Quand la pharmacie est rattrapée par la crise

Tous les experts vous le diront : la crise n'affecte pas les laboratoires pharmaceutiques. Les Sanofi-Aventis, Novartis et autre GSK rencontrent, certes, des difficultés à maintenir leurs revenus et leurs marges. Mais celles-ci ont moins à voir avec les fluctuations de la demande qu'avec les pertes de brevets des « blockbusters », la concurrence féroce des génériques et la sévérité accrue des autorités de santé. Crise ou pas, en effet, les médecins prescrivent et les patients se soignent. Ce raisonnement a bien sûr ses limites, notamment pour les produits sans ordonnance (non remboursés) et dans les pays émergents où le consommateur paie souvent ses médicaments de sa poche. Il n'empêche : la pharmacie demeure un secteur « défensif » par excellence.Acteurs plus strictsReste que cette semaine, deux accidents de parcours sont venus rappeler que les labos peuvent, eux aussi, être rattrapés par la crise. Lundi 1er mars, les dirigeants d'Ipsen ont annoncé qu'ils « ne confirm[ai]ent pas » leurs prévisions de chiffre d'affaires et de marge pour 2011 et 2012. En cause, « l'impact de la crise économique sur les différents régimes sociaux américains », a expliqué Jean-Luc Bélingard, président du laboratoire français. Et d'expliquer que, « en dépit d'un fort intérêt des organismes de remboursement pour Dysport [son médicament contre les torticolis et autres désordres musculaires, Ndlr], il nous faut convaincre de multiples acteurs de plus en plus stricts : systèmes publics Medicare et Medicaid, assureurs privés, particuliers... » Conséquence de ces évolutions : Ipsen a abandonné son objectif de réaliser 300 millions de dollars de revenus outre-Atlantique pour 2012 et n'envisage plus de retrouver en 2011 les 22,7 % de marge opérationnelle réalisés en 2007.Tests retardésDe leur côté, les nantais d'Eurofins Scientific, qui ont enregistré en 2009 leur première perte nette en douze ans (11,2 millions d'euros), ont pâti de la crise par ricochet. Cette société de bioanalyse, qui effectue des tests qualité pour l'agroalimentaire, réalise aussi 30 % de son chiffre d'affaires avec des groupes pharmaceutiques. Avec la crise, ces derniers ont eu tendance à repousser les tests de recherche précliniques pour lesquels ils sollicitent habituellement l'expertise d'Eurofins. « Ces tests interviennent au tout début du processus de recherche sur un médicament. Les échéances sont encore lointaines et les profits éventuels, aléatoires », explique Gilles Martin, PDG d'Eurofins. C'est donc là que les labos coupent plus volontiers dans leurs budgets en temps de crise. Reste à savoir si la tendance des grands industriels à externaliser les étapes amont de leur R&D, via des partenariats avec des biotechs ou des centres universitaires, ne constituera pas un obstacle plus important encore au développement d'Eurofins. « Là où les industriels ferment leurs capacités, ils auront besoin de nous pour réaliser ce qu'ils ne font plus », veut croire Gilles Martin. Comme quoi, la crise peut aussi avoir du bon.

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