Après le nucléaire en 2022, l'Allemagne veut sortir du charbon huit ans plus tôt que prévu (en 2030)

C'est un immense défi. La nouvelle coalition qui va prendre les commandes de l'Allemagne a annoncé mercredi vouloir accélérer la sortie du charbon, et l'avancer à 2030 « dans l’idéal », au lieu de 2038, selon l'accord conclu entre sociaux-démocrates, écologistes et libéraux. Mais la trajectoire pour y parvenir interroge, alors que le pays reste dépendant du gaz fossile, aujourd'hui nécessaire pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables.

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Mercredi, la coalition «feu tricolore » composée des sociaux-démocrates, des Verts et des libéraux a présenté un programme qui fait la part belle aux investissements pour combattre le changement climatique. (Photo d'illustration: le 27 octobre 2021, au congrès du syndicat IG BCE à Hanovre, le futur chancelier Olaf Scholz, alors ministre des finances et vice-chancelier d’Angela Merkel, en tant que candidat SPD pendant la campagne pour les élections législatives.)
Mercredi, la coalition «feu tricolore » composée des sociaux-démocrates, des Verts et des libéraux a présenté un programme qui fait la part belle aux investissements pour combattre le changement climatique. (Photo d'illustration: le 27 octobre 2021, au congrès du syndicat IG BCE à Hanovre, le futur chancelier Olaf Scholz, alors ministre des finances et vice-chancelier d’Angela Merkel, en tant que candidat SPD pendant la campagne pour les élections législatives.) (Crédits : FABIAN BIMMER)

Alors que les dernières centrales nucléaires de l'Allemagne s'arrêteront de tourner en 2022, dix ans après son choix de renoncer à l'atome à la suite de l'accident japonais de Fukushima, c'est la sortie du charbon qui fait désormais débat outre-Rhin. Pour cause, l'extraction de ce combustible fossile se heurte aux objectifs climatiques ambitieux fixés par Berlin : le pays entend réduire de 65% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à 1990, et devenir neutre en carbone en 2045 - cinq ans avant l'échéance fixée par la Commission européenne pour tout le continent.

Pour y parvenir, la nouvelle coalition au pouvoir (SPD, Verts et libéraux) a ouvert la porte à un engagement fort. Celui d'avancer « dans l'idéal » à 2030 la sortie du charbon, contre 2038 aujourd'hui, selon l'accord conclu mercredi entre les trois partis. Le défi est de taille, après que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a jugé en avril dernier que les efforts de Berlin en la matière étaient insuffisants.

« L'idéal serait d'y parvenir dès 2030 », exposent dans leur contrat sociaux-démocrates, écologistes et libéraux, soulignant que « cela exige le développement massif des énergies renouvelables. »

Car l'Allemagne reste fortement engluée dans cette source d'énergie très polluante. En témoigne l'image, toujours prégnante, de la destruction de l'église de Sant-Lambertus en 2018 pour permettre l'extension d'une mine de lignite à ciel ouvert. Ainsi, au global, bien que la consommation de charbon en Allemagne ait été divisée par trois depuis 1990, 28,9% de l'électricité injectée dans le réseau du pays provenait encore de centrales à charbon au premier trimestre 2021, « contre 13% en moyenne dans l'Union européenne », peut-on lire dans une note de l'Institut Jacques Delors publiée en septembre sur le sujet.

Lire aussi 4 mnL'électricité produite au charbon dans le monde progresse, progresse...

Déjà 45% d'électricité renouvelable en Allemagne, contre 25% en France

Cependant, depuis vingt ans, le pays a déjà massivement investi dans les énergies renouvelables (éolien, solaire et biogaz) - bien plus que tous ses voisins européens. Ce qui s'est traduit par une progression spectaculaire de ces sources d'électricité décarbonée : alors qu'elles ne représentaient que 7% du mix électrique en 2000, le chiffre a bondi à 45% en 2020. 20% de plus que le charbon, et environ 30% de plus que le gaz. En comparaison, ce chiffre s'élève à environ 25% en France (même si l'Hexagone fournit une énergie bas carbone du fait de son parc nucléaire).

« La sortie du nucléaire a permis la construction d'un consensus politique autour des renouvelables. Ce qui a également entraîné une diminution de l'activité dans le charbon, qui représentait en 2000 quasiment 50% du mix électrique du pays », développe Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre Energie de l'Institut Jacques Delors.

Avec bientôt de nouvelles centrales, la dépendance au gaz bondit

Mais la plupart de ces sources d'énergie bas carbone sont intermittentes à l'échelle d'une journée, et non pilotables. Ainsi, selon l'Agence fédérale des réseaux, au gré des mois, des jours et des heures, l'électricité issue des énergies renouvelables en Allemagne peut actuellement satisfaire entre 10% et 100% des besoins en énergie immédiats du territoire.

Résultat : pour lisser la consommation, la sortie du charbon dès 2030 impliquera « la construction de centrales à gaz modernes afin de couvrir les besoins croissants en électricité et en énergie au cours des prochaines années à des prix compétitifs », explique l'accord de coalition. Or, les centrales à gaz, si elles polluent moins que le charbon, restent bien plus émettrices de gaz à effet de serre que les centrales nucléaires.

Le grand enjeu résidera donc dans la manière de se passer de cette houille et de ce lignite, et la question de la place du gaz dans la transition allemande sera donc fondamentale. Pour cause, la part de ce combustible fossile ne faiblit pas dans le mix énergétique allemand. Si l'on se concentre sur la production d'électricité, c'est même l'inverse : celle-ci en était dépendante à hauteur de 9% en 2000, contre 16% aujourd'hui.

« Sur ce sujet, Il y a une multitude d'acteurs qui mettent en avant des points de vue très divergents. Dans tous les cas, il sera compliqué de se débarrasser rapidement du gaz pour produire l'électricité », estime Thomas Pellerin-Carlin.

Le recours à l'hydrogène, un autre défi technologique

Loin de s'avouer vaincu, le nouveau gouvernement compte notamment sur l'interconnexion des réseaux européens, en recourant à l'hydroélectricité issue de barrage de pays tiers, ou encore en construisant des centrales thermiques pouvant produire ou stocker de l'hydrogène.

Mais un tel scénario implique des paris technologiques forts. Aujourd'hui, c'est plutôt la dépendance allemande au gaz fossile importé de Russie qui persiste, et qui ne devrait pas faiblir avec la prochaine mise en route du gazoduc géant Nord Stream 2 (même si l'Allemagne a pour l'heure suspendu le processus de certification). Déjà en service depuis plusieurs années, le premier projet Nord Stream 1, qui passe sous la Baltique, assure déjà à lui seul les deux tiers des approvisionnements gaziers outre-Rhin. Une consommation qui « devra être réduite pour que l'Allemagne puisse atteindre ses objectifs climat », prévient l'institut Jacques Delors.

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Commentaires 18
à écrit le 26/11/2021 à 14:24
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Chapeau s'il y arrivent ! Mais à voir comment ils on mené leur barque jusqu'à maintenant, j'ai confiance.

à écrit le 26/11/2021 à 6:19
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Ne nous berçons pas d’illusions, les 40% d’énergies renouvelables intermittentes allemandes ne pourront arriver à éviter un ‘black-out’ que par des importations d’électricité disponible quand le besoin s’en fait sentir (d’origine nucléaire si en prov...

le 26/11/2021 à 13:56
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Pour l'intent c'est les allemands qui viennent à notre secours avec 30% de notre parc nucléaire HS !

le 26/11/2021 à 14:24
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Pour l'instent c'est les allemands qui viennent à notre secours avec 30% de notre parc nucléaire HS !

à écrit le 25/11/2021 à 14:28
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"Déjà 45% d'électricité décarbonée en Allemagne, contre 25% en France" : c'est énorme, alors que l'électricité est décarbonée à plus de 90% en France, et depuis au moins une vingtaine d'année. L'auteur confond visiblement part d'énergie renouvelable ...

à écrit le 25/11/2021 à 14:23
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"Déjà 45% d'électricité décarbonée en Allemagne, contre 25% en France" : c'est énorme, alors que l'électricité est décarbonée à plus de 90% en France, et depuis au moins une vingtaine d'année. L'auteur confond visiblement part d'énergie renouvelable ...

le 26/11/2021 à 8:46
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Exactement, et malheureusement il devient évident qu’en France l’introduction des énergies renouvelables intermittentes est en train de très vite dégradée notre beau bilan carbone. Actuellement, le nucléaire assure toujours entre 70 et 80% de la con...

le 26/11/2021 à 14:03
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@jardinier, Vous êtes dans la confusion le nucléaire ce n'est plus que 60% et l'importation et le gaz que nous brûlons à hauteur de 15 à 16 GW a longueur de journée ne sont pas la pour remplacer le renouvelable que nous 'n' avons pas encore install...

à écrit le 25/11/2021 à 13:59
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Sortir du charbon pour l'Allemagne = importer de l'électricité Polonaise, produite dans des centrales à charbon, + construire des centrales à gaz C'est facile et c'est surtout hypocrite

le 26/11/2021 à 14:11
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Et plus hypocrite encore de baver sur L'ALLEMAGNE qui nous sort de la mouise en ce moment même en nous fournissant en continue 5 à 6 GW d'electricite en plus des 7 à 8GW de gaz que nous brûlons à longueur de journée le tout arrivant tout juste à remp...

à écrit le 25/11/2021 à 13:35
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La meilleure manière de baisser la consommation d'énergie c'est de délocaliser donc.. on peut s'attendre a ce qu'elle en prenne le chemin!

à écrit le 25/11/2021 à 13:32
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Vive le Chichon ! A mort le Charbon ! Il faudrait absolument en profiter pour enfoncer les choucroutards mais hélas, le clientéliste aux manettes en juin 2022 ira mendier la signature allemande pour poursuivre sa politique laxiste

à écrit le 25/11/2021 à 13:16
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Pays sans surfaces maritimes, sans soleil, ça ne va pas être simple, visiblement le peuple allemand a un penchant écolo que les politiciens se sentent obligés d'exploiter. Bonne nouvelle en tout cas la proposition de ce lobby européen héritier de l'i...

le 25/11/2021 à 13:51
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il faudrait un peu evoluer au dela de cliches vieux de 80 ans, pour essayer de vivre en 2021

le 25/11/2021 à 16:16
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Pourquoi, il fait beau en Allemagne et la mer a déjà monté jusqu'à ses frontières ? Ah mais si on me dit rien à moi aussi... :-)

le 26/11/2021 à 14:15
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En étant aussi mal servis par la nature comparé à notre situation on ne peut que saluer leur courage, d'autant plus qu'ils sont bien sur le chemin de la réussite.... Malgré les calomnies dont ils sont l'objet de la part notamment des nucleocrates van...

à écrit le 25/11/2021 à 12:53
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Les choix de l'Allemagne sont les leurs. Mais l ne faudrait pas espérer à les imposer aux autres états de l'U.E sinon l'Europe ira mal. C'est un choix de pays nanti qui souvent ne se préoccupe pas beaucoup des autres.

le 26/11/2021 à 14:21
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Je pense surtout que c'est nous qui voulons imposer notre nucléaire aux autres et en attendant merci aux allemands de contribuer à notre confort en fournissant l'énergie que notre nucléaire est incapable de fournir avec 30% de nos réacteurs en perma...

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