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Politique des banlieues : Au feu !

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Publié le 15 janvier 2013 à 22:02 - Mis à jour le 15 janvier 2013 à 22:02

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Nos banlieues défavorisées subissent deux véritables fléaux : le chômage et l’exclusion. C’est à ces phénomènes qu’il faut s’attaquer quasi exclusivement, même si la politique de la ville a été présentée par les différents gouvernements comme la solution de la lutte contre l’exclusion.Depuis une vingtaine d\'années, plus de 40 milliards d\'euros ont été consacrés aux banlieues défavorisées, mais la situation de leurs habitants demeure préoccupante, et sans cette intervention, elle se serait probablement encore plus dégradée. Une étude des émeutes urbaines américaines, dont le champ d\'analyse couvre trois décennies, montre que le chômage, et non la pauvreté, est l\'un des facteurs majeurs qui expliquent les soulèvements urbains. Ce n\'est pas parce qu\'on est pauvre qu\'on se révolte, mais parce qu\'on n\'a pas de travail, qu’on n’a plus d’espoir et qu\'on se sent étranger au monde où l\'on veut vivre.Si le chômage français est à la limite de ce qui est acceptable pour la population en général, il devient catastrophique pour les jeunes des cités où il atteint un taux de 45%. Une société adulte n’a pas le droit de vivre la conscience tranquille dans un monde qui s’effondre, ni de condamner les enfants qu’elle « fabrique » lorsqu’elle ne leur a pas donné les moyens de grandir. Pourtant, de ces creusets déshérités de nombreux talents surgissent : sportifs, artistes, acteurs, créatifs de la mode et de l’industrie !L’emploi reste donc le meilleur facteur d’intégration, le meilleur moyen de sortir d’une société d’assistanat généralisée. Oui, en banlieue aussi, on rêve d’avenir brillant, de calme, de tranquillité, d’espoir et de paix. Nos gouvernants successifs ont déserté nos banlieues en laissant un terrain inoccupé, un terrain en friche où plus rien ne pousse. Les seuls à y trouver leur compte sont les extrêmes, parce qu’ils récupèrent la peur qu’inspire le vide. Il est alors assez facile de comprendre comment le communautarisme le plus intégriste, les trafics en tous genres, se développent aussi rapidement dans des zones abandonnées. Si nous n’y prêtons pas attention, notre société risque d’être coupée en deux : ceux qui ont tout parce qu’ils auront su utiliser le système et ceux qui n’ont rien. Le monde qui n’a rien développe sa haine et lorsque le seuil de tolérance est franchi et que la société ne peut plus financer, ceux qui travaillent et qui sont fatigués se retrouvent en face de ceux qui n\'ont rien et de plus ont la haine. L’explosion est proche !Depuis des décennies, c’est l’Etat qui finance les mesures destinées à soulager les quartiers en difficulté. La France développe à grands frais une logique d’assistance nourrie de subventions, contrairement à l’État américain qui préfère inciter les acteurs privés à investir leurs propres fonds dans les cités à faibles revenus et aux garanties souvent incertaines. L’un des marchés les plus sinistrés en terme financier s’est transformé en trente ans en un vivier de profits et de croissance. En effet les Etats-Unis ont légiféré depuis 1977 avec les Community Reinvestment Act qui imposent à toutes les banques du pays un contrôle régulier afin d’évaluer les actions menées auprès des populations à faibles revenus. En rendant publiques les données, le législateur offre un moyen de pression très efficace pour réclamer des comptes aux établissements financiers. C’est une arme redoutable ! Les établissements bancaires préfèrent souvent financer en partenariat avec des réseaux de proximité, appelés les Community Development, qui se chargent d’octroyer les prêts aux populations concernées. La grande force de ces réseaux tient à son personnel, essentiellement originaire de ces quartiers. Cette proximité aide à mieux gérer le risque en créant une relation forte avec le client, ce qui l’incite à bien rembourser son prêt. Les établissements financiers français seraient bien inspirés de le comprendre ! Certaines banques françaises, pour des raisons uniquement d’image, ont entrepris avec leurs fondations une démarche très timide, sans coordination, avec de faibles moyens pour simplement illustrer leur bilan social !La solution : mettre en place un vrai plan de développement solidaireLa crise des banlieues est une crise économique, sociale, culturelle et politique. S’attaquer à ses racines et la résoudre impliquent un changement de cultures et de mentalités à tous les niveaux. Que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la politique familiale, des contrôles de réseaux délinquants, d’une nouvelle politique d’urbanisme, des mesures doivent être mises en œuvre rapidement, nul n’en doute. Mais, quelle que soit l’utilité de tels objectifs, ces demandes ne reposeront que sur des bases instables si un véritable tissu économique ne parvient pas à être mis en place par les acteurs les plus dynamiques de ces quartiers. Certes, la solidarité associative de proximité mène des actions, souvent non coordonnées, tous azimuts, ponctuelles, avec des solutions peu duplicables et avec des moyens très limités. Élaborer un plan spécifiquement consacré à la grande précarité et à l’exclusion de nos banlieues, permettra d’engager efficacement et durablement tous les partenaires dans la création d’entreprises viables et à la constitution d’un environnement économique favorable. Pour cela il faudra mettre en place une structure en réseaux de création et d’accompagnement de nouvelles entreprises, maillée aux tissus locaux : entreprises, associations et collectivités territoriales. Dans la pratique, ces acteurs regardent uniquement de leur parcelle, très souvent s’ignorent, se parlent très peu et surtout ne prennent pas en compte les interactions qui les unissent. C’est notre esprit cartésien ! Ce maillage permettra de fédérer leurs actions, d’affiner leurs interfaces de communication, d’améliorer l’interactivité de chacun, de catalyser leur énergie, de concilier la diversité des projets, de partager et capitaliser les compétences de chacun et leurs moyens financiers. Mais la création d’entreprise ne suffit pas, il faut ensuite légiférer pour imposer aux banques la mise à disposition d’instruments financiers dont la vocation est de permettre l’éclosion de nombreux projets qui structureront la vie économique et sociale des banlieues. Ces fonds auront pour vocation d’être un outil au service des habitants des banlieues décidés à travailler, qui aspirent à créer une entreprise ou à développer un projet viable.Le plan de développement des banlieues sera élaboré au plus haut niveau de l’organisation, il devra être global et tenir compte du niveau d’observation du système : régional, local, sectoriel. Il devra répondre également à diverses questions. Quelles cibles devons nous toucher ? Quelle est notre stratégie de développement et quels sont nos plans opérationnels ? De quels talents devrons-nous nous entourer pour exécuter le plan de développement ? Quels sont les facteurs de risques et les scénarios alternatifs ? Quels sont nos besoins financiers et les ressources possibles pour les couvrir ? La proposition de valeur de ce plan sera visible pour tous, chiffrée, significative et mesurable afin qu\'elle puisse rendre compte de l’efficacité des actions. Elle devra s’exprimer de façon simple, convaincante, décomposable en une offre complète avec une cible à toucher : les villes les plus démunies. La mise en œuvre opérationnelle de l’action pourra se réaliser par la constitution d’un réseau, capable d\'établir des partenariats, de recruter des ressources, de coordonner les actions et de suivre chaque grande cible définie en s’en donnant les moyens. Si la cible à toucher est un éléphant, on ne partira pas à la chasse avec une carabine à plomb !Mettre en place ce type de plan nécessite la prise en compte de la globalité du système banlieues et de ses interactions. Dans le cas de solutions parcellaires, timides et non coordonnées, l’argent aura été gaspillé comme d’habitude et les banlieues n’auront pas progressé d’un pouce. C’est d’ailleurs ce que l’on a fait depuis quarante ans avec l’Etat Providence et l’échec que l’on sait !Hervé Azoulay, Président d\'Invest Banlieues, est le co- fondateur de l\'Observatoire Economique des Banlieues,et le co-auteur de « l\'intelligenge des banlieues-les réseaux pour sortir de la crise » prix CCIP du livre de l\'entreprenariat.

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