A Grenoble, la startup Renaissance Fusion finalise actuellement une levée de fonds de plusieurs millions d'euros. Un jalon de plus dans sa quête, à horizon de 10 ans, vers un premier réacteur nucléaire à fusion. Ce financement va lui permettre de mettre au point ses prototypes d'aimants aux formes complexes, destinés à confiner le plasma avec, dans le viseur, différentes applications dans les domaines de l'imagerie médicale ou du stockage d'énergie. La startup devrait d'ailleurs se positionner dans les prochains jours sur l'appel à projets "Réacteurs nucléaires innovants", publié récemment...Le mois dernier, Emmanuel Macron ouvrait une nouvelle page du nucléaire français en annonçant un plan de construction de quatorze nouveaux EPR (dont huit en option). Il s'agit là de réacteurs basés sur la fission nucléaire, mais Renaissance Fusion a tout de même accueilli cette annonce comme une bonne nouvelle.
"Cela signifie que la France renouvelle sa confiance au nucléaire. De plus, cela permet d'alimenter et d'entretenir toute la supply chain du nucléaire. Celle-ci est commune à la fission et à la fusion. C'est donc très intéressant pour nous", commente Diego Cammarano, chief operations officer de la startup grenobloise.
Une autre voie que le Tokamak
Fondée en juillet 2020 à Grenoble par l'Italien Francesco Volpe et l'Allemand Martin Kupp, elle travaille sur la mise au point de réacteurs à fusion nucléaire.
"La différence entre la fission et la fusion est finalement assez simple à comprendre. La fission, grâce à l'utilisation de l'uranium, s'opère en cassant des atomes. La fusion, elle, vient faire entrer en collision et fusionner des noyaux d'hydrogène pour former des atomes d'hélium. La fusion ne fait pas appel à des atomes lourds comme l'uranium. Dans les deux cas, la réaction produit une énergie nucléaire", explique l'expert.
Un principe qui est d'ailleurs déjà présent au coeur de la formation des étoiles de notre système solaire, où le Soleil transforme déjà, à travers différentes étapes, des quantités très importantes d'hydrogène en hélium.
"Aujourd'hui, le parc nucléaire est assis sur la fission. La fusion existe et est exploitée, mais seulement de manière expérimentale. Il n'existe pas encore de centrale commerciale car, pour le moment, ces réacteurs à fusion sont moins performants que les réacteurs à fission". Des recherches ont en effet débuté dès les années 1959 pour tenter de maîtriser cette source d'énergie, mais sans parvenir jusqu'ici à un procédé industrialisable.
Une levée de fonds de "plusieurs millions" en phase de clôture
Mais plusieurs y travaillent : et au regard du travail mené par les startups américaines de la fusion nucléaire, comme Helion Energy ou Commonwealth Fusions Systems (MIT), qui ont annoncé au cours des derniers mois, des levées de fonds de plusieurs centaines de millions de dollars, Renaissance Fusion semble plutôt discrète.
Stéphanie Gallo Triouleyre