Après avoir réussi sa réorganisation, Saint-Gobain vise le zéro carbone

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Benoît Bazin est directeur général délégué du groupe.
Benoît Bazin est directeur général délégué du groupe. (Crédits : Jean Chiscano)
Un an après avoir impulsé une nouvelle organisation interne, le groupe du CAC 40 spécialisé dans le verre et les matériaux de construction publiera, d'ici à la fin de l'année, une feuille de route sur ses objectifs écologiques.

Lorsqu'une jeune pousse change son modèle d'affaires, on dit qu'elle pivote. Quand un groupe du CAC 40 rompt avec ses directions générales thématiques pour s'organiser par pays, on parle de "renversement profond de la manière dont les managers vont réfléchir", dixit Pierre-André de Chalendar, Pdg de Saint-Gobain, en novembre 2018.

Un an après avoir été mise en place, la nouvelle organisation issue du plan "Transform & Grow" "fonctionne très bien", déclare à La Tribune Benoît Bazin, directeur général délégué de l'entreprise cotée. D'après une enquête de satisfaction conduite en interne par Ipsos, à laquelle 74% des collaborateurs ont participé, 79% se disent "engagés".

"Nous avons changé les règles de gouvernance et depuis chaque directeur général de pays peut prioriser et allouer les ressources qu'il gère en fonction de ses ambitions de croissance et de rentabilité", poursuit le numéro 2 du groupe. "Tout comme les directeurs des marchés industriels mondiaux, ils sont autonomes pour constituer leur équipe, l'organiser, définir leur feuille de route tout en allégeant les reportings."

+1,9% de CA en 2019 par rapport à 2018

Saint-Gobain a par exemple remonté leurs seuils d'autorisation d'investissement "afin de gagner en agilité et en responsabilité". Exit les branches distribution, produits pour la construction, vitrage bâtiment. Depuis le 1er janvier 2019, "il n'y a plus de métiers qui fonctionne en silo par produit, et chaque pays dispose dorénavant de toute l'offre à présenter à ses clients", explique Benoît Bazin. "En cela, le groupe est plus fort", insiste-t-il, en référence aux bons résultats 2019: +1,9% de chiffre d'affaires et +4,8% d'EBITDA.

Outre le recours à la communication interne pour "embarquer" tout le monde dans "ces nouvelles méthodes de travail privilégiant la confiance, la responsabilisation et la collaboration", le groupe coté a aussi réorganisé les services "en allégeant et simplifiant les organisations tout en portant une attention particulière au maintien de l'expertise."

Des emplois ont-ils été supprimés ? "Nous avons en effet réduit des échelons hiérarchiques, mutualisé des back office et certains services clients. Cela s'est fait pays par pays. Cela a donc conduit à des suppressions de postes, mais les emplois ont été redéployés sur d'autres fonctions", réplique le DG délégué de Saint-Gobain qui martèle qu'"aucun plan social n'a été mis en place". "En France, nous avons par exemple recruté, du fait du turnover, 6.250 personnes en 2019 après 4.500 en 2018. Nous visons 5.500 embauches en 2020", précise-t-il encore.

Une acquisition américaine supérieure à 1 milliard d'euros

Ce "plan de transformation et de croissance" a en outre été pensé pour faire au moins 250 millions d'économies de coûts supplémentaires d'ici à fin 2021, notamment en cédant pour au moins 3 milliards d'euros d'activités. Sur ce point, l'objectif initial a été dépassé avec près de 3,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires rapportés par les cessions réalisées en 2019. En outre, sur les 250 millions d'économies envisagées en trois ans, l'entreprise en a déjà réalisé 120 millions.

Parallèlement, Saint-Gobain a réalisé, l'an dernier, près de 18 acquisitions ciblées, mais c'est la dix-neuvième, amorcée en novembre et finalisée le 3 février 2020, qui a mis en lumière les objectifs recherchés par le groupe coté. Pour 1,287 milliard d'euros, il s'est en effet offert l'Américain Continental Building Products (CBP), acteur majeur du plâtre outre-Atlantique.

"Nous avons mis seulement quatre mois pour réaliser cette acquisition, avec une seule ligne hiérarchique: le patron Amérique du Nord de Saint-Gobain, le patron de CBP et moi-même" se félicite aujourd'hui Benoît Bazin. "Le management de CBP a été positivement conquis par notre plan de transformation et la simplification associée de notre organisation avec une seule ligne hiérarchique directe. Aujourd'hui, les responsabilités managériales sont claires et limpides pour eux."

Avec cet achat, le plâtre devient le premier métier industriel de l'entreprise tricolore dans un pays qui constitue le deuxième marché du groupe - 13% du chiffre d'affaires -, derrière la France. "Dans le même temps, le marché de la construction accélère aux Etats-Unis avec 15 à 20% de marges de progression par rapport à sa moyenne de long terme", souligne le numéro 2 du groupe français. "Nous visons plus de 10 millions de dollars de synergies en année 1 et plus de 50 millions de dollars en année 3", ajoute-t-il.

En 2020, Saint-Gobain va poursuivre la cession d'actifs "à faibles marges" et la réalisation d'acquisitions "très rentables" pour "continuer à [se] différencier". "Nous ne vendrons plus simplement des plaques de plâtre performantes mais des solutions pour les façades intégrant ensemble plusieurs produits de vitrage ou d'isolation. Nous contribuerons également à augmenter la productivité sur les chantiers, que ce soit sur le bâtiment modulaire ou la création de systèmes plus faciles à mettre en œuvre", annonce Benoît Bazin.

Vers une "feuille de route" sur le zéro carbone

Le DG délégué vient par ailleurs d'être nommé administrateur du groupe Vinci, géant du BTP qui vient de s'engager à atteindre la neutralité carbone en 2050 et, d'ici à 2030, à réduire de 40% ses émissions de CO2 par rapport à celles de 2018. Dans ce cas, où en est Saint-Gobain qui s'est, lui, engagé, d'ici à 2025, à réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre (GES), par rapport à celles de 2010 ?

"Nous en sommes à 14,5% de réduction de nos émissions de GES par rapport à celles de 2010, et donc en avance sur notre objectif de les réduire de 20% d'ici à 2025", assure Benoît Bazin. "60% des produits et solutions du groupe sont aujourd'hui positionnés sur les enjeux de transition énergétique et de réduction des émissions de CO2"

Le numéro 2 de l'entreprise cotée promet d'ailleurs, d'ici à fin 2020, 'une feuille de route  sur la façon dont Saint-Gobain atteindra le net zéro carbone en 2050", et ce "en agissant sur [son] offre produits, [ses] consommations et [son] mix énergétique, [ses] modes de transport et [ses] flux logistiques."

En attendant la présentation de ce nouveau plan d'actions, Benoît Bazin entend bien poursuivre le dialogue "intime" avec ses clients pour connaître "leurs exigences techniques, de productivité ou de performance" et faire naître l'innovation. "Par exemple pour co-signer le design d'un pare-brise dans l'automobile ou la résistance de tel matériau de spécialité dans l'aéronautique, nous appliquons de plus en plus ce mode d'innovation par le co-développement, en répondant aux attentes très fortes nées de la transition numérique et du développement durable, qui ont ouvert des perspectives fascinantes de croissance et de différenciation", conclut-il.

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