Le Comptoir des cybermonnaies a ouvert à Bordeaux

Mikaël Lozano

Mikaël Lozano
B.L et F.M se frottent à l'univers des cryptomonnaies depuis quelques années maintenant. Le duo, amis par ailleurs, a commencé par faire ses propres recherches sur le sujet et ses propres expériences, avant de conseiller ses amis... et de vouloir passer à l'étape supérieure en ouvrant une boutique physique destinée à démystifier cet univers et à guider ceux qui s'y aventurent. Le premier cofondateur est issu de l'univers du web et s'est intéressé à Bitcoin, étendard des cryptomonnaies, dès 2013. Il a entraîné dans cette passion naissante F.M, qui a quant à lui passé 14 ans au sein d'acteurs bancaires, notamment sur les aspects réglementaires, les dispositifs de sécurité en salle de marché... "Il m'a inoculé le virus", sourit F.M. Tous deux, comme nombre de passionnés des cryptos, assument pourtant un vocabulaire plus religieux que biologique au moment d'aborder le sujet. Et se positionnent volontiers comme des évangélisateurs.
Dès qu'on touche du doigt le monde des cryptomonnaies, il devient difficile de désentrelacer la technique de la philosophie générale. Les promoteurs de l'écosystème parlent ainsi des ferments d'un monde plus décentralisé où les tiers de confiance disparaîtraient au profit de transactions de pair à pair, sans risques pour qui que ce soit. Pour mémoire, ces actifs numériques sont sécurisés par des techniques de cryptographie permettant des échanges et paiements entre utilisateurs, de pair à pair et donc sans intermédiaire. Le G20 dénie aux cryptomonnaies le rôle de monnaies à part entière. Bitcoin est la première inventée et la plus célèbre, mais il en existe beaucoup d'autres. La Banque de France donne la définition suivante aux cryptomonnaies : "Tout instrument contenant sous forme numérique des unités de valeur non monétaire pouvant être conservées ou être transférées dans le but d'acquérir un bien ou un service, mais ne représentant pas de créance sur l'émetteur". La blockchain, elle, est un type de technologie de registres distribués sur lequel s'appuient les cryptomonnaies pour fonctionner. Cette imbrication de registres virtuels est censée être infalsifiable. Enfin, les token sont des actifs numériques au cœur du système (lire la définition ici), "jetons" numériques dont la valeur repose sur l'usage et pouvant représenter un droit, un moyen de paiement... Le bitcoin est donc un token, le premier de l'histoire, dédié au paiement sur le web.
B.L et F.M reconnaissent volontiers que "Bitcoin est au final un ovni technique et économique" et évoquent rien de moins qu'une explosion cambrienne le concernant, du nom de cette phase de l'Histoire qui a donné d'innombrables ramifications dans le genre animal :
Impossible toutefois d'éviter les critiques systématiquement associées à l'univers cryptomonnaies. Bitcoin en particulier a montré son extrême volatilité, victime de massifs mouvements de spéculation. Plusieurs plateformes ont été débusquées comme théâtre d'arnaques en série, où les utilisateurs n'ont jamais vu les bitcoins achetés. Il y a quelques jours encore, le décès brutal du fondateur d'une plateforme a bloqué les 150 millions de dollars de milliers d'utilisateurs, après avoir emporté les mots de passe de leurs portefeuilles électroniques dans sa tombe.
Les deux dirigeants n'éludent pas ces écueils. Au contraire, ils en font même une des pierres angulaires de leur discours :
Volatilité extrême, arnaques : pourquoi alors investir dans du Bitcoin ? "Si on s'y met pour financer les études du petit dernier dans un ou deux ans, ce n'est pas adapté, évalue B.L. Il faut viser le long terme... et ne pas se mentir à soi-même. La première chose que l'on dit aux personnes qui passent la porte, c'est : le Bitcoin ce n'est pas forcément lucratif, c'est très chronophage et il ne faut surtout pas investir plus que ce que l'on peut se permettre de perdre. Ce dernier point est extrêmement important. C'est un actif hyper risqué, le régulateur le dit et on le dit aussi. Le Bitcoin reste un objet expérimental. Il faut y aller prudemment et fractionner ses achats." Mais les deux fondateurs insistent sur deux points en particulier :
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Le Comptoir n'est pas le premier à mettre un pied dans le monde physique : la Maison du Bitcoin à Paris, puis "d'autres structures à Lyon, Versailles et Caen", ont vu le jour. Le Comptoir des cybermonnaies aborde quant à lui plusieurs aspects :
Jusqu'à présent, le plus gros challenge pour l'entreprise a été... de réussir à ouvrir un compte bancaire. "Les acteurs de l'écosystème sont très ouverts et dans une logique de partage d'informations. Le seul secret que chacun garde, c'est l'identité de son partenaire bancaire. On a été confronté au problème. Une première banque nous a permis d'ouvrir notre compte professionnel avant de faire volte-face au bout de quelques jours et de le clore. Il nous a fallu nous tourner vers un autre acteur européen possédant une succursale en France. Et l'on parle juste d'ouvrir un compte, on ne demandait pas le moindre crédit ! Tous les fonds de départ ont été pris sur nos économies personnelles", relève B.L. "Nous sommes assujettis au Code monétaire et financier, ajoute F.M. L'Autorité des marchés financiers a été désignée pour réguler ce secteur d'activité mais ne délivre pas encore d'agréments. Nous sommes les 2es à l'avoir rencontrée, après Coinhouse."
Le duo est bien conscient que l'image sulfureuse du domaine a tendance à jouer en sa défaveur.
La boutique a pour l'heure accueilli "tous types de profils, de 20 à 65 ans : un habitué qui préférait passer par une boutique physique pour changer une somme importante en bitcoins, des néophytes qui s'étaient renseignés mais ne savaient pas comment passer à la pratique, et même quelqu'un qui en avait ras-le-bol du système bancaire." Le Comptoir des cybermonnaies dit avoir instauré des garde-fous pour éviter le blanchiment d'argent ou le financement du terrorisme, souvent accolés aux cybermonnaies. Ses fondateurs refusent ainsi le cash et les chèques ainsi que les cryptomonnaies anonymes, ils évoquent également un outil de suivi client qui alerte en cas de mouvements suspects, et une demande systématique de justificatifs sur l'origine des fonds dès que ces derniers sont importants. Un second outil leur permet aussi de tracer l'origine des Bitcoins et leur passif.
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Pour en savoir plus : lire ici le rapport "L'âge du web décentralisé", dédié à la blockchain et aux cryptoactifs
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