Brittany Ferries crée l'autoroute de la mer transgascogne

En faisant l'acquisition du «?Cap Finistère?», la compagnie française Brittany Ferries (332 millions d'euros de chiffre d'affaires, 2.400 salariés, 2,5 millions de passagers et 195.000 camions sur 8 routes maritimes) a décidé de se renforcer sur sa route maritime reliant la Grande-Bretagne à l'Espagne, première destination de vacances des Britanniques. Ce navire qui peut emmener 1.500 passagers, 110 poids lourds et 80 voitures, effectue deux allers et retours hebdomadaires entre Portsmouth et Santander (côte nord de l'Espagne) en plus des trois rotations déjà proposées entre Santander et le sud de l'Angleterre. «?Nous augmentons la capacité sur cette autoroute de la mer car nous misons sur l'Espagne, tant pour les passagers que pour le fret. Ce faisant, nous répondons à l'exigence politique du développement durable?», analyse Jean-Marc Roué, président du conseil de surveillance de Brittany Ferries. La compagnie, qui a transporté l'année dernière 150.000 passagers sur cet axe, entend faire passer le message aux Britanniques : le maritime peut être une alternative à l'aérien pour se rendre en Espagne. Pour le fret, son ambition est de passer de 11.000 camions en 2009 à 40.000 à terme en jouant la carte du bilan environnemental, « nettement en faveur de l'autoroute de la mer ». Christophe Mathieu, directeur de la stratégie de Brittany Ferries, rappelle que la méthode de calcul dite «?des coûts externes?» de la Commission européenne est « beaucoup plus exhaustive que le seul bilan carbone » car elle intègre l'ensemble des coûts et nuisances que nécessite l'exploitation d'une infrastructure (congestion, sécurité, coûts d'exploitation, pollution sonore), ce qui permet de comparer des trajets intégrant différents modes de transport. Deux fois moins cher par merLa tonne-kilomètre (t-km) ainsi évaluée revient à 0,035 euro en mode routier et à 0,009 euro par voie maritime. Pour un trafic annuel de 40.000 camions (d'une capacité moyenne de 25 tonnes) sur l'itinéraire Madrid-Londres, le coût, a calculé Christophe Mathieu, est de 59,2 millions d'euros pour la «?solution route?» (1.680 km de route et 45 km de mer par le détroit du Pas-de-Calais qui concentre l'essentiel du trafic... et où se trouvent les concurrents de Brittany Ferries). Ce coût passe à 28,9 millions d'euros pour le scénario «?autoroute de la mer?» comprenant 576 km de route et 969 km de mer. Soit, observe Christophe Mathieu, « un gain de 30 millions d'euros et une réduction de 51 % des coûts sociaux et environnementaux, en ne s'en tenant qu'au fret ». Pour favoriser le report modal de la route vers le maritime, les Italiens ont innové en instaurant un « écobonus ». Une partie du ticket de ferry est remboursée au transporteur à partir de 80 traversées par an. Brittany Ferries milite aussi pour qu'une aide soit accordée au transporteur routier qui ferait prendre la mer à son camion plutôt que la route. Cela aurait plus de sens, économiquement parlant, que d'aider les armateurs à créer de nouvelles lignes déficitaires, explique-t-on au siège de la compagnie bretonne. Celle-ci appelle de ses voeux un dispositif européen : « Une autoroute de la mer transportant des camions portugais, espagnols, britanniques, irlandais, sans desservir les ports nationaux, tout en évitant les routes françaises, ne peut être qu'européenne. »

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