Alerte rouge sur les stratégies de portage

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Il avait connu ses heures de gloire durant les deux années précédant le déclenchement de la crise des « subprime » à la fin du printemps 2007. Il a connu son année noire en 2010. Le « carry trade », cette pratique spéculative qui consiste à jouer sur les écarts de rendements - en ce qui nous concerne entre les monnaies mondiales - a fait encourir à ses adeptes leurs plus lourdes pertes depuis 1999. C'est la date à laquelle la banque UBS, deuxième plus gros opérateur de la planète sur le marché des changes, qui le révèle, a commencé à compiler ses statistiques. L'indice mis au point par UBS a cédé 2,5 % l'an dernier, contre seulement 0,98 % en 2008, année de la faillite de Lehman Brothers, qui était aussi jusqu'alors le millésime le plus sombre du carry trade. Rendements lilliputiensCette contre performance s'explique aisément : les acteurs du marché des changes ont tout simplement parié sur le mauvais cheval. Tablant sur son inéluctable affaiblissement, ils avaient choisi le dollar, assorti de taux d'intérêt voisins de zéro depuis décembre 2008, comme principale monnaie de portage, l'empruntant massivement pour en réinvestir le produit sur des monnaies à plus forte rémunération. La stratégie était fondée sur la certitude que le recours accru à la planche à billet décidé par la Réserve fédérale américaine début novembre résultait d'un diagnostic économique très pessimiste et ne manquerait pas de peser davantage sur le dollar. Il n'en a rien été : à mesure que s'égrenaient les statistiques sur l'état de santé de l'économie américaine, les prévisionnistes révisaient en hausse leurs pronostics pour 2011. Aujourd'hui, ils tablent en moyenne sur une croissance de 3 % à 3,5 % aux États-Unis, contre 1,5 % dans la zone euro et 1,3 % au Japon.Du coup, les rendements américains à dix ans, contrairement à ce que recherche la Fed, ont recommencé à se tendre, de cent points de base en moins de trois mois, apportant un autre soutien au dollar via sa rémunération à long terme, désormais supérieure à 3,30 %. Ce dernier déterminant majeur des taux de change devrait dissuader les candidats au carry trade qui subsistent de s'engouffrer sur le dollar en ce début d'année. D'autant que d'autres monnaies assorties de rendements lilliputiens leur tendent les bras. À commencer par le yen, qui fut longtemps la star incontestée des stratégies de portage. C'en est le corollaire : les positions courtes (vendeuses) en dollar des fonds d'investissements sur le marché à terme ont chuté de 32 % entre fin septembre et fin décembre, selon les dernières statistiques de la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur américain.

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