à Bâle, « La magie des images » n'opère pas

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Qui y a-t-il de commun entre les « Nymphéas » de Monet et des sculptures de crocodiles cultuels de la rivière Korewori de Nouvelle-Guinée ? Rien ! « Si ce n'est un rapport de beauté entre les ?uvres », dit Oliver Wick, le commissaire de « La magie des images », la nouvelle exposition de la Fondation Beyeler à Bâle.Ne cherchez aucun lien entre les quelque 200 pièces d'art premier et la quarantaine d'?u­vres modernes ici présentées. Il n'existe pas. Oliver Wick dit même qu'il n'en a pas voulu et se délecte des mots « magie », « séduction », « émotion » pour justifier ses partis pris beaucoup plus conceptuels qu'esthétiques. Avec lui, pas question de rapport d'influence entre les arts d'Afrique, d'Océanie et l'Occident. Ses choix de rencontre se sont faits comme ça, au feeling. « À l'évidence, dit-il. Mondrian devait être avec les sculptures malagan  de Nouvelle-Irlande du Nord, un point c'est tout. » Il n'y a pas à revenir là-dessus. Le plaisir guide son regard. Plaisir que, bien sûr, il voudrait nous faire partager.Rarement exposition aura été plus narcissique. Car, dans ce propos quelque peu artificiel, il n'y a, bien sûr, aucune provocation. Ce qui intéresse Wick c'est « la diversité des formes, leur mystère, leur brisure, leur dynamique, le contenu qui les relie. L'art qui se parle ». Mais il arrive plus souvent à cet art de rester muet. Si Picasso et Braque sont à l'aise face aux figures à clous nkisi du Congo, on reste en revanche sceptique devant les toiles de Rothko présentées aux côtés des images en plumes d'Hawaï et des masques venus des îles du détroit de Torres. On peut certes dire que la beauté est là fulgurante dans chaque pièce. Mais qu'est-ce que la beauté sans l'émotion ?une absence d'intimitéD'émotion, justement, on n'en éprouve aucune dans cette ­exposition. Sans doute, par cette absence d'intimité entre les ?uvres, ce côté arbitraire de leur rapport entre elles. Pour tout dire, les pièces modernes de Brancusi, Léger, ­Matisse, Mondrian, Giacometti, Arp et le Douanier-Rousseau sont magnifiques mais elles n'étonnent pas. Celles d'Afrique et d'Océanie, par contre, éblouissent par leur liberté d'expression, leur esthétique inventive, le pouvoir artistique qu'elles recèlent. À commencer par les trois figures uli réunies pour la première fois. Il y a aussi ces sculptures malagan ailées, anamorphiques, fragiles et puissantes à la fois. Un peu comme ces objets mystérieux dessinés par Léonard de Vinci.Dès lors, pourquoi n'avoir pas fait uniquement une exposition d'art premier ? Oliver Wick ? pour qui le Quai-Branly n'est que le prolongement d'un musée du XIXe siècle ? en balaie l'idée. Ce qu'il voulait, c'était « une école du regard » où s'épanouiraient « imagination et force expressive ». À chaque visiteur de se faire sa propre idée. À ­chacun de se débrouiller. Ce qu'il voudrait qu'il compren­ne ce visiteur ? C'est que « tout ça c'est de l'art ». On est quand même dans un musée. n Beyeler Museum AG, Basel­strasse 77, 77, CH 4125 Riehen/Basel. Tél. : + 41 (0) 61?.645.97. 00. Jusqu'au 24 mai. fondation@beyeler.com

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