."

Il évoquait à cet égard la nécessité de faire converger les statuts d'auto-entrepreneur et d'artisan - source de tensions entre taxis et VTC -, afin qu'ils aient la même simplicité déclarative et fiscale. Avec une absence de cotisations en cas d'absence de chiffre d'affaires, puis avec un pourcentage progressif. Emmanuel Macron rappelait également, pour apaiser ceux qui seraient tentés de croire que ce type de métiers tend à conduire à la fin du salariat, que le nombre de non-salariés était en baisse depuis les années 1990.

     >Lire aussi : "Le statut d'auto-entrepreneur est un faux problème"

...comme les taxis

Cela dit, du côté des taxis, on n'est guère mieux lotis à en croire une étude du bureau de recherche 6-t publiée au mois de juin. Celle-ci révélait en effet que le chiffre d'affaires d'un chauffeur de taxi serait en moyenne d'environ 54.000 euros par an dans les 13 grandes métropoles françaises, 60.000 euros à Paris et de 44.000 euros ailleurs. Avec des dépenses annuelles de 53.340 euros pour un artisan qui n'a pas fini de rembourser sa licence, il ne reste pas lourd dans le porte-monnaie d'un chauffeur au bout du compte. Et ce serait bien pire pour les locataires, qui auraient des dépenses annuelles de 62.190 euros. Même en prenant le cas d'un Parisien, le chauffeur s'avère déficitaire à la fin de l'année ! Seuls les artisans propriétaires de leur licence l'ayant obtenue gratuitement ou ayant soldé leur emprunt arrivent à s'en sortir, avec des dépenses annuelles de 31.740 euros, concluait les auteurs de l'étude.

Cependant, il faut bien noter, comme le rappelait à Autonomy Pascal Terrasse, que depuis trois ans, la qualité de service des taxis s'est améliorée pour le consommateur. Et l'arrivée des VTC a poussé les plateformes type Taxis Bleus, filiale du groupe Rousselet (propriétaire de G7), à proposer des tarifs attractifs, comme les courses plafonnées à 10 euros dans Paris intra-muros les soirs de week-end.

Trouver le juste encadrement

Reste que "cette économie nouvelle ne doit pas être freinée de peur que l'ancien régime ne disparaisse", estime le député de l'Ardèche:

"Il faut laisser l'audace créatrice s'épanouir. Uber est bien vu dans certains pays et mal dans d'autres. L'Europe a pris un sacré retard, comme si elle était prisonnière de sa culture, de son histoire, par peur des révolutions industrielles. Pourtant, les plateformes apportent des services qui n'existaient pas auparavant!"

Sans pour autant négliger la condition des chauffeurs. Il évoque ainsi la responsabilité sociale des plateformes, les chauffeurs devant être couverts en cas d'accident du travail par exemple. D'où la nécessité de trouver l'encadrement adéquat. Ce qui passe également par la prise en compte du droit à la formation ou encore le cadrage "clair" du "déréférencement", c'est-à-dire le fait qu'une plateforme "déconnecte" un chauffeur qui aurait refusé un trop grand nombre de courses ou n'aurait pas une note suffisamment élevée (les passagers sont désormais invités à noter le chauffeur à l'issue de chaque trajet réalisé, aussi bien pour les taxis que pour les VTC). Un point sur lequel Uber se dit prêt à ouvrir le dialogue d'ailleurs.

Mounia Van de Casteele

7 mn

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Commentaires 8
à écrit le 12/10/2016 à 11:56
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Comme déjà dit plus bas, ce calcul est complètement faux ! Mais, de loin. En taxi : En location : C'est 2800-3500€/mois de location gérance + 700 - 1000€ de charges /mois. Avant c'était entre entre 3800 et 4600€ TTC / mois. En artisan : l'assur...

à écrit le 11/10/2016 à 16:28
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"Je l'ai vu." Un politicien témoin d'une scène dans le réel, on voit bien que ça l'a marqué profondément, cela devait être beau à voir.

à écrit le 11/10/2016 à 12:45
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Tous ces chiffres sont faux et loin...arrêtez de pondre des article sur ce sujet sur la base de légendes urbaines. Mon rapport de 13 pages est disponible . il a été envoyé au ministre des transport, aux sénateurs, au préfets. Vous aurez une iodée d...

à écrit le 11/10/2016 à 12:43
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Quand la dernière SKODA aura été mise à casse je reprendrais des Taxi parisiens ..pas avant ..

à écrit le 11/10/2016 à 12:41
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Tous les chiffres sont faux je tiensq à votre disposition un rapport remis au ministres et aux sénateurs et au préfet..avec les vrais chiffres.................du concret pas de la légende urbaine comme votre article

à écrit le 11/10/2016 à 12:14
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Petit problème de calcul. Dans l'article est mentionné des commissions de plateforme de 15-20% de chaque course ... donc 15-20% du chiffre d'affaires ... donc si je prends une moyenne de 17,5% multiplié par 32800 eur j'arrive à 5740 eur et pas 8000, ...

le 11/10/2016 à 14:52
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Non mais c'est grossier comme calcul, vous avez les faux frais ... le comptable 200 €, l'assurance est à 400 € par mois et la location d'un véhicule est minimum à 864 € donc c'est des calculs grossier... et vous ne comptez pas les périodes calmes, va...

à écrit le 11/10/2016 à 10:48
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Les chiffres concernant les VTC sont fantaisistes. Pour son calcul il considère qu'un VTC travaille 30 jours par mois! et donc qu'il réalise un CA de 91 euros par jours ce qui correspondrait à 15 courses de 6 euros. Sachant qu'une course de 6 euros n...

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