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Danone, un bon samaritain de la finance verte

Dominique Pialot

Publié le 04 juillet 2012 à 16:50 - Mis à jour le 04 juillet 2012 à 16:55

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Photo d'illustration de l'article
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Un an après sa création, le fonds d'investissement Livelihoods lancé par Danone finance des projets qui contribuent à renforcer la sécurité alimentaire des communautés locales dans les pays émergents. Des projets à fort contenu écologique qui devraient "rapporter" à ses partenaires 6 millions de tonnes de CO2 en 20 ans.

Le marché européen d'échange des quotas de carbone (ETS) n'est pas au mieux de sa forme : le cours plafonne à 8 euros la tonne alors qu'il faudrait qu'il atteigne un minimum de 25, voire 50 euros, pour justifier des investissements des entreprises pour basculer vers une économie plus sobre en CO2. Mais cela n'empêche pas quelques initiatives volontaires de se monter sur les bases de la finance carbone. Danone, qui a lancé voici un an le fonds Livelihoods avec la CDC Climat, le Crédit Agricole et Schneider Electric, fait le point à l'occasion de son premier anniversaire.
« L'objectif était de connecter les entreprises émettrices et les pays émetteurs à la paysannerie des pays émergents dépendante de ses écosystèmes pour subvenir à ses besoins », rappelle Bernard Giraud, ancien directeur du développement durable et de la responsabilité sociale du groupe Danone, à l'origine du projet. Celui-ci repose sur le principe de la monétisation du CO2, qui permet à une entreprise d'acquérir des crédits en finançant des projets contribuant à diminuer les émissions. Danone a initié seul ce projet dès 2008 dans le cadre de sa démarche de réduction de ses émissions de CO2, symbolisée par son objectif de neutralité carbone pour la marque Evian dès 2011. C'est pour aller plus loin que le fonds d'investissement Livelihoods a vu le jour il y a un an.

Un fonds d'investissement, pas une fondation

Les entreprises partenaires (qui regroupent aujourd'hui également Hermès et La Poste) investissent via une Sicav créée spécialement à cet effet. « A l'inverse d'une fondation, dans Livelihoods les entreprises prennent un vrai risque », souligne Bernard Giraud. En effet, elles achètent des crédits carbone qui n'existent pas encore.

Les fonds servent à financer des projets dans des pays en développement, qui non seulement concourent à abaisser les émissions de carbone, mais apportent d'autres bénéfices aux communautés locales, notamment en les aidant à améliorer leur sécurité alimentaire. C'est par exemple la plantation de mangroves au Sénégal ou dans le delta du Gange, la reforestation de plusieurs domaines de Sumatra ou encore l'équipement en fours de cuisine évitant à la fois l'abattage d'arbres et l'émission de fumées toxiques. La mangrove absorbe du CO2 pendant sa croissance, mais sert également de « ferme » à poissons, produit des fruits, du miel, etc. Elle contribue aussi à l'écotourisme et assure un rôle de filtration de l'eau et de protection contre les inondations.

Un coût de revient très inférieur au cours du marché

Livelihoods finance aujourd'hui six projets, dont un déjà enregistré auprès de l'organisme qui, au sein des Nations Unies, l'approuve et calcule la quantité de crédits générés. Cette quantité doit être vérifiée au moment où l'un des investisseurs souhaite récupérer sa mise, proportionnelle à son investissement. Pour un investissement total de 25 millions d'euros (dont 8 apportés par Danone), 6 millions de "tonnes de crédits" sont attendues sur les 20 prochaines années.

A 4,20 euros la tonne, le coût de revient d'une tonne est donc inférieur au cours où elle s'échange aujourd'hui sur le marché européen (pourtant tombé à 8,3 euros), sur lequel opèrent les acteurs économiques soumis au principe des quotas par le protocole de Kyoto (énergie, papier, ciment, acier...) et plus encore à celui du marché volontaire (de 8 à 12 euros), où opèrent des entreprises non concernées par cette réglementation, mais qui ont choisi de prendre des initiatives volontaires pour réduire les émissions de CO2.

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D'ailleurs, en général, ces acteurs ne s'intéressent pas qu'au carbone. « C'est pourquoi les crédits à haute valeur environnementale et sociale de Livelihoods les séduisent », assure Bernard Giraud. Il est donc peu probable qu'ils cèdent à la tentation de les revendre au prix du marché. Dans le cas où le prix sur ce marché volontaire augmenterait beaucoup, un mécanisme permettra de restituer plus d'argent aux communautés.

Assurer sa propre neutralité carbone...ou celle de ses clients

La plupart des entreprises qui ont rejoint l'initiative l'ont fait dans le cadre d'une démarche similaire devenue un axe fort de leur communication auprès de leurs clients. C'est le cas de La Poste, qui a annoncé il y a quelques semaines son projet de neutraliser les opérations (réelles ou virtuelles) de ses clients courrier. « Les dimensions sociale et sociétale des projets créent une forte adhésion en interne, témoigne aussi Salvator Erba », directeur de marché "Secteur public et caritatif". Les postiers pourront peut-être bientôt y participer sur le terrain. Le transfert de compétences fait en effet partie intégrante de l'échange entre l'entreprise et les communautés.

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Schneider Electric, qui compte plutôt des entreprises que des particuliers parmi ses clients, a un projet un peu différent. « Notre métier, c'est d'aider nos clients - grâce aux produits vendus, ndlr - à diminuer leurs émissions, et de les accompagner vers la neutralité pour la partie incompressible », détaille le directeur du développement durable, Gilles Vermot-Desroches. Les crédits acquis via Livelihoods pourraient donc être vendus à ces clients, le jour venu. Sans doute à un prix situé à mi-chemin entre le coût de production et celui du marché... A terme, Bernard Giraud imagine une dizaine de partenaires, et vise un montant global d'investissements de 30 millions d'euros.

Dominique Pialot

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