Nicolas Sarkozy, mille jours face aux Français

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Que n'a-t-on pas entendu et lu au cours de ces derniers jours ! En substance que Nicolas Sarkozy, au bord de la rupture avec les Français, devait se rapprocher d'eux. Au bord de la rupture ? Rien n'est moins sûr. Eloigné d'eux ? Pour partie, mais cette distance est qualifiée et vécue différemment selon la catégorie sociale des personnes que nous sommes amenés à interroger.Avec un peu plus de 40 % de Français affirmant aujourd'hui exprimer leur confiance dans le président, la rupture n'est pas consommée. Avec un soutien de l'ordre de 80 % des sympathisants de droite, le décrochage n'est pas aussi net que l'on dit. Certes, les critiques sont légion. Les Français issus des catégories supérieures ainsi que les personnes âgées reprochent au président son absence de « cap » affirmé, critiquent son style ? ou son absence de style ? présidentiel, regrettent son déficit de discours sur la France. Les jeunes, les ouvriers et employés estiment que « le compte n'y est pas » et que la promesse présidentielle n'est pas au rendez-vous. Les uns et les autres ont eu, notamment au cours de l'automne 2009, le sentiment que Nicolas Sarkozy était moins tourné vers eux et plus... vers lui-même. « L'affaire » de l'Epad constituant un des points symptomatiques.Reste que, dans le contexte de crise, avec un chômage croissant, des perspectives économiques difficiles, la situation pourrait être plus inconfortable pour le président. À mi-mandat, Jacques Chirac et François Mitterrand devaient faire face à des remises en cause plus nettes de leurs politiques. Et alors qu'a souvent émergé, au sein de la droite, une personnalité contestant au leader la suprématie de son camp, aujourd'hui, aucun responsable politique ne s'impose nettement. Nicolas Sarkozy n'a pas besoin de conforter son leadership à droite. Tout au plus adresse-t-il, de temps à autre, des messages à son électorat. Ainsi, lors de sa récente intervention devant les Français lundi 25 janvier, les 35 heures, la reconnaissance du mérite, la justice, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, le travail le dimanche... ont été mobilisés avec vigueur par Nicolas Sarkozy. Autant de signes, sous forme de « piqûres de rappel », rassurant et limitant l'envie de porter attention aux autres personnalités du même champ politique.Le terrain est bordé à droite ; il l'est également, pour partie, à gauche. D'une part, parce que l'antisarkozysme ne se structure pas aujourd'hui et ne donne pas lieu à un comportement électoral présidentiel s'apparentant à un « tout sauf Sarkozy ». Invités à choisir entre Nicolas Sarkozy et plusieurs candidats de gauche, les Français sont près de deux fois plus nombreux à déclarer souhaiter voter systématiquement en faveur de l'actuel président que d'accorder leur suffrage à n'importe quel candidat de gauche. D'autre part, parce que la gauche et ses leaders n'ont pas réussi à convaincre qu'elle ferait mieux.Nous en sommes donc là : le président est jugé dans l'absolu et en relatif. Dans l'absolu, sans susciter d'enthousiasme, il n'entraîne pas de rejet viscéral. En relatif, les Français ne parviennent pas à répondre avec conviction à la question « qui d'autre ? pour quoi d'autre ? ». Et ce d'autant plus que, en certaines circonstances, Nicolas Sarkozy rassemble derrière lui une majorité de Français. Tel est le cas lorsqu'il parle au nom de la France. Lors du conflit en Géorgie, au début de l'été 2008, lors du discours de Toulon, tout au long ? et même un peu après ? la présidence française de l'Union européenne, lors de ses discours au G20, voire devant le Congrès, en juin dernier.Est-ce à dire qu'aucune embûche ne se présente à l'horizon ? Absolument pas. Lorsqu'ils le peuvent, les Français adressent des messages au président. Et la gauche en profite lors des consultations intermédiaires. Aux élections municipales de 2008, aux européennes de 2009 et ? vraisemblablement ? lors des régionales de mars, les électeurs ont indiqué et indiqueront à Nicolas Sarkozy qu'ils aspirent à une politique assurant plus de solidarité, de cohésion sociale, offrant plus de perspectives. Pour ce faire, ils recourent à un bulletin de vote d'une formation de gauche.Si les Français reconnaissent au président son côté volontaire et dynamique, ils s'interrogent, doutent et parfois s'inquiètent de son projet. François Mitterrand et Jacques Chirac, dans leurs discours, parlaient des Français mais aussi de la France, de son histoire, de sa géographie, du rôle qu'elle avait à jouer sur la scène internationale, voire de sa « mission »... L'action, le volontarisme et l'efficacité recherchée sont reconnus au président. Mais son déficit d'expression sur la France ne permet pas aux Français de se projeter positivement dans le futur. Point de vue Jean-Daniel Lévy Directeur du département Politique-Opinion de CSA

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