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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Le Bitcoin a 10 ans : après la correction, le rebond ?

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 03 janvier 2019 à 06:45 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:02

Bitcoin crypto

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JM

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11 juillet 2026

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La crypto-monnaie, née le 3 janvier 2009, a perdu plus de 72% de sa valeur l’an dernier après avoir atteint un sommet historique en décembre 2017. Depuis sa création, le Bitcoin a déjà connu plusieurs phases de forte correction. Ses perspectives ne sont peut-être pas aussi sombres que ce bilan laisse paraître : des acteurs institutionnels de premier plan, dont l'opérateur de la Bourse de New York, se préparent à investir cette nouvelle classe d’actifs.

Faut-il lui souhaiter un joyeux anniversaire, un prompt rétablissement ou une renaissance telle celle d'un phénix ? Le Bitcoin fête ce jeudi ses 10 ans sur un tas de cendres. Il serait déjà moribond, au vu de la chute vertigineuse des cours (-72% en 2018), bientôt mort et enterré, selon ses détracteurs, à l'image de l'économiste Nouriel Roubini, crypto-sceptique en chef. Mais la monnaie cryptographique n'en est pas à ses premières montagnes russes depuis sa création. C'est le 3 janvier 2009 que furent émises les toutes premières unités du Bitcoin, un « système de paiement électronique pair-à-pair » comme le décrivit son créateur, un certain Satoshi Nakamoto (sans doute un pseudonyme, peut-être celui d'un collectif).

Ce premier bloc appelé « Bloc Genesis » contenait 50 bitcoins et le titre d'un article du Times, révélateur de la défiance du fondateur à l'égard des institutions, en pleine crise financière : "The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks" (« le ministre britannique des finances sur le point de lancer un deuxième plan de sauvetage des banques »). La première transaction n'eut lieu que neuf jours plus tard et la monnaie électronique resta longtemps confidentielle.

« Nul n'a acheté de Bitcoin en 2009 et rarissimes sont ceux qui le firent en 2010 »relèventJacques Favier, Benoît Huguet et Adli Takkal Batailledans leur ouvrage « Bitcoin métamorphoses », paru en octobre dernier.

La première plateforme d'échange, feu Bitcoinmarket.com, commença à opérer en 2010. L'intérêt pour le Bitcoin décolla à partir du printemps 2011, lorsque ce dernier atteignit la parité avec le dollar. La suite de l'histoire n'est qu'une succession d'emballements, jusqu'au record historique de 19.783 dollars inscrit le 17 décembre 2017, et de glissades brutales.

A 10 ans, le Bitcoin reste incontestablement la première crypto-monnaie avec une capitalisation de 67 milliards de dollars, soit 51% du total de tous les crypto-actifs (il en existe plus de 1.700), très loin devant Ethereum et Ripple (XRP) à 15,6 et 14,7 milliards respectivement. Mais le Bitcoin a perdu près des trois quarts de sa valeur en 2018, retombant à 3.788 dollars, ses niveaux de septembre 2017, et sa capitalisation a fondu de 160 milliards de dollars. Une chute libre rappelant les gadins de certaines valeurs Internet en 2000 (la régie DoubleClick avait reculé de 91%, l'entreprise de réseau de diffusion de contenu Akamai de 93%).

Une histoire de bulles et de corrections

C'est la plus forte baisse annuelle de la jeune histoire du Bitcoin, depuis le plongeon de 58% effectué en 2014, après, il est vrai, une flambée de 5.507% en 2013 ! Cette dégringolade est survenue là aussi après un essor fulgurant en 2017 : pour mémoire, le Bitcoin a multiplié sa valeur par 14 cette année-là, allant même flirter avec les 20.000 dollars en décembre. L'euphorie a semblé vouloir se poursuivre en janvier 2018, comme à Wall Street, mais le Bitcoin a commencé à dévisser mi-janvier, anticipant le mini-krach boursier de février, avant de s'offrir plusieurs rebonds, en mai, en juillet, puis de s'abîmer sous les 4.000 dollars fin novembre.

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[Evolution du cours et de la capitalisation du Bitcoin en 2018. Crédits : Coinmarketcap]

Si les marchés financiers ont réalisé une piètre année 2018, leur pire performance depuis dix ans (-5,6% pour le Dow Jones et -10,95% pour le CAC 40), les crypto-monnaies ont connu une correction encore plus sévère : depuis le record atteint début janvier 2018 à près de 800 milliards de dollars, la capitalisation de l'ensemble des monnaies cryptographiques a été divisée par six à 132 milliards aujourd'hui. L'Ether a chuté de 82%, le Ripple de 85%.

La volatilité semble être sa marque de fabrique et le Bitcoin a déjà connu plusieurs bulles, suivies de leur explosion retentissante. Entre le printemps et l'été 2011, son cours s'enflamme d'un dollar à 31 dollars, puis retombe à 2 dollars en décembre. En 2013, après un premier accès de fièvre en avril, le Bitcoin se propulse de 150 dollars en octobre à 1.242 dollars le 29 novembre. La décrue sera à la fois brutale et longue, s'étendant sur 411 jours, jusqu'en janvier 2015.

[Evolution du cours du Bitcoin depuis 2013. Crédits : Coindesk]

Pour le financier Aaron Brown, ancien responsable de la recherche chez AQR Capital Management et auteur de « The Poker Face of Wall Street », l'année 2018 n'a donc pas été si catastrophique et « même plutôt bonne en fait » écrit-il dans une tribune publiée sur le site de Bloomberg. En comparant les courbes des pics de 2011, 2013 et 2017, il relève que le dégonflement de la bulle l'an dernier a été moins brutal que sept ans auparavant et que le Bitcoin avait alors rebondi en moins d'un an. De quoi le porter à un relatif optimisme, en mettant aussi en perspective avec l'explosion de la bulle Internet : le Nasdaq a mis 15 ans à retrouver ces niveaux-là.

« Les crypto-monnaies pourraient rester à un bas niveau pendant très longtemps, ou tomber à zéro et y rester pour toujours, mais les rebonds après un krach sont courants » analyse-t-il.

[Evolution comparée du cours du Bitcoin après son pic de 2011, 2013 et 2017. Crédits : Aaron Brown / Bloomberg]

L'inventeur d'Ethereum - la Blockchain la plus prisée des milieux d'affaires pour les expérimentations de "smart contracts" - Vitalik Butherin, avait d'ailleurs mis en garde lui-même en février dernier que « les crypto-monnaies sont encore une classe d'actifs nouvelle et hyper-volatile, et pourraient chuter près de zéro à tout moment. » La communauté « crypto » n'est pas très à l'aise avec les motivations ouvertement spéculatives de certains investisseurs, aux antipodes de son ambition de créer une alternative au système financier actuel et un nouveau Web décentralisé.

L'arrivée des acteurs institutionnels

D'autres parallèles sont d'ailleurs possibles avec Internet. Ainsi, le nombre d'utilisateurs vérifiés dans l'univers crypto a doublé l'an dernier, de 17 à 35 millions, soit « presque exactement le nombre d'utilisateurs d'Internet en 1995 et 1996 » observe Aaron Brown. Il note aussi que le nombre de personnes travaillant dans le secteur a été multiplié par 2,6. Cependant, plusieurs poids lourds sont en train de procéder à des réductions d'effectifs dans ce contexte moins porteur, à l'image du groupe de conseil en Blockchain Consensys (13% sur un total de plus 1.000 employés) et du géant chinois des puces de minage Bitmain (on parle de 700 à 1.000 personnes sur plus de 3.000), de la plateforme d'échange Huobi ou de la startup Steemit.

Une défection a fait sensation, celle de l'ex-banquière de JP Morgan Blythe Masters, à l'origine des Credit Default Swaps (CDS), ces instruments financiers accusés d'avoir précipité la crise de 2008 : elle a démissionné le mois dernier de son poste de directrice générale de Digital Asset, une startup spécialisée dans les technologies de registre distribué appliquées à la finance, qui travaille notamment avec la Bourse d'Australie pour basculer l'ensemble du système de règlement-livraison sur la Blockchain. Des hedge funds spécialisés en crypto ont aussi fermé (plus d'une trentaine selon Crypto Fund Research), mais il s'en est créés plus de 200 en 2018, ce qui ressemble plus à une forme d'assainissement du marché.

L'intérêt pour le Bitcoin ne s'est pas pour autant totalement émoussé. Dans la revue annuelle des tendances de Google, la requête « What is Bitcoin » apparaît à la première place des questions posées sur le mode « qu'est-ce que ... » aux Etats-Unis pour l'année 2018, bien avant le « shutdown » par exempe.

Surtout, 2019 devrait être l'année de l'arrivée de grands institutionnels, dans un contexte réglementaire plus ferme mais plus clair - le gendarme boursier américain, la SEC, a mis à l'amende plusieurs acteurs, notamment un hedge fund et une plateforme, qui opéraient sans autorisation. Déjà, le géant américain Fidelity Investments a annoncé en octobre la création d'une entreprise à part, Fidelity Digital Assets, proposant des services tels que l'exécution d'ordres et la conservation de crypto-actifs, pour sa clientèle d'institutions financières intéressée par cette nouvelle classe d'actifs.

Au cours de l'année 2018, le secteur a attendu en vain le feu vert du gendarme boursier américain, la SEC, au lancement des premiers fonds indiciels crypto (ETF ou « trackers »), ce qui pourrait finalement arriver d'ici au printemps.

L'afflux de capitaux institutionnels pourrait surtout venir avec le géant boursier Intercontinental Exchange (ICE), l'opérateur du New York Stock Exchange (entre autres), qui s'apprête à lancer Bakkt, sa plateforme de trading crypto et ses premiers contrats à terme (des « futures ») sur le Bitcoin, permettant de spéculer, à la hausse ou à la baisse, sur le prix futur du crypto-actif. A la différence de ceux négociés depuis décembre 2017 sur le Chicago Board Options Exchange (Cboe) et le Chicago Mercantile Exchange (CME), les contrats à terme sur le Bitcoin de Bakkt ne seront pas réglés en dollars à leur échéance mais en bitcoin, ils passeront par la plateforme et la chambre de compensation d'ICE et les crypto-actifs seront stockés dans l'« entrepôt d'actifs numériques » de la plateforme, de quoi rassurer les investisseurs encore frileux.

Le feu vert du régulateur, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), prendrait plus de temps que prévu du fait du « shutdown » de l'administration américaine, mais ce serait une affaire de semaines. Bakkt vient d'annoncer sa première levée de fonds, de 182,5 millions de dollars auprès d'ICE, du fonds de Microsoft (M12), du Boston Consulting Group et de fonds d'investissement spécialisés comme Pantera Capital, ce qui montre que l'intérêt des acteurs de la finance pour le secteur ne se dément pas. ICE s'intéresse depuis un moment aux crypto-actifs : il avait investi dès 2015 dans Coinbase, plateforme à la fois d'échange et de stockage, qui a l'ambition de devenir « le Google des crypto » selon son cofondateur et directeur général Brian Armstrong.

On parle aussi depuis des mois de l'ouverture d'un desk de trading crypto chez Goldman Sachs, qui semble hésiter. Une grande banque française réfléchit aussi à se lancer dans les services pour actifs numériques.

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En Europe, le marché a encore du retard. Quelques fonds crypto existent, comme celui de Tobam en France sur le Bitcoin. La première société de gestion d'actifs française 100% crypto, Napoleon AM, va se lancer cette année, à destination des investisseurs professionnels, banques privées et autres « family offices » de grandes fortunes : financée par une levée de fonds en crypto-actifs (ICO) de 10 millions d'euros, elle a obtenu en décembre l'agrément de l'Autorité des marchés financiers (AMF). C'est sans doute davantage par ce biais que par les investisseurs particuliers que pourra rebondir le Bitcoin : il y a quelques semaines, la société KeplerK avait fait grand bruit en annonçant l'arrivée de coupons Bitcoin en vente libre dans certains bureaux de tabac au 1er janvier 2019, s'attirant les foudres de la Banque de France, qui n'a de cesse de rappeler au grand public qu'il s'agit d'un actif très risqué.

Delphine Cuny

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