La startup anti-gaspillage Karma à l'assaut du marché français

Photo d'illustration
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Se hisser au rang de "licorne [startup valorisée à plus d'un milliard de dollars, NDLR] à impact positif". Telle est l'ambition de Karma, plateforme lancée en mars à Paris qui, comme les célèbres Too Good To Go et Phénix, permet d'acheter à prix réduit les invendus de restaurants et de supermarchés.
Fondée en 2016 à Stockholm par quatre entrepreneurs suédois, elle est déjà présente dans plusieurs dizaines de villes en Suède, et depuis un an aussi à Londres. Forte de presque un million d'utilisateurs et de deux millions de repas déjà sauvés - dont un million pendant la seule dernière année -, elle ne semble pas craindre la concurrence d'acteurs plus anciens et déjà connus sur le marché français.
Ils peuvent même sélectionner l'offre d'invendus selon leurs préférences: un avantage non négligeable notamment pour les personnes avec des restrictions alimentaires, note-t-il.
Mais, au-delà du confort assuré à l'utilisateur, "priorité" pour la startup, cette configuration a également un impact important sur la réduction du gaspillage, relève Karma. Les données fournies par les commerçants partenaires concernant la nature précise de leurs invendus sont en effet conservées par la plateforme, qui les met à leur disposition lorsqu'ils souhaitent s'en servir afin d'améliorer leur gestion des stocks.
L'entreprise travaille d'ailleurs sur le développement d'un algorithme propriétaire qui doit lui permettre d'aider ses partenaires à anticiper les risques de gaspillage, en connectant les données dont elle dispose déjà avec d'autres susceptibles d'influencer le comportement des consommateurs, telles que le calendrier, la météo, etc.
C'est d'ailleurs sur la base de cette valeur ajoutée que sera calculée - en pourcentage - la rémunération d'un tel nouveau service.
Pour l'instant, l'entreprise, qui compte plus de 70 salariés, se rémunère grâce à une commission de 25% sur le prix de vente des repas. Ce prix - "de cinq euros en moyenne à Paris", selon Alexis Cohen, directeur général France de Karma - est fixé par les commerçants eux-mêmes, mais ne peut pas dépasser la moitié du prix de vente normal. L'objectif est, d'une part, d'encourager les clients à acheter des invendus:
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De l'autre, cela garantit que les aliments mis en vente sur la plateforme soient bien des invendus. Le risque, en effet, serait que l'application soit utilisée comme un canal de distribution de produits bradés, plutôt qu'un moyen d'écouler de réels invendus.
L'obéissance à cette règle de la part des commerçants est souvent assurée par les consommateurs eux-mêmes, qui font remonter les éventuels écarts. Elle n'a pourtant pas empêché la plateforme de séduire quelque 6.000 partenaires depuis 2016 -dont 1000 en France-, attirés non seulement par la possibilité de monétiser leurs invendus, mais aussi par l'opportunité de faire découvrir leur offre à de nouveaux clients potentiels.
Lorsque les restaurants ou magasins utilisent déjà d'autres plateformes, Karma leur laisse d'ailleurs la possibilité d'utiliser plusieurs applis en même temps.
n 2012, dans l'UE, les déchets alimentaires représentaient 20% des aliments produits en Europe, pour un coût global de 143 milliards d'euros, dont plus de 28 milliards dus au gaspillage d'aliments sains
. La FAO estime pour sa part que 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année à travers le monde.
Hjalmar Ståhlberg Nordegren
, pour qui 5 ou 6 restaurants dans une même ville suffisent pour garantir une "bonne expérience" aux utilisateurs.L'entreprise souhaite également remonter la chaîne du gaspillage, jusqu'à la production des aliments. Afin de permettre aussi aux agriculteurs de proposer leurs invendus sur l'appli, elle a déployé en Suède une cinquantaine de frigos digitalisés, situés dans des lieux publics ou privés au centre des villes. Deux sont actuellement testés aussi à Londres, et un devrait bientôt arriver à Paris.
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Soutenue aujourd'hui par une quinzaine d'investisseurs, "Karma investit donc tous ses bénéfices dans son développement, ce qui fait qu'elle n'est aujourd'hui pas rentable bien que son modèle économique soit équilibré", affirme Hjalmar Ståhlberg Nordegren. L'entreprise, qui a déjà réalisé une levée de fonds à l'été 2018, envisage toutefois un nouveau tour de table en 2020:
