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Edvard Munch à la trace

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Publié le 11 mars 2010 à 22:23 - Mis à jour le 11 mars 2010 à 22:23

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L'invitation est partie de Paris. Rare. Inattendue. Comme souvent lorsqu'il s'agit de Marc Restellini. Pour cette fois, le directeur de la Pinacothèque a convié ses visiteurs à redécouvrir Edvard Munch (1863-1944) à travers un ensemble d'oeuvres issues de collections privées, pratiquement jamais montrées auparavant. Et c'est effectivement un autre Munch qui apparaît notamment à travers des paysages aux couleurs éclatantes. Alors on a voulu en savoir plus sur ce mystérieux personnage, figure majeure de l'art du XXe siècle, trop longtemps considéré comme maudit. Direction Oslo. Ou plutôt Christiania, l'ancêtre de la capitale norvégienne, ainsi nommée d'après le roi Christian IV qui avait déplacé la ville sur les bords du fjord en 1624. Et exigé des constructions en pierre. Il en reste une douzaine de maisons à colombages ou de style danois, veillées par une imposante forteresse. C'est là que le père du jeune Edvard, médecin militaire, avait été nommé en 1864. La famille déménage peu après le décès de la mère de l'enfant en 1868. On retrouve les Munch six ans plus tard à Grunerlokka, à l'est de la ville, où devait décéder Sophie la soeur adorée de l'artiste, alors qu'il avait 14 ans. Mais c'est aussi dans ce nouveau quartier ouvrier de petits immeubles néo-classiques que Munch peint son premier tableau. Une vue de la plus vieille église romane de la cité, entourée de petites maisons de poupées en bois. Toutes sont aujourd'hui encore remarquablement entretenues. Car le quartier est désormais aux mains des bobos et des artistes. D'où une multitude de boutiques de créateurs, ou encore ces usines en brique du XIXe transformées en centre d'art. Un endroit plein de charme à l'image de cette ville alanguie, véritable patchwork architectural où des immeubles néogothiques voisinent avec d'autres, de style prussien ou art-déco, tous aussi colorés. Pour retourner au coeur de la vieille ville, on traverse le délicat cimetière où Munch est enterré. Pour hésiter ensuite entre la Galerie Nationale (www.nasjonalmuseet.no) au sud et le musée Munch (www.munch.museum.no) à l'est. La première propose l'une des plus belles salles consacrées à l'artiste. Un autoportrait de jeunesse dans des volutes de bleu. La célèbre madone lascive à la chevelure noire vénéneuse. Et bien sur l'un des quatre exemplaire du « Cri », poussé en 1893. Ce dernier a été inspiré par l'un de ces couchers de soleil qui irradient le ciel d'Oslo d'une couleur rouge sang au printemps. Le musée Munch possède 1 100 tableaux, 18 000 gravures, et 5 000 dessins. On y retrouve les oeuvres phares de l'artiste. Comme ce « vampire » figurant une femme-méduse recouvrant son amant de ses cheveux orange. Des paysages magnifiques. Cet ultime autoportrait dans lequel le peintre se représente entre une horloge sans aiguilles et son lit. Ou encore le portrait de ses amis qu'il retrouvait au restaurant du Grand Hotel dont la salle bourgeoise aux boiseries sombres n'a pas changé depuis. C'est probablement là qu'il venait se restaurer pendant qu'il installait son énorme soleil dans l'une des salles de l'université avoisinante.Au fond, l'homme et la ville sont pleins de surprises. A l'image de la mairie d'Oslo plantée face au fjord, blockhaus stalinien à l'intérieur duquel chaque mur est recouvert d'une fresque crépitant de couleur réalisée par des élèves de Matisse. Munch y a aussi un tableau champêtre plein de vie, installé dans l'ancienne salle des mariages. Bizarre que la ville ne lui en ait pas demandé plus. Il faut dire que Munch avait pris la cité en aversion après sa rupture avec Tulla Larsen en 1902. A partir de 1916, il s'installe définitivement à Ekely où l'on se rend par le tram n°13 (station Hoff). De sa grande propriété entourée de vergers, il ne reste rien. Si ce n'est son atelier d'hiver, étrange bâtisse presque sans fenêtres, aujourd'hui entourée d'immeubles, et louée à des artistes. Avant cela, c'était à Åsgårdstrand ?petite station balnéaire à une heure d'Oslo- que Munch aimait se réfugier. Et c'est probablement là qu'on approche au plus près l'art et l'intimité de l'artiste. Dans cette minuscule maison couleur moutarde flanquée d'un atelier rouge, achetée en 1897, il a élaboré les thématiques essentielles de son oeuvre. Récolté cette image de la pleine lune dont le reflet s'élève l'été de la mer tel un monolithe. Sur le pont, il a croqué trois jeunes filles sensuelles. Munch semble n'être jamais parti d'Åsgårdstrand. « Marcher ici, c'est comme marcher au milieu de mes toiles » écrivait-il. Un siècle plus tard, une même sensation nous saisit.Yasmine You

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