L'analyse d'Erik Izraelewicz : Albion séduite par Marianne

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Surprenante ambiance, en cette fin de semaine, au traditionnel colloque franco-britannique qui réunit, au début de chaque année, une belle brochette de patrons, politiques et experts des deux pays. Cette fois-ci, et une fois n'est pas coutume, la ténébreuse Albion semblait être tombée sous le charme de la belle Marianne ! Les Français présents dans ce colloque organisé dans la campagne londonienne avaient déjà été un peu surpris par les propos d'accueil de Peter Mandelson, le numéro deux du gouvernement de Gordon Brown. Après avoir qualifié d'« exemplaire » la présidence française de l'Union européenne assurée par Nicolas Sarkozy, le ministre travailliste devait encenser « la politique industrielle à la française ». Plus subtilement peut-être qu'un Villepin prenant, au nom du « patriotisme économique », la défense d'un Danone contre un odieux agresseur étranger supposé, l'ex-commissaire européen à la Concurrence a ainsi longuement justifié son opposition à l'OPA hostile en cours de l'américain Kraft sur le chocolatier britannique Cadbury. Du « nationalisme à la française » ? Rien à voir, of course.Tout cela, ce n'était qu'un début. Sur la finance et ses excès, sur le changement climatique, sur le soutien public à l'investissement stratégique, sur tous ces sujets sur lesquels il y a encore un ou deux ans, ce n'était pas un Channel mais un véritable océan qui séparait Français et Britanniques, il n'y a plus aujourd'hui qu'un mince ruisseau. On a ainsi entendu Adair Turner, le patron de la FSA ? l'autorité de régulation financière de Londres ? dire toute l'admiration qu'il portait à l'initiative de Nicolas Sarkozy contre « le fétichisme du PIB ». Un autre intervenant de haut niveau applaudissait au Grenelle de l'environnement et aux autres actions menées par la France sur ce front. Au-delà des mots, la Grande-Bretagne donne d'ailleurs aux Français de passage un air de déjà-vu. Le pays qui nationalise des banques, qui augmente les impôts, qui laisse ses déficits publics déraper ? jusqu'à représenter plus de 12 % de son PIB ? dont le Premier ministre brocarde les banquiers et qui joue de la dévaluation de sa monnaie pour tenter de régler ses problèmes ? Spontanément, ce portrait renvoie plutôt à la France du début des années 1980. C'est pourtant... la Grande-Bretagne d'aujourd'hui ! Alors, la Grande-Bretagne aurait-elle renoncé à sa dévotion au marché libre, à l'État minimum et à la finance flamboyante ? Pas sûr. La crise y a été plus violente qu'ailleurs ? une chute de près de 5 % du PIB. Il a fallu y prendre des mesures exceptionnelles, faire preuve de pragmatisme donc. Les Britanniques restent ensuite très attachés à la souplesse de leur système. Ils devraient en donner une illustration spectaculaire très prochainement. En congédiant lors des prochaines élections générales, avant l'été, les travaillistes qui dirigent le pays depuis quinze ans. En portant au pouvoir David Cameron et les conservateurs, des politiques pas vraiment fans du « modèle francais ». Ballottée par la crise, Albion feint d'avoir été séduite par Marianne. Une séduction toute en subtilité. Une séduction peut-être pas aussi définitive qu'on pourrait le croire. Décidément perfide, Albion!

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