Veolia propose de céder au fonds Meridiam l'ensemble des activités françaises de Suez, dans l'eau comme dans les déchets, tout en gardant la totalité de l'international. Une proposition qui ne constitue pas une « avancée sérieuse » selon les syndicats et la direction de Suez.[Article mis à jour à 14:35]
C'est l'énième coup de poker dans la bataille qui, depuis l'automne, oppose Veolia et Suez, dégainé ce matin par Antoine Frérot. Le PDG de Veolia, qui depuis dimanche soir avait promis une annonce permettant de "sortir par le haut" du conflit déclenché entre les deux leaders français de l'eau et des déchets par son projet de rapprochement, a enfin montré sa carte surprise. Veolia propose à Suez le maintien de l'ensemble de ses activités en France au sein d'un même groupe, qui serait repris par le fonds Meridiam.
Ce dernier, qui avait déjà accepté dès le mois d'août de reprendre Suez Eau France, ajouterait donc à son acquisition les activités de Suez dans les déchets, que Veolia, dans son projet initial, comptait acquérir, mais dont une bonne moitié aurait dû être cédée à des tiers pour respecter les exigences antitrust de la fusion. Le périmètre ainsi repris par Meridiam correspondrait donc à à des effectifs de plus de 25.000 salariés, ainsi qu'à un chiffre d'affaires de 5 milliards d'euros: presqu'un tiers du chiffre d'affaires total du groupe, de 17 milliards en 2020, souligne Antoine Frérot.
Une proposition qui s'adresse aux salariés et aux collectivités locales
Selon Veolia, cette solution doit permettre de répondre à l'inquiétude des salariés et de la direction de Suez, selon lesquels le projet de rapprochement initial aurait menacé entre 3.000 et 4.000 emplois directs en France. "L'intégralité de l'emploi et des acquis sociaux est plus que jamais garantie, et ce pour au moins quatre ans à compter de la reprise", assure d'ailleurs Veolia. Sa proposition s'adresse également aux collectivités locales, inquiètes qu'un affaiblissement de Suez dans l'Hexagone ait des conséquences négatives sur le maintien d'une saine concurrence dans les services publics de l'eau et des déchets, ainsi que sur la qualité des activités à l'interface entre les deux métiers.
Veolia refuse toutefois pour le moment de relever le "bon prix" proposé aux actionnaires de Suez -et déjà payé à Engie pour l'acquisition le 5 octobre de 29,9% du capital de Suez-, de 18 euros par action: il a d'ailleurs été considéré comme suffisant par Suez lui- même dans le cadre de sa tentative d'élaborer une "solution alternative" avec les fonds Ardian et GIP, rappelle Antoine Frérot. Et il exige que Suez renonce aux cessions d'actifs qu'il considère comme "stratégiques": notamment ses activités dans les déchets en Australie et Royaume-Uni, qui selon la presse feraient l'objet de négociations. Veolia, qui considère de telles cessions comme contraires à son projet industriel, ainsi qu'à l'intérêt social, à la raison d'être et au plan stratégique de Suez, a d'ailleurs déjà menacé de s'y opposer "par tout moyen", y compris en poursuivant en justice les administrateurs de Suez qui les approuveraient.