Russie : les canons attendront

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La grande réforme militaire, vaillamment annoncée par Vladimir Poutine pendant sa campagne présidentielle, a du plomb dans l’aile quatre mois après les élections présidentielles. Selon le quotidien Vedomosti, qui tient ses informations de deux hauts fonctionnaires russes, les discussions vont bon train pour définir le budget des trois années à venir, et le sujet principal concerne le décalage de trois ans des dépenses militaires prévues initialement pour la période 2013 à 2020. La décision devrait être prise dans les tous prochains jours. Il n’est pas exclu que la période estivale soit choisie pour annoncer une décision aux accents peu patriotiques.Environ 85% des 22 000 milliards de roubles (soit 537 milliards d’euros) du budget total de la réforme militaire, sont destinés au développement et à l’achat de nouvelles armes. Les ministères « libéraux » (développement économique et finances) luttent âprement pour protéger le budget russe contre les velléités dépensières des structures de sécurité. La baisse du cours du pétrole sous la barre des 90 dollars force déjà le gouvernement à revoir les paramètres du budget russe, toujours très dépendant des exportations d’hydrocarbures. L’annonce de la réforme militaire avait était faite à l’automne 2011, alors que le baril de brut dépassait les 120 dollars.Des dépenses militaires surdimensionnéesL’ancien ministre des finances Alexeï Koudrine, figure de loin la plus appréciée par la communauté d’affaires, estime que les dépenses militaires sont surdimensionnées par rapports aux capacités budgétaires, et ajoute douter que l’industrie militaire russe soit en mesure de faire face aux gigantesques commandes de l’armée. Alexeï Koudrine a quitté le gouvernement en septembre dernier en grande partie à cause d’un désaccord autour des coûts de la réforme militaire. Les experts partagent les doutes de l’ancien ministre sur la capacité des usines russes à produire des armes de qualité, alors que l’ombre de la corruption plane sur le complexe militaro industriel. Une pluie de pétrodollars sur une industrie qui a très peu investit depuis 20 ans dans l’innovation pourrait ne faire qu’empirer la situation. Moscou reste le second exportateur mondial d’armes, mais essentiellement grâce à des avions ou hélicoptères bon marché et de conception soviétique.La France concernée par ricochetLe report des dépenses militaires russes aura aussi pour conséquence une réduction des commandes d’armes à l’étranger. La France est concernée: elle a déjà bénéficié avec l’achat par Moscou de quatre bâtiments de projection et de commandement (« Mistral »).

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