CAC 40 : le scepticisme des étrangers a nui à la Bourse

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D'une fin décembre à l'autre, les écarts enregistrés par les indices sont négatifs mais relativement faibles : - 0,49 %, à 1.871,97 pour le CAC 40, - 0,27 %, à 1.283,50 pour le SBF 120, - 1,42 %, à 1.232,86, pour le SBF 250. Ce constat d' « une année pour rien » est démenti par le Midcac, le nouvel indice des valeurs moyennes qui accuse un recul de 17,3 %, à 990,06. Sur les douze secteurs retenus pour le calcul du SBF 250, seulement trois sont en hausse de 8 %, à 15,5 % : l'agroalimentaire, les biens de consommation et la distribution. Les neuf autres sont en baisse, les plus éprouvés (entre - 9 % et - 16,3 %) étant la construction, les biens d'équipement, l'immobilier et l'automobile. Par valeurs, les différences sont importantes. Sur le règlement mensuel, Sodexho gagne 69 %. Cette performance s'explique par le succès d'une alliance avec la firme britannique Gardner Merchant qui s'est traduite pour l'exercice clos de 30 août par une augmentation de 63,3 % du chiffre d'affaires du groupe et de 39 % du bénéfice net. En deuxième position, Sovac (+ 60 %), qui a fait l'objet d'une OPA. Sidel a gagné 54 % grâce à son étiquette justifiée de « valeur de croissance ». Le leader mondial pour les machines à fabriquer des bouteilles en plastique devrait accroître ses ventes de plus de 40 % en 1995, avec une marge de l'ordre de 10 %. Bic, qui a renforcé ses positions en rachetant notamment la totalité de sa filiale américaine, s'est adjugé 48 %. Etablissement de crédit à la consommation, Cetelem a monté de 44 %... Parmi les titres du second marché et du comptant, sont observés des scores encore plus impressionnants : + 240 % sur Mecatherm, + 131 % sur Sodler, + 103,4 % sur Groupe Diffusion Plus, + 91 % sur Norbert Dentressangle, + 90,6 % sur Piper Heidsieck CIP (+ 61,6 % sur l'action), + 74 % sur Infogrammes Entertainment, + 71 % sur Info Réalité. A l'inverse, la liste des fortes baisses est beaucoup plus longue. Signalons au RM, le Comptoir des Entrepreneurs, en chute de 94 %. L'UIC perd 79 %, le Crédit Foncier de France et Eurotunnel 72 %, Via-Banque et Dassault-Electronique 59,7 %... Au second marché et au comptant, Dapta-Mallinjoud abandonne 90 %, l'essentiel du recul s'étant produit dans les dernières semaines après l'annonce de résultats déficitaires pour la première fois depuis la fondation de la société, en 1942. Viennent ensuite : Cnim (- 85 %), Computel (- 80,8 %), Naf Naf (- 77,6 %), International CPU (- 72 %), Fichet-Bauche (- 69,7 %)... Le scepticisme a été la note dominante. Il est même permis de parler de défiance, notamment en ce qui concerne les capitaux étrangers. Les illusions perdues de 1994 ont incité beaucoup d'investisseurs à se tenir à l'écart ou à vendre à la moindre éclaircie. Durant les premières semaines de 1995, le marché est resté déprimé. Le 13 mars, le CAC 40 s'inscrit à un « plus-bas » à 1.721,80. En deux mois et demi, il a abandonné 8,5 %. Une vive reprise se produit alors, portant le même indice à un « plus-haut » de 2.017,27 le 12 mai, soit un gain de 17,2 % en deux mois. Ce sommet ne sera plus atteint. Jusqu'à mi-septembre, le CAC résiste entre 1.980 et 1.850 pour retomber ensuite nettement au-dessous de 1.800 et toucher un nouveau minimum de 1.721,14 le 23 octobre. A partir de là, la tendance va se renverser et la liquidation mensuelle de novembre sera la meilleure de l'année, avec une hausse de 8,3 %. Celle de décembre est légèrement perdante. Pour l'anecdote, Jacques Chirac s'en tire beaucoup mieux que ses prédécesseurs pour le début de son septennat avec un recul insignifiant du principal indicateur de la Bourse, alors que François Mitterrand avait essuyé en 1981 un repli de 17,5 % et Valéry Giscard d'Estaing, en 1974, une baisse de 30,8 % - la plus forte depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale - dans des circonstances, il est vrai, très différentes. La politique intérieure a soufflé le froid et le chaud. Dès janvier, il était évident que le futur gouvernement aurait à réduire les déficits publics et à prendre des mesures contraignantes. Edouard Balladur était le favori des milieux financiers mais, en mars, la montée de Jacques Chirac dans les sondages a fait craindre l'abandon de la rigueur monétaire et a pesé sur le franc. Le marché a vécu au gré des promesses électorales et des perspectives de changement, estimant qu'une légère dévaluation du franc pourrait être bénéfique. L'élection a été saluée par un « coup de chapeau », emballement vite cassé par la présen- tation de toute une série de dispositions qui ont suscité l'inquiétude. La démission, fin août, du ministre de l'Economie, Alain Madelin, a ajouté au malaise, d'autant que la France subissait une vague d'attentats. Plus tard, le remaniement ministériel intervenu en pleine crise sociale et, surtout, l'attitude du pouvoir face aux syndicats ont été assez bien accueillis. Les « affaires » ont continué : destitution du président d'Alcatel Alsthom, mises en cause par la justice des patrons de Bouygues et de Paribas. Sur le plan économique, Paris s'est assez largement désolidarisé des autres places internationales et a finalement peu profité de la détente des taux d'intérêt, à l'exception du marché des obligations qui s'est revalorisé en capital de près de 10 % en moyenne. Le taux des obligations françaises est revenu de 8,40 % aux alentours de 7 %. Par l'impulsion de la Banque de France, le loyer de l'argent au jour le jour sur le marché monétaire est retombé un peu au-dessous de 5 %, niveau peu éloigné de celui de fin 1994, mais après des pointes à près de 8 % en mars et aux environs de 7 % en octobre. Les analystes financiers ont été amenés à revoir périodiquement leurs estimations de résultats des sociétés. Cependant, en dépit de pertes sévères (GAN, Suez, Elf Aquitaine, Eurotunnel, Eurodisney...), l'exercice 1994 a été marqué globalement par un redressement des bénéfices, en diminution depuis quatre ans, et par une distribution record de dividendes en 1995, à plus de 50 milliards de francs. Le premier semestre de 1995 a connu quelques gros déficits (Suez, Alcatel Alsthom, Esso, Crédit Foncier) mais également des reprises importantes (Michelin, Renault, Rhône-Poulenc, Elf Aquitaine). De façon générale, le second semestre s'annonce moins bon. Dans un climat fortement teinté d'incertitudes, les opérations financières ont été limitées en nombre et en importance. A la cote officielle, on dénombre seulement une vingtaine d'augmentations de capital en numéraire, dont cinq au RM : Sodexho, Club Méditerranée, Primagaz, Métrologie International et Olipar - les deux dernières étant des opérations de sauvetage. Axa intervient pour 2,7 milliards de francs mais sous la forme d'obligations convertibles. Les quelques offres publiques d'achats et d'échanges ont été amicales pour la plupart (Banque Colbert, Berger, Spie-Batignolles, Ugine, Groupe de la Cité, Jean Lefebvre, Immobilière Phénix, Sovac...). Des batailles, toutefois, se sont engagées sur les Papeteries du Limousin et Guillard Musique. Pour cause d'enquête de la Commission européenne, l'OPA-OPE de l'américain Crown Cork sur CarnaudMetalbox annoncée en mai 1995 ne sera finalisée qu'en janvier 1996. D'autre part, le hors-cote s'est montré actif aussi bien sur le plan des offres publiques que sur celui des inscriptions nouvelles. Au second marché, une quinzaine d'entreprises ont fait leur introduction. A l'opposé, les petits actionnaires n'ont pas été conviés aux grandes manoeuvres engagées par les groupes Paribas et Suez. Quant aux privatisations, elles ont été réduites à trois entreprises (voir encadré). Luc Demeulenaere

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