COP26 : Pourquoi la fin du charbon est impossible sans l’aide des pays développés

Alors que les engagements sur la neutralité carbone s’enchaînent, aucun plan précis de sortie du charbon, souvent qualifié de combustible le plus « sale » de tous, ne se dégage, même si une coalition pour s'en défaire a vu le jour à la COP26. En cause, de nombreux pays restent englués dans cette source d’énergie fossile, qui alimente leur électricité et pousse leur croissance à la hausse. Un sevrage à grande échelle sera pourtant nécessaire mais celui-ci semble peu probable sans accompagnement financier et technologique au niveau international.

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En 2019, le charbon représentait 30% de la consommation mondiale d'énergie primaire pour 44% des émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion, soit la pire des énergies fossiles. Après un léger fléchissement en 2020 du fait de la pandémie, la tendance est repartie à la hausse cette année.
En 2019, le charbon représentait 30% de la consommation mondiale d'énergie primaire pour 44% des émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion, soit la pire des énergies fossiles. Après un léger fléchissement en 2020 du fait de la pandémie, la tendance est repartie à la hausse cette année.

L'équation semble inextricable : alors que les dix plus grandes puissances charbonnières restent engluées dans ce combustible fossile extrêmement polluant, toutes promettent désormais d'atteindre la neutralité carbone au cours du siècle. En résulte, au coeur de la COP26 de Glasgow, un paradoxe vertigineux entre la clarté de la cible affichée par les pays - même si les échéances diffèrent -, et le flou persistant sur les chemins à emprunter vers ce sevrage obligé. Car si la physique est une science exacte, les stratégies déployées par les Etats pour répondre à l'urgence environnementale, elles, ne répondent pas aux mêmes règles. Ces derniers doivent intégrer leurs problématiques économiques, financières et sociales, parfois en contradiction directe avec la préservation du climat.

En témoigne la décision de Pékin de doper son extraction de houille en pleine COP26, malgré l'engagement récent du président, Xi Jinping, d'atteindre la neutralité carbone en 2060. Rudement touché par la pénurie de matières premières, le pays n'a tout simplement pas trouvé meilleure solution pour résoudre la crise de l'énergie, qui menace son économie à bien plus court terme qu'un dérèglement planétaire à venir. Un signal terrible, alors que la Chine représente à elle seule plus de la moitié de la consommation mondiale de charbon.

Quand à l'Inde, jusqu'ici murée dans un silence embarrassant, ses dirigeants n'ont couplé leur promesse à la COP26 de neutralité carbone d'ici à 2070 d'aucune stratégie concrète d'éloignement de ce combustible, alors qu'il alimente toujours près de 70% de son électricité. Bref, principe de réalité oblige, la fin du règne du king coal, à l'origine de 30% de la consommation mondiale d'énergie primaire pour 44% des émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion, n'est pas pour demain.

Pas de plan d'action précis

En la matière, les rencontres internationales, telle la COP26, continuent de concentrer les espoirs. Pourtant, la réunion du G20 à Rome le week-end dernier a donné le ton : les dirigeants des pays les plus riches ne se sont accordés sur aucun plan d'action précis, si ce n'est la fin des crédits à l'export des centrales à charbon. Saluée par Emmanuel Macron, cette « avancée » n'en est en fait pas une, puisque la décision avait déjà été prise - en premier lieu par la Chine. Pour cause, celle-ci a conscience du « manque de rentabilité future » de ces investissements à l'étranger, estime le spécialiste des questions de géopolitique de l'environnement François Gemenne. Reste qu'en parallèle, sa consommation nationale de houille continue d'augmenter, après une légère inflexion liée à la pandémie en 2020.

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Mais un engagement devrait bien voir le jour à la COP26 : une coalition de 190 pays s'est s'engagée ce jeudi à sortir progressivement du charbon à partir de 2030, et à « ne plus soutenir la création de nouvelles centrales », même si la Chine reste aux abonnés absents. La France non plus n'en fait pas partie, mais s'est félicitée la veille d'un accord « ambitieux » noué sur le sujet, alors même que son propre mix énergétique ne repose plus sur la roche noire. Paris a en fait conclu dès les premiers jours de la COP un « partenariat international pour une transition énergétique juste » avec Johannesburg, aux côtés de l'Allemagne, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l'Union européenne, promettant de fournir jusqu'à 8,5 milliards de dollars afin d'aider l'Afrique du Sud à sortir de ce combustible, dont le pays est aujourd'hui totalement dépendant. Car le déploiement des énergies renouvelables, encore extrêmement minoritaires sur ce territoire, nécessite de mobiliser massivement des fonds et des savoir-faire... dont il ne dispose pas encore.

Une question de moyens

Et la clé pourrait bien se trouver dans ce genre d'initiative : sans accompagnement concret de la part des Etats les plus développés, qui profitent aujourd'hui de moyens avancés pour faire face au problème climatique sur leur sol, la sortie du charbon des pays émergents risque de s'avérer très complexe, sinon impossible.

« Imaginez avoir un trésor au fond de votre jardin qui vous permettrait de sortir rapidement de la pauvreté, mais que d'autres qui en ont déjà profité vous interdirait de déterrer. Très clairement la réussite des objectifs est conditionné à l'aide des riches », illustre François Gemenne.

Autrement dit, si l'on demande aux pays du Sud de ne pas exploiter les ressources fossiles prometteuses qui composent leur sous-sol, il est nécessaire de leur fournir des moyens alternatifs pour croître, fait valoir le chercheur. Sans quoi les efforts fournis à l'échelle mondiale risqueraient d'être ruinés par l'extraction continue d'une poignée d'Etats, qui ne trouveraient pas d'autres voies vers le développement. Quoi de mieux pour l'illustrer que l'intervention ce mercredi de la ministre des Finances de l'Indonésie, l'un des Etats les plus charbonniers du monde, à la COP26. « Nous sommes très engagés dans l'action climatique. Mais le financement est un problème essentiel, et déterminera notre capacité à tenir nos engagements », a-t-elle lancé à son audience.

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100 milliards de dollars pour les pays du Sud

A cet égard, le versement annuel de 100 milliards d'euros des pays du Nord au pays du Sud dès 2020, décidé en 2009 à la COP15 de Copenhague, devait permettre d'engranger un mécanisme vertueux. Mais à l'heure du bilan, le compte n'y est pas. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en 2019 l'ensemble des aides versées par les pays riches aux pays moins développés n'a atteint que 79,6 milliards de dollars. Et malgré l'absence encore de données suffisantes, il semble très improbable que les 20 milliards manquants aient été trouvés en 2020.

« Lors de cette COP, les pays de Sud vont tenter de négocier un futur financement, alors qu'ils n'ont toujours pas acquis ce qu'on leur avait promis. Ce sera le point majeur qui risque de rythmer la rencontre, avec une très grande méfiance de leur part vis-à-vis du Nord », fait valoir François Gemenne.

Surtout, les contours du plan restent dans les tiroirs depuis plus de dix ans. « Concrètement, on ne sait toujours pas comment ces fonds seront répartis », ajoute le spécialiste. En effet, l'enveloppe ne devra pas seulement servir à financer la transition énergétique de ces Etats. Mais aussi leur adaptation à des changements d'ores et déjà irréversibles, dont ils seront les premières victimes.

Faciliter le transfert de technologies

Face à l'urgence, d'autres initiatives voient le jour. Notamment les « percées de Glasgow », un plan d'accès aux nouvelles technologies lancé par le Royaume-Uni lors de la COP26, et plutôt passé inaperçu à côté des accords phares sur la déforestation ou sur le méthane. Pourtant, le programme a déjà été rejoint par plus de 40 dirigeants, dont les Etats-Unis, l'Inde, la Chine ou l'Union européenne, mais surtout par plusieurs économies en développement et certains des pays les plus vulnérables au changement climatique. Le but : fournir une technologie « propre » et surtout « abordable » « à travers le monde » d'ici à 2030.

Et ce, en aidant notamment ces pays les moins « avancés » à accéder à l'innovation et aux outils nécessaires, afin de passer des grands engagements à l'atteinte réelle de la neutralité carbone. Sont cités notamment les « véhicules routiers à zéro émission », « l'hydrogène vert » ou encore « la production d'acier bas carbone », autant d'innovations difficiles d'accès. « L'idée est de faciliter l'accès à ces technologies, souvent développées par les pays du Nord, par le biais de subvention ou de la levée de brevet, par exemple », explique François Gemenne.

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Vers des crédits carbone ?

Enfin, Glasgow devra servir à relancer les discussions visant à instaurer, ou non, l'échange de crédits carbone entre pays. Concrètement, ce dispositif consisterait à permettre à un pays "A" d'acheter un crédit d'émission à un pays "B" dans lequel il construirait, par exemple, un parc éolien en remplacement d'une centrale à charbon. Ainsi, le pays "B" bénéficierait d'une énergie plus propre, et le pays "A" pourrait utiliser ce crédit correspondant aux émissions évitées, afin de compenser sa propre pollution. L'objectif : débloquer des financements pour les énergies bas carbone aux Etats qui en manquent, et réduire le coût de la réduction des émissions pour ceux qui investissent.

Mais ce mécanisme reste en suspens depuis l'accord de Paris, celui-ci remettant à plus tard la décision de sa mise en place, et l'élaboration des règles qui l'encadreraient. Pour cause, sans garde-fous efficaces, il pourrait conduire les signataires à adopter des règles peu exigeantes, conduisant pays et entreprises à se soustraire à la réduction de leurs propres émissions, en se contentant de les compenser. Surtout, il ferait naître le risque d'un double-comptage, à la fois par les pays "A" et "B". Reste à voir si, comme l'a promis le président de la COP26, Alok Sharma, ce blocage sera enfin résolu, permettant d'engager une coopération internationale profitable à tous...

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Commentaires 7
à écrit le 05/11/2021 à 8:33
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d'ici 2030 la chine "roulera" à l'Energie nucléaire nouvelle génération , exempte fusion , c'est le propre du développement humain normal . Donc elle n'a aucune raison de priver sa population de l'amélioration de son bien être actuel pour un réchau...

à écrit le 04/11/2021 à 22:04
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Avec, ou sans les pays développés, ça ne changera rien au problème. Le futur sera chaud, très chaud.

à écrit le 04/11/2021 à 19:12
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Bref! C'est par l'exemple que l'on peut convaincre et non par la contrainte déguisée!

à écrit le 04/11/2021 à 18:54
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Bah déjà la Chine avec la moitié de la consommation mondiale devrait en effet pouvoir faire quelque chose c'est sûr mais visiblement pas maintenant.

à écrit le 04/11/2021 à 18:38
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Je ne vois pas comment on peut être surpris alors que tout le monde cherche à augmenter son PIB et donc ses émissions globales de gaz à effet de serre.

à écrit le 04/11/2021 à 16:33
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En plus de ne pas réduire sa consommation de charbon, Pékin exporte un maximum de centrales à charbon. Ca permet de ramener du cash dans sa misérable économie, mais aussi de peser un peu plus géopolitiquement sur des nations faibles. Des centrales ...

à écrit le 04/11/2021 à 16:23
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"Sans l’aide des pays développés" : Mais vous croyez vraiment, qu'en donnant de l'argent aux pays en voie de développement, on va les empêcher d'utiliser du charbon ? Mais c'est stupide, comme raisonnement

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