« Le projet de Grenelle 2 menace certaines filières »

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Vous présidez à Perpignan le pôle de compétitivité Derbi, consacré aux énergies renouvelables dans le bâtiment et l'industrie. Qu'attendez-vous du Grenelle 2 ?La définition d'une réelle politique industrielle en matière d'énergie renouvelable, qui fait défaut dans le pays. Plus de deux ans et demi après la tenue du Grenelle de l'environnement, le Grenelle 2 doit traduire concrètement les engagements pris. Mais après la moulinette des commissions parlementaires, le projet de loi prévoit des reculs qui mettent à mal certaines filières arrivées à maturité. Avec les amendements prévus, on ne parviendra même pas à la moitié de l'objectif de 20 % d'électricité issue d'énergies renouvelables en 2020. Les tarifs de rachat sont corrects dans l'éolien et dans le photovoltaïque, mais les barrières administratives, résultats d'un lobbying très puissant, freinent le développement du marché. Le Grenelle 2 doit éclaircir tout cela, réaffirmer cet objectif pour qu'il s'impose à l'ensemble des administrations.Qu'est-ce qui inquiète les professionnels du secteur, notamment ceux de l'éolien ?Si ces amendements sont votés, les conditions d'implantation de l'éolien vont devenir très restrictives. Il ne serait plus possible de créer des parcs inférieurs à 15 MW de puissance installée. Les éoliennes seraient considérées comme des installations classées. Et il faudrait qu'un plan régional d'implantation soit publié d'ici à 2011. Ces contraintes supplémentaires visent clairement à freiner le développement d'une industrie naissante qui représente 10.000 emplois et menacent le développement économique de zones rurales déshéritées. Or l'engagement de 2020 passe essentiellement par l'éolien. Tant que cela restait anecdotique, tout le monde y était favorable. Mais le potentiel significatif de la filière, met en mouvement les puissants lobbys de toutes les autres énergies (pétrole, gaz, charbon). Qu'en est-il de l'éolien offshore ?Ce sujet permet d'endormir le secteur. Il n'existe pas aujourd'hui de réel projet viable en France. Les centrales éoliennes offshore au Danemark, en Allemagne et en Belgique sont situées dans des mers peu profondes, avec une faible déclivité. En France, cela descend très vite au-delà de 100 mètres. Les surcoûts sont dissuasifs aujourd'hui. Techniquement et économiquement, l'éolien off- shore ne trouvera son plein épanouissement que dans dix ans. Pour l'instant, son développement doit se faire au sol. Et pour le photovoltaïque ?Comment continuer à faire des affaires dans une période d'instabilité ? A peine sorti d'une zone de turbulences relative à la fixation des tarifs d'achat, la filière connaît de nouvelles rumeurs quant à leur maintien dans le temps. Il faut aussi supprimer la possibilité pour les grandes installations de cumuler tarif d'achat majoré et déduction d'impôt sur la fortune. Cela crée une bulle spéculative artificielle favorable aux opérateurs uniquement à la recherche de rentabilité au détriment des industriels vraiment désireux de créer une filière sur le long terme. Notre marché est dix fois inférieur au marché allemand. Et l'écart se creuse. En 2009, 3.000 MW de puissance installée en Allemagne, 300 en France. En 2010, 4.500 MW en Allemagne, 500 en France. L'industrie photovoltaïque allemande est puissante, elle a eu le temps de s'organiser sur son marché intérieur et ne se prive pas d'exporter. En France, beaucoup de projets restent dans les cartons faute de clarté sur le long terme. Dans dix ans, il y aura des panneaux solaires sur les toits des Français. Reste à savoir comment les fabriquer en France et attirer des industriels ici. Grâce à un cadre clair, limpide, stable dans le temps. n

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