« Dossier 137 », « Eddington », « La Petite Dernière », « Deux procureurs »... Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol

Découvrez les critiques cinéma de la semaine du 19 mai 2025.
LTD/ Fanny de Gouville/Modds/Haut & Court / Ad Vitam
Aurélien Cabrol

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Avec La Nuit du 12, Dominik Moll avait conquis et la critique et le public en racontant l'histoire glaçante d'une affaire criminelle non élucidée. Il signe cette fois une autre forme d'histoire policière elle aussi basée sur une histoire vraie et qui se retrouve en lice pour la Palme d'or.

Son héroïne, Stéphanie (Léa Drucker, si parfaite qu'on la verrait bien au palmarès), est enquêtrice au sein de la police des polices (IGPN) quand un Gilet jaune a la tête à demi fracassée par un tir policier près des Champs-Élysées : c'est le « dossier 137 » qui donne son titre au film. S'ensuit le récit d'une enquête interne filmée avec une terrible efficacité par Dominik Moll, qui veille par ailleurs à ne jamais tomber dans des propos caricaturaux sur les violences policières.
Le film est ainsi à son meilleur quand il décrit les auditions de plus en plus tendues des policiers incriminés ou la recherche d'un témoin essentiel qui n'a aucune envie de parler. Aidé par un impeccable casting, Moll déploie avec brio un récit qui est également et peut-être d'abord le beau portrait d'une femme flic honnête, une sorte de « hussard noir » de l'ordre républicain en temps de crise et de doute.
Auteur de trois films d'horreur psychologiques, le cinéaste américain Ari Aster, âgé de 38 ans, se retrouve avec Eddington lui aussi en compétition. Ne serait-ce pas un cadeau empoisonné pour cette très longue (2 h 28) plongée dans l'Amérique profonde au Nouveau-Mexique et dans la ville d'Eddington qui donne son nom au film ?

On peut légitimement se le demander face à ce portrait au vitriol qui tourne comme il se doit au jeu de massacre final tendance jeu vidéo revendiqué. Pour le meilleur, trop rare hélas, on songe à la verve des frères Coen, avec notamment un personnage principal de shérif haut en couleur. C'est Joaquin Phoenix qui s'y colle dans ce rôle de demi-dingue à la gâchette facile.
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On se dit que Bertrand Tavernier, adaptant Jim Thompson pour Coup de torchon, aurait réussi avec plus de brio ce genre de farce dynamitant la profonde hypocrisie humaine. Ari Aster, lui, semble de plus en plus empêtré dans sa volonté de tirer sur tout ce qui bouge aux États-Unis en bien ou en mal, des complotistes aux adeptes du masque en temps de Covid... Au risque gênant de renvoyer tout le monde dos à dos, en se complaisant dans une représentation de la violence armée qui vire paradoxalement au spectacle malsain pour ados.
Et de trois ! Avec La Petite Dernière, en lice pour la Palme d'or, l'actrice et pleinement réalisatrice Hafsia Herzi signe son troisième long-métrage, après Tu mérites un amour et Bonne Mère. Pour son entrée dans le cercle fermé de la compétition officielle, elle propose au jury et en octobre prochain au public l'adaptation du livre éponyme de Fatima Daas.
Soit l'éducation sentimentale et sexuelle d'une future bachelière de banlieue parisienne en route vers la fac de philo et l'autonomie. Ainsi décrit le parcours pourrait paraître balisé, voire convenu, au sein d'un cinéma français amateur des récits autobiographiques de ce genre. Mais Fatima se découvre homosexuelle.

Comment assumer cette orientation ? Comment accepter le regard des autres ? Comment faire avec sa religion ? Et avec sa famille ? Autant de questions que pose le film avec autant de fermeté que de douceur. Herzi, en bonne héritière indépendante de son mentor Abdellatif Kechiche, capte avec la même sensualité et des repas de famillle et des scènes beaucoup plus intimes. Le tout soutenu par une distribution absolument idéale, avec dans le rôle de Fatima une Nadia Melliti dont les yeux farouches sous la casquette bravache irradient tout le film.
Auteur de documentaires et de fictions pour le moins politiques, le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa adapte avec Deux procureurs le livre soviétique éponyme de Gueorgui Demidov. Soit une plongée aussi glacée que glaçante dans la Russie de Staline en 1937, alors que sévissent purges, procès truqués, tortures et exécutions.

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Avec une image au format carré, reflet parfait de l'univers carcéral dans lequel la majeure partie du film se déroule, et un noir et blanc qui décline toutes les nuances de gris sinistre, le film décrit le parcours d'un tout jeune procureur idéaliste. Loznitsa, entre Kafka et Dostoïevski, mélange le tragique et le grotesque pour dépeindre une immense machine bureaucratique qui broie les consciences aussi sûrement que les corps. C'était hier et c'est fini, se dit-on pour se rassurer. Mais l'autoritarisme sans cesse renaissant à travers le monde donne au film une terrible actualité. Comme si aucune leçon de l'Histoire n'était suffisante.
Aurélien Cabrol
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