Avec Beidou, la Chine relance la bataille de la navigation par satellite

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Le GPS américain vit les dernières heures de son très lucratif monopole. Après la Russie, c\'est la Chine qui lance son propre système de navigation par satellite. Beidou est entré en service jeudi et couvre le vaste territoire de l\'Empire du Milieu, l\'Asie du Sud-Est et une partie de l\'Océanie.Lancé en 2000, le programme chinois baptisé «grande ourse» (Beidou en chinois) a déjà mis sur orbite une constellation de 16 satellites, plus quatre autres au stade expérimental. Pour la presse chinoise, le système Beidou est l\'occasion de vanter le succès de l\'ingénierie nationale dans le domaine spatial. Mais la Chine ne compte pas s\'arrêter là. Le programme prévoit le lancement d\'une quarantaine de nouveaux satellites d\'ici à 2024 afin de porter sa couverture au monde entier. L\'objectif affiché est de capter 70 à 80% du marché de la navigation satellite estimé à 500 milliards de dollars d\'ici à 2020...Une technologie qui reste à éprouverMais Beidou devra d\'abord démontrer la fiabilité de son système s\'il ne veut pas connaître les mêmes affres que GLONASS, le système de navigation par satellite russe. Mis en service en 2008, le «GPS russe» n\'a jamais prouvé sa fiabilité. Pannes de satellites, chute d\'appareils dans l\'océan Pacifique... Le système n\'est pas au point, si bien, que l\'aviation russe n\'en veut plus. «Le système GLONASS est inutile pour les avions russes», a osé écrire Alexandre Neradko, patron de l\'agence fédérale russe du transport aérien, avant d\'être contraint de démentir ses déclarations. Il estime que l\'obligation faite à tous les avions russes de s\'équiper d\'un système de navigation compatible coûtait extrêmement cher. Il faut ainsi compter 25.000 euros par avion pour un double système GPS/GLONASS. De plus, les experts se plaignent de la mauvaise qualité du signal, qui pourrait rendre dangereuse la navigation des avions de ligne... Même le pouvoir russe reconnait que GLONASS connait des ratés, et ce malgré son coût exorbitant (10 milliards d\'euros d\'ici à 2020).L\'Europe à la traîneL\'Europe, de son côté, a plusieurs trains de retard avec son propre programme de navigation satellite. Le système Galileo sera mis en service entre 2014 et 2016 (il devait initialement être opérationnel dès 2008). L\'Union européenne a mis du temps à trouver un terrain d\'entente, notamment sur son financement. Le budget initial a dérapé, passant de 3,4 milliards d\'euros à 5,3 milliards au final pour mettre sur orbite une trentaine de satellites. En outre, un bras de fer diplomatique entre Bruxelles et Washington, sur l\'utilisation par les deux systèmes d\'une même fréquence -engendrant des risques de parasitage-, a failli condamner le projet européen. Il aura fallu près de trois ans de négociations pour enterrer définitivement la hache de guerre, en juin 2004.Un enjeu militaire ultra-stratégiquePour les Européens, comme pour les Chinois et les Russes, la mise en place d\'un système de navigation satellite propre n\'est pas seulement justifiée par des considérations commerciales. Il s\'agit d\'abord d\'une question stratégique militaire. Rappelons, qu\'à l\'origine, le GPS est une invention de l\'armée américaine. Celle-ci bride d\'ailleurs le degré de précision dans la version civile de son GPS. Pour la Russie et la Chine, leur abandonner cette technologie revenait à capituler face à la supériorité technologique de l\'armée américaine. Il faut dire que les applications militaires issues de cette technologie sont multiples : transport de troupes, de matériels, surveillance des territoires, navigation sur terre, mer et air, guidage de missile...

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