Fier des premiers résultats de son plan stratégique, Suez rejette l'offre de Veolia

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Les arguments déployés par Suez pour refuser l'offre de Veolia s'adressent notamment à ses actionnaires,  qui devront se prononcer sur la fusion lors de l'assemblée générale ordinaire de Suez en mai.
Les arguments déployés par Suez pour refuser l'offre de Veolia s'adressent notamment à ses actionnaires, qui devront se prononcer sur la fusion lors de l'assemblée générale ordinaire de Suez en mai. (Crédits : Charles Platiau)
Le groupe, qui publie aussi ses résultats sur 2020, estime que la fusion met en danger son intérêt social, et que la poursuite de son propre plan stratégique créerait davantage de valeur.

Article mis à jour à 11h54

Suez dit non à Veolia. "Après s'être réuni à plusieurs reprises au cours des mois de janvier et février pour étudier les caractéristiques du projet d'offre" de son concurrent, qui après avoir acheté 29,9% de son capital à Engie veut acquérir le reste, le Conseil d'administration de Suez "a décidé à l'unanimité, lors de sa réunion du 24 février 2021, que les conditions n'étaient pas réunies pour accueillir favorablement un tel projet".

"(...) le projet industriel et l'offre à 18 euros de Veolia ne sont pas acceptables", déclare Suez dans un communiqué.

Le groupe, qui, ce même jour, publie ses résultats pour l'année 2020, estime en effet que "l'intérêt social de Suez n'est pas préservé dans une opération qui implique son démantèlement", alors que la poursuite du plan stratégique de Suez à l'horizon 2030 permettrait de créer davantage de valeur.

"La course à la taille n'apporte pas de bénéfice déterminant dans les métiers des services essentiels. Elle ne conforte ni le développement technologique, ni la qualité de service, ni l'agilité qui sont aujourd'hui les points forts du groupe Suez (...)", explique le communiqué.

La promesse d'"un retour à la croissance organique"

Les arguments déployés par Suez pour refuser l'offre de Veolia s'adressent notamment à ses actionnaires, auxquels Veolia, dans son projet d'OPA déposé auprès de l'AMF le 8 février, a proposé 18 euros par action, - le même prix payé à Engie en octobre -, et qui devront se prononcer sur la fusion lors de l'assemblée générale ordinaire de Suez en mai.

"La valeur intrinsèque de Suez reste bien supérieure au prix proposé comme le démontrent les résultats 2020 du groupe Suez publiés ce jour et la trajectoire financière améliorée annoncée pour 2021: la croissance du chiffre d'affaires, l'amélioration de la profitabilité et de la trésorerie permettront d'augmenter les dividendes et de procéder à des distributions exceptionnelles", assure le communiqué.

En 2020, le chiffre d'affaires de Suez, affecté par la crise sanitaire, a pourtant baissé de 2,6% en variation organique, en s'établissant à 17,2 milliards d'euros. La décroissance organique de l'EBITDA et de l'EBIT du groupe ont respectivement atteint 9,9% et 40,8%, pénalisés par des coûts et provisions liés à la pandémie. Le groupe souligne néanmoins que "les missions de services publics essentiels et vitaux ont été remplies dans tous les territoires", et que "le second semestre a marqué le retour progressif vers des niveaux d'activité proches des niveaux historiques, dans un environnement demeurant volatile". La dette nette a été réduite de 4%, "grâce à l'amélioration structurelle de la génération de trésorerie".

En 2021, Suez compte d'ailleurs améliorer ses objectifs, en dépassant 16 milliards d'euros de chiffre d'affaires "avec un retour à la croissance organique", et en portant son EBIT à plus de 1,4 milliard d'euros. Lors de sa prochaine assemblée générale, le groupe compte en outre proposer de verser un dividende ordinaire de 0,65 euro par action, et "confirme l'intention de procéder à une distribution exceptionnelle d'1 milliard d'euros, comme annoncé en septembre 2020".

Un plan stratégique déjà en oeuvre

"Les progrès dans la mise en œuvre du plan stratégique SUEZ 2030 (présenté à l'automne 2019, ndlr) mettent en lumière le potentiel de repositionnement dans les zones de croissance les plus prometteuses de cette décennie", promet encore Suez à ses actionnaires.

"En 2020, malgré un contexte sanitaire inédit d'envergure mondiale (...) Suez a non seulement déployé son plan stratégique "Suez 2030" mais a aussi accéléré sa mise en œuvre en priorisant quatre axes: l'accompagnement industriel, le développement à l'international, l'innovation et la sélectivité", insiste en effet le groupe, en soulignant que plusieurs contrats, "de plus en plus technologiques", ont été signés, en France comme à l'international. Il liste également les cessions réalisées en 2020, ainsi que les acquisitions stratégiques entamées en 2021, en exécution du plan de rotation d'actifs prévus dans sa stratégie.

Selon Suez, en outre, d'autres observations devraient peser dans l'évaluation par les actionnaires de l'offre de Veolia. Ainsi, non seulement, depuis le prix payé par Veolia à Engie, "le CAC 40 s'est apprécié de près de 20%".

Aussi, "Engie a pu céder ses titres Suez au prix de 18 euros par action le 6 octobre 2020 alors que (i) les actionnaires minoritaires de Suez ne bénéficieraient, le cas échéant, d'un tel prix qu'en mai 2022 au plus tôt et (ii) l'offre de Veolia reste soumise à un risque d'exécution significatif lié à l'obtention des autorisations réglementaires", note le communiqué.

"Le prix proposé par Veolia ignore la valeur des synergies de 500millions d'euros que Veolia même prévoit, et qui devrait être partagée entre les actionnaires des deux entreprises", a ajouté le directeur général adjoint en charge des finances de Suez, Julian Waldron, lors d'une conférence de presse.

Ouverture à une "solution négociée"

"Le prix proposé de 18 euros par action (coupon attaché) caractérise un traitement inéquitable des actionnaires minoritaires de SUEZ par rapport à Engie", conclut Suez, avant d"ajouter:

"À cet égard et au regard de l'amélioration des perspectives liées à la mise en œuvre du plan stratégique Suez 2030, les cours de référence ainsi que les autres éléments de valorisation retenus par Veolia dans son projet de note d'information sont dépassés et incorrects".

La prime proposée par Veolia serait ainsi de "seulement 13,1% par rapport au cours au 21 février 2020 (pré-covid)".

A 9h55 vendredi, le cours de l'action de Suez s'établissait à 17,280 (+0,70%).

Quant aux autres parties prenantes, le Conseil d'administration répète ses doutes sur les engagements sociaux pris par Veolia vis-à-vis des salariés de Suez, ainsi que ses craintes sur les risques d'exécution de la fusion liés aux exigences du maintien de la concurrence. Il réitère également ses critiques sur la compatibilité de l'OPA de Veolia avec les principes et les règles de droit boursier.

Suez prendra également "toute mesure utile pour s'assurer que Veolia n'impose pas ses propres intérêts lors de l'assemblée générale des actionnaires", affirme le communiqué. Il s'agit d'assurer le respect des règles encadrant le droit de vote d'un concurrent dans une telle "situation inédite", afin d'éviter toute "prise de contrôle rampant" aux détriments des autres actionnaires, a précisé le directeur général de Suez, Bertrand Camus. Ces derniers demandent à Suez d'assurer leur capacité à décider de l'avenir du groupe, affirme Julian Waldron.

Suez répète néanmoins "son souhait de parvenir à une solution négociée et agréée" avec Veolia. Or jeudi, le PDG de Veolia, Antoine Frérot, a redit son envie d'être écouté par le Conseil d'administration de Suez, mais seulement sur son projet, sur lequel, estime-t-il, il serait "le meilleur médiateur". Suez le recevra-t-il alors malgré le refus formel de son offre?

"Le Conseil d'administration de Suez a examiné en profondeur l'offre de Veolia, nous la connaissons. Mais si Antoine Frérot a de nouvelles propositions alignées avec nos attentes, il a mon numéro de téléphone, et le Conseil d'administration l'écoutera", a répliqué vendredi le président de Suez, Philippe Varin, devant les journalistes.

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Commentaires
a écrit le 27/02/2021 à 16:09 :
La clients de Véolia ont des plus grands doutes sur la sincérité des bilans présentés par Véolia, par ailleurs très remarqué sur ses mauvaises pratiques commerciales ;

Les dirigeants de Véolia sont dans une impasse pour masquer leurs turpitudes de gestion.
a écrit le 27/02/2021 à 8:08 :
Déjà que l'on se fait racketter sur le prix de l'eau par ces compagnies, s'il n'en reste qu'une, bonjour les tarifs...!!!
a écrit le 26/02/2021 à 20:03 :
Tout dépend des prochaines élections présidentielles et de leur situation monopolistique!
L'air, l'eau, les semences, le vivant ainsi que les brevets ont vocation a appartenir a tous!
a écrit le 26/02/2021 à 13:08 :
C'est tout de même une bonne chose que Suez reste indépendant, et pour son personnel aussi, devant la faible rentabilité face à la dépense il est forcément nécessaire de licencier beaucoup de monde pour aiguiser la finance.
a écrit le 26/02/2021 à 12:48 :
Il faut bien lire et relire le communiqué de SUEZ ; ils ne refusent pas d'etre achetés par VEOLIA et demandent en fait d'etre acheté plus cher que les actuels 18 euros proposés .
a écrit le 26/02/2021 à 11:31 :
On les comprend bien, mais ils ne se grandissent pas avec les trucs tordus du genre mettre l'eau France dans une fondation hollandaise, ou demander à un juge des référés d'empêcher le dépôt d'une offre à l'AMF.
Une posture de baron propriétaire, alors que le propriétaire, c'est l'actionnaire.
Qui vendra à Veolia, si le prix est bon, ou pas.
Réponse de le 27/02/2021 à 11:30 :
Ouais !! On a vu ce que ça a donné la maximisation du profit de l'actionnaire ds la vente d'Alstom turbines à GE. Avec la promesse de créer 1000 postes en France qui s'est traduite par la suppression de ce même nbre ds l'usine de Belfort (à l'époque parfaitement viable et rentable sous la bannière Alstom) au profit du site de Greenville en Caroline du N et le transfert des savoirs faire uniques ds les turbines à gaz ou pour l'industrie nucléaire.
Concernant Suez, c'est le même topo, sauf la souveraineté qui reste, pour le moment, nationale. Suez est rentable en l'état avec un plan stratégique en avance sur son concurrent en particulier ds le traitement des déchets liquides ou solides et le recyclage. Nul doute que cette émulation concurrentielle serait détruite pour satisfaire à une stratégie erronée de maximisation du profit de l'actionnaire que vous appelez de vos vœux.
a écrit le 26/02/2021 à 11:10 :
"Chiffre d'affaires 27 189 millions d'euros en 2019
Résultat net 625 millions d'euros en 2019"

SUez a raison, il y a des chiffres qui se passent de commentaire concernant l'efficacité des dirigeants d'une entreprise. Heureusement que c'est pas un petit commerce local sinon avec de tels résultats il ne tiendrait pas, déplacer autant de pognon pour si peu étant aberrant.

Le néolibéralisme aura inventé et multiplié les usines à gaz privées. Alors certes ya pire, ya BAYER par exemple, mais bon ya toujours pire tout comme il y a aussi toujours mieux.
a écrit le 26/02/2021 à 11:09 :
Suez avec un élu local souhaite que l'est du Var devienne la poubelle de gravats des Alpes Maritimes, des Bouches du Rhône et du Var en sachant que le Var est le département qui produit le moins de gravats. Il est évident qu'une certaine petite politique locale et départementale voit cette pollution comme l'avenir!!!!!! du Var. L'est du Var est à l'abandon autant du Conseil général que de la Région qui se préoccupent pas du tout de la pollution engendrée par ce projet et bien d'autres projets comme la construction d'un lycée. Alors pour Suez ou Veolia le citoyen n'est pas une poubelle et cela avec l'aide de certains élus minoritaires peu scrupuleux de maintenir cette région la plus naturelle possible pour son lac et sa forêt. Ce projet sera lui aussi une future zac avec des citoyens qui demandent une industrie respectueuse de la nature et non une industrie!!!! poubelle.

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