La Grèce menacée d'une crise sanitaire majeure

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Pharmacienne depuis 35 ans dans le quartier d\'Ambelokipi à Athènes, Sofia assure «n\'avoir jamais connu une situation aussi catastrophique.» Sur ces rayons manquent des médicaments essentiels, « surtout les antibiotiques, l\'insuline... ». Lorsqu\'une jeune femme enceinte pénètre dans sa pharmacie en quête d\'un médicament anti-nauséeux, Sofia se désole de devoir l\'envoyer dans une autre officine, faute de stock. « Elle a déjà fait cinq pharmacies sans trouver », déplore Sofia.Les pharmacies au bord de la failliteSelon Dimitros Karageorgiou, secrétaire général de l\'association panhéllenique pharmaceutique, «300 médicaments de toutes catégories manquent en Grèce. Des traitements anti-cancer aux antidépresseurs. » Un paradoxe alors que de nouvelles pathologies, liées à la crise, ont fait leur apparition dans le pays : problèmes cardiaques, dépressions, diabète, hypertension...Ces ruptures s\'expliquent en partie par la nouvelle exigence des laboratoires pharmaceutiques qui, depuis un an et demi, faute d\'impayés, demandent à être couverts à l\'avance, en liquide.Une crise sanitaire avant la fin de l\'année ?Or les pharmaciens, dans l\'attente des versements de l\'Etat, n\'ont plus de quoi avancer les frais. « Les clients sous ordonnance payent 10 à 25% des médicaments prescrits, l\'Etat rembourse le reste», clarifie Sofia qui ajoute : « je n\'ai presque pas été payée depuis un an et demi. » L\'Etat doit environ 50 000 € à cette tenante d\'un petit établissement. Pour les grandes pharmacies, la dette peut atteindre 500 000 €, souligne Sofia. Dimitros Karageorgiou estime que l\'Etat doit « 1,7 milliard d\'euros au système de santé.» Sur 3.500 pharmacies à Athènes, 158 ont baissé leur rideau ces dernières années. Sur les 12.000 du pays, la moitié sont dans une situation économique très fragile. Dimitros Karageorgiou alerte : « La Grèce va vers une crise sanitaire avant la fin de l\'année. »Pénurie de matériel médical dans les hôpitauxLeta Zotaki est directrice du département de radiologie à l\'hôpital de Kilkis, dans le nord du pays. En février, cette dernière avait appelé à une occupation de l\'établissement pour dénoncer une situation alarmante. Alors qu\'avec la cure d\'austérité, les salaires de nombreux praticiens ont fondu, Leta souligne qu\'à Kilkis, « les médecins ne sont plus rémunérés depuis janvier, et certains depuis octobre 2011. » Autre phénomène alarmant,le matériel médical de base : pansements, compresses, plâtres...est en rupture de stock dans de nombreux hôpitaux grecs. Les 138 hôpitaux du pays seront réduits à 80 par le biais de fusions. Une réorganisation qui «réduira dangereusement les offres de soins, surtout dans les îles», rétorque Leta.Reflet de la corruption politiqueDe 2,4 milliards d\'euros en 2005, les dépenses de santé sont passéesà 5,1 milliards en 2009 en Grèce. Les fraudes et abus en tout genre ont explosé : ordonnances falsifiées, distributions d\'enveloppes d\'argent en échange d\'opérations, gratuité des soins non respectée... « Pour un accouchement, il faut dépenser de 800 à 1200 € »,s\'indigne Sofia la pharmacienne.Un fonctionnement profitant aux plus riches et sur lequel les gouvernements ferment les yeux.Odyseas Voudouris, député de la gauche démocratique (Dimar), part membre de la coalition au pouvoir, insiste sur les déséquilibres de l\'organisation du secteur.« Dans un hôpital près d\'Athènes, par exemple, 12 services de pneumologie cohabitent !», note le parlementaire.« Tout ce système est géré par le ministère de la santé alors qu\'il faudrait décentraliser pour réorganiser», préconise le député. Mais d\'après Odysseas Voudouris, « ces réformes nécessitent des ruptures, personne ne veut les mettre en œuvre.» *800 millions d\'euros amputés sur la santéEn 2012, le budget alloué au secteur de la santé s\'élève à 5,2 milliards d\'euros, selon le ministère, en baisse de 6,5 % par rapport à l\'année précédente. Compris dans la cible du nouveau paquet d\'austérité, ce budget devrait subir de nouvelles coupes, à hauteur de 800 millions d\'euros. Andreas Xanthos, député de Syriza, dénonce : « 3 milliards d\'euros ont déjà été économisés sur la santé.Mais si un peuple est en mauvaise santé, c\'est tout le pays qui est malade. » Si les chiffres circulent sur le montant des nouvelles coupes sur la santé, les réformes à venir, elles, sont toujours en discussion. Peu d\'informations sont communiquées. Un silence qui affole davantage les 11 millions de Grecs concernés. Parmi eux, 30% n\'auraient pas de sécurité sociale. 

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