Grande-Bretagne : les banques nationalisées pèseront encore longtemps sur l'économie

Les banques britanniques nationalisées sont encore loin d'être redressées. Avec une perte nette en 2009 de 3,6 milliards de livres (4 milliards d'euros) et 6,3 milliards de livres (7 milliards d'euros) respectivement pour Royal Bank of Scotland (RBS) et Lloyds Banking Group, les pertes restent substantielles. La première, nationalisée à 84 %, avertit qu'elle essuiera encore une perte cette année. La seconde, nationalisée à 41 %, refuse de faire une prévision, mais les analystes prévoient qu'elle sera juste en dessous de l'équilibre en 2010. Déception sur les marchésLloyds Banking Group, en particulier, a dévoilé ce vendredi des chiffres qui ont déçu le marché : ses provisions pour mauvaises dettes ont atteint 24 milliards de livres (27 milliards d'euros), soit un bond de 61 % par rapport à 2008. C'est d'autant plus impressionnant qu'il ne s'agit pas d'actifs toxiques tirés de titrisations exotiques, mais de prêts traditionnels, essentiellement aux entreprises.Eric Daniels, le directeur du groupe, souligne cependant que les provisions ont légèrement reculé au deuxième semestre et qu'elles vont continuer à baisser cette année. « Nous sommes bien placés pour bénéficier de la reprise économique », affirme-t-il.78 milliards d'euros investis par Downing StreetLa question du redressement de ces deux mastodontes bancaires est doublement importante pour l'économie britannique. D'une part, plus les deux groupes seront rapidement sortis de la crise, plus vite le gouvernement pourra revendre sa participation. Etant donné qu'il y a injecté 69 milliards de livres (78 milliards d'euros), le sujet est important pour les finances publiques du pays.D'autre part, et c'est plus important pour l'économie, ces deux groupes sont parmi les premiers prêteurs du pays. Lloyds compte pour le quart des prêts aux particuliers, par exemple. Downing Street compte donc sur eux pour apporter de la liquidité aux ménages et aux entreprises.Des prêts en baisseIl leur a d'ailleurs imposé des objectifs chiffrés de prêts en échange du plan de sauvetage. Ceux-ci n'ont pas été atteints. Lloyds a l'obligation d'augmenter ses prêts aux entreprises et particuliers britanniques de 14 milliards de livres en 2010. La réalité est tout autre : les prêts nets aux particuliers ont reculé de 6 milliards de livres et ceux aux entreprises de 38 milliards en 2009.Du côté de RBS, le problème est similaire. RBS doit augmenter ses prêts de 25 milliards de livres par an ; l'an dernier, ils ont très légèrement reculé (baisse de 0,7 milliard). Stephen Hester, son directeur général, réplique qu'il ne s'agit pas de mauvaise volonté de sa part : « Nous avons fortement augmenté nos prêts, mais les entreprises et les particuliers ont choisi de rembourser encore plus. » C'est donc sur une base nette que ses engagements ne sont pas remplis.Les entreprises ne veulent pas de créditsEn comptant les prêts bruts, ils sont en progression. Stephen Hester ajoute que les entreprises ne sont guère demandeuses de prêts en ce moment. Il en veut pour preuve que leur utilisation de découverts est en baisse, alors qu'il s'agit traditionnellement d'un signe précurseur de demande de crédit.Lloyds avance la même explication, précisant même qu'il s'agit d'une bonne nouvelle pour l'économie. « Les ménages doivent redécouvrir l'habitude d'épargner », assène Win Bischoff, son président.Reste que le débat n'est pas tranché. Le gouvernement souhaite que les banques fassent plus pour promouvoir les prêts. Celles-ci répliquent que cela risquerait de trop les fragiliser. En attendant, la croissance britannique se traîne : elle devrait atteindre à peine 1 % cette année.

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