Ces journées qui ont défait la France

Les Trois Honteuses" : l'expression n'est pas trop forte pour décrire ces journées bordelaises des 15, 16 et 17 juin 1940, qui virent un véritable effondrement républicain sous les coups de boutoir des partisans d'un armistice avec l'Allemagne nazie. Dans À mort la Gueuse !, l'avocat et historien Gérard Boulanger livre un récit haletant de ce drame en trois actes fait de coups bas, de trahisons et d'intimidations.L'auteur dresse une succession de portraits des membres d'un gouvernement qui, fuyant l'avance de l'armée allemande, s'est replié sur Bordeaux le 15 juin. Au coeur de la tempête, un président du conseil Paul Reynaud, désemparé face à ses deux vice-présidents (Pétain et Camille Chautemps) et un état-major (Weygand et Darlan) pressé d'en finir avec la "Gueuse", cette République honnie. Quand Laval arrive en renfort, secondé par le maire de Bordeaux, Adrien Marquet, le cabinet Reynaud est balayé au profit Pétain, nouveau président du conseil. Et ce 17 juin, par un message radio ("il faut cesser le combat"), il annihile toute volonté de résistance de l'armée. À Vichy, le 10 juillet, il obtiendra les pleins pouvoirs et signera l'acte de décès de la IIIe République.Les partisans de la poursuite de la guerre ont été désarmés : Churchill n'a pas su convaincre malgré son étonnant projet d'union franco-britannique ; De Gaulle a préféré s'envoler pour Londres ; l'énergique ministre de l'Intérieur Georges Mandel a été arrêté (première victime symbolique de l'antisémitisme de Vichy) ; Mendès France s'est embarqué sur le Massilia.Dans ce climat de défaite morale, Gérard Boulanger dresse deux autres magnifiques portraits. Celui du communiste Charles Tillon qui, le premier ce 17 juin (et contre la ligne officielle du PCF), lance un appel à la Résistance. Celui encore, très émouvant, du consul du Portugal Sousa Mendes qui, au mépris des consignes du dictateur Salazar, va délivrer des visas à la chaîne, permettant à des milliers de réfugiés de sortir du "cul-de-sac bordelais" et d'échapper à la répression nazie.Laurent Pericone"À mort la Gueuse ! Comment Pétain liquida la République à Bordeaux", de Gérard Boulanger. Calmann-Lévy, 380 pages, 20,90 euros.Lire aussi : "La France de 1914 à 1940", de Jean-Jacques Becker. PUF "Que sais-je ?", 128 pages, 7,60 euros.

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